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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402565

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402565

vendredi 23 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantBARBIER-RENARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a examiné la requête de Mme A, étudiante en master 1 "Ingénierie de la santé", contestant la délibération du jury du 12 juillet 2024 lui refusant le droit de redoubler. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par l'université de Lorraine, estimant que Mme A avait bien confirmé le maintien de sa requête dans le délai imparti. Sur le fond, le tribunal a annulé la décision de refus de redoublement, jugeant que l'autorité compétente pour prendre cette décision n'était pas le jury mais le président de l'université ou le doyen de la faculté, en application des articles L. 712-2 du code de l'éducation et du décret n°2011-1169 du 22 septembre 2011.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 août 2024 et le 28 janvier 2025, Mme B A, représentée par Me Barbier-Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du jury du master 1 " Ingénierie de la santé - Parcours Innovations en thérapeutique et diagnostic " de la faculté de pharmacie de Nancy du 12 juillet 2024, en tant qu'il ne l'a pas autorisée à redoubler, ensemble le rejet du recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'université de Lorraine de l'autoriser à redoubler sa première année de master et de la réinscrire en première année de master " Ingénierie de la santé - Parcours Innovations en thérapeutique et diagnostic " pour l'année universitaire suivant la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'université de Lorraine une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'auteur de la décision est incompétent, seul le doyen de la faculté de pharmacie peut autoriser ou refuser l'inscription à un diplôme et la décision de l'équipe de formation n'a pas été recueillie ;

- le jury a commis une erreur de fait en fondant son refus sur l'existence de notes éliminatoires dès lors que les modalités de contrôle des connaissances du master qui prévoient l'existence de ces notes éliminatoires ne lui sont pas opposables pour l'année 2023-2024 ;

- le jury de master a commis une erreur manifeste d'appréciation de ses capacités à redoubler, seul le règlement général de l'université étant applicable.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2024, l'université de Lorraine conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requérante doit être réputée s'être désistée de sa requête, en l'absence de confirmation du maintien de celle-ci dans le délai d'un mois suivant l'ordonnance rendu par le juge des référés ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- décret n°2011-1169 du 22 septembre 2011 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique,

- et les observations de Me Barbier-Renard, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A était inscrite, pour l'année universitaire 2023/2024, au sein du master 1 " Ingénierie de la santé - Parcours Innovations en thérapeutique et diagnostic " de la faculté de pharmacie de Nancy. Par délibération du jury du 12 juillet 2024, l'intéressée a été ajournée et n'a pas été autorisée à redoubler. Mme A a formé un recours gracieux contre ces décisions, le 15 juillet 2024, qui a été explicitement rejeté le 17 juillet 2024. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la délibération du jury du 12 juillet 2024, en tant qu'elle lui refuse le droit de redoubler la première année de master 1 " Ingénierie de la santé - Parcours Innovations en thérapeutique et diagnostic ", ensemble le rejet du recours gracieux formé contre cette décision.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative : " En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté() ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 1er octobre 2024, le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté la requête présentée par Mme A, sur le fondement de l'article L. 512-1 du code de justice administrative au motif qu'il n'était pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Par courrier enregistré au greffe du tribunal administratif de Nancy le 3 octobre 2024, soit dans le délai imparti par les dispositions précitées de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative, Mme A a indiqué qu'elle n'entendait pas se désister de sa requête. Par suite, contrairement à ce que soutient l'université de Lorraine en défense, la requérante ne peut être réputée s'être désistée de sa requête.

Sur les conclusions d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 712-2 du code de l'éducation : " Le président assure la direction de l'université. A ce titre : () 8° Il exerce, au nom de l'université, les compétences de gestion et d'administration qui ne sont pas attribuées à une autre autorité par la loi ou le règlement ". Aux termes de l'article 3 du décret du 22 septembre 2011 susvisé portant création de l'université de Lorraine : " I. ' Le président de l'université de Lorraine, par ses décisions, le conseil d'administration, par ses délibérations, le conseil scientifique, le conseil de la formation, le conseil de la vie universitaire et le sénat académique, par leurs avis et orientations, assurent l'administration de l'université. () II. ' L'université de Lorraine comprend en outre : / 1° Des collégiums, qui assurent la coordination des activités des instituts, des écoles ou des unités de formation et de recherche qui les composent ; () ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " I. ' Le président exerce les attributions confiées au président d'université par l'article L. 712-2 du code de l'éducation et les textes pris pour son application. () III. ' Le président peut, pour les affaires de leur ressort, déléguer aux directeurs de collégium et de pôle scientifique une partie de ses attributions () ". Aux termes de l'article 14 du même décret : " II. ' Le conseil du collégium : () 3° Adopte les règles relatives aux examens et les modalités de contrôle des connaissances du collégium après avis du conseil de la formation () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'entrée en vigueur d'un acte réglementaire est subordonnée à l'accomplissement de formalités adéquates de publicité, notamment par la voie, selon les cas, d'une publication ou d'un affichage, sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables. / Un acte réglementaire entre en vigueur le lendemain du jour de l'accomplissement des formalités prévues au premier alinéa, sauf à ce qu'il en soit disposé autrement par la loi, par l'acte réglementaire lui-même ou par un autre règlement. Toutefois, l'entrée en vigueur de celles de ses dispositions dont l'exécution nécessite des mesures d'application est reportée à la date d'entrée en vigueur de ces mesures. " En l'absence de dispositions prescrivant une formalité de publicité déterminée, les délibérations ayant un caractère réglementaire d'un établissement public sont opposables aux tiers à compter de la date de leur publication au bulletin officiel de cet établissement ou de celle de leur mise en ligne, dans des conditions garantissant sa fiabilité, sur le site internet de cette personne publique. Toutefois, compte tenu de l'objet des délibérations et des personnes qu'elles peuvent concerner, d'autres modalités sont susceptibles d'assurer une publicité suffisante.

6. Il ressort des pièces du dossier que, lors de sa séance du 26 septembre 2023, le conseil de collégium santé a adopté les modalités de contrôle continu du master " Ingénierie de la santé - Parcours Innovations en thérapeutique et diagnostic " aux termes desquelles : " le redoublement en M1 n'est pas de droit. Il est subordonné à la décision du jury et de l'équipe de formation ". Pour justifier de la publication de ces modalités de contrôle continu, l'université de Lorraine indique en défense qu'elles ont été publiées sur son site internet dans l'onglet " vie institutionnelle ". Il ressort de l'arborescence produite, que le procès-verbal du conseil de collégium du 26 septembre 2023 a été effectivement mis en ligne sans que toutefois le tableau récapitulant les modalités de contrôle continu du master " Ingénierie de la santé - Parcours Innovations en thérapeutique et diagnostic " ne lui soit annexé. Dans ces conditions, ces modalités, incluant la possibilité offerte au jury de se prononcer sur les demandes de redoublement des candidats ajournés, ne peuvent être regardées comme ayant été valablement publiées et, par suite, comme étant entrées en vigueur.

7. Il résulte des dispositions rappelées au point 4 qu'en l'absence, d'une part, de disposition expresse concernant les possibilités de réinscription en cas d'échec d'un étudiant à l'issue de sa formation et, d'autre part, de délégation de compétence pour statuer sur des demandes individuelles de redoublement, la présidente de l'université était seule compétente pour apprécier s'il y avait lieu d'autoriser l'inscription pour une nouvelle année de la requérante, sans que celle-ci puisse se prévaloir d'un droit à bénéficier d'une telle réinscription. Au cas d'espèce, la décision litigieuse est signée par les membres du jury de master " Ingénierie de la santé - Parcours Innovations en thérapeutique et diagnostic " et non par la présidente de l'université de Lorraine. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision litigieuse a été prise par une autorité incompétente.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la délibération du jury du master 1 " Ingénierie de la santé - Parcours Innovations en thérapeutique et diagnostic " de la faculté de pharmacie de Nancy du 12 juillet 2024, en tant qu'elle ne l'a pas autorisée à redoubler sa première année de master, ensemble le rejet du recours gracieux formé contre cette décision.

Sur les conclusions d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la présidente de l'université de Lorraine de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Sur les frais de l'instance :

10. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Barbier-Renard, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'université de la Lorraine le versement à Me Barbier-Renard de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du jury du master 1 " Ingénierie de la santé - Parcours Innovations en thérapeutique et diagnostic " de la faculté de pharmacie de Nancy du 12 juillet 2024, ensemble le rejet du recours gracieux formé contre cette décision sont annulés en tant que la requérante n'a pas été autorisée à redoubler sa première année de master.

Article 2 : Il est enjoint à la présidente de l'université de Lorraine de réexaminer la situation de Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'université de Lorraine versera à Me Barbier-Renard la somme totale de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Barbier-Renard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'université de Lorraine et à Me Barbier-Renard.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Goujon-Fischer, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2025.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

J.-F. Goujon-Fischer

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2402565

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