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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402571

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402571

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête n° 2402571 enregistrée le 28 août 2024, Mme C G épouse E, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour et lui a opposé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui remettre immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut de motivation en fait ;

- il est entaché de vices de procédure, la signature électronique des médecins de l'OFII ayant participé à l'élaboration de l'avis n'étant pas authentifiée et leur désignation régulière n'étant pas démontrée ; les auteurs du rapport médical n'étant pas identifiés, il ne peut être vérifié qu'ils n'ont pas siégé au collège des médecins ;

- il est entaché d'une erreur de droit, la préfète s'étant estimée liée par l'avis du collège de médecins dont elle ne s'est pas approprié les termes et elle n'a pas procédé à un examen de sa situation ;

- il a été pris en méconnaissance des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa fille ne pourra bénéficier d'un accès effectif aux soins en Géorgie ; la situation de sa fille n'a pas été suffisamment examinée au regard de son état de santé et de la situation dans son pays d'origine, au vu du système de santé existant et des possibilités effectives de prise en charge ;

- il porte une atteinte disproportionnée aux intérêts supérieurs de son enfant, tels que défendus par l'article 3-1 de la convention de New York ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision est entachée d'un défaut d'examen sur ce fondement ;

- la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en fait et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant liée par la décision de l'OFPRA et de la cour nationale du droit d'asile.

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée aux intérêts supérieurs de son enfant, tels que défendus par l'article 3-1 de la convention de New York.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 novembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 29 juillet 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme G au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II°) Par une requête n° 2402572 enregistrée le 28 août 2024, M. I E, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour et lui a opposé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, ou, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui remettre immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Il soulève les mêmes moyens que ceux invoqués à l'appui de la requête n° 2402571.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 novembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 29 juillet 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin-Rance a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, né le 29 juillet 1992, et Mme G, née le 28 mars 1990, tous deux de nationalité géorgienne, sont entrés en France le 7 mars 2023 en compagnie de leur fille mineure. Le bénéfice de l'asile leur a été refusé le 9 octobre 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 5 janvier 2024 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 26 juin 2023, ils ont sollicité la délivrance d'autorisations provisoires de séjour en qualité de parent d'un enfant malade. Ils demandent l'annulation des arrêtés en date du 12 juin 2024 par lesquels la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de les admettre au séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont ils ont la nationalité.

2. Les requêtes n° 2402571 et n° 2402572 sont relatives à la situation des membres d'un couple au regard de leur droit au séjour en France et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 16 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 18 avril suivant, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à Mme F B, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de séjour ainsi que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme F B, signataire des arrêtés contestés, ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, les arrêtés contestés visent notamment les articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionnent les éléments au vu desquels la préfète de Meurthe-et-Moselle a décidé de refuser de délivrer à M. et Mme E un titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que les requérants aient sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait omis de statuer. Les arrêtés contestés comprennent ainsi les éléments de droit et de fait sur lesquels ils se fondent. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ".

6. Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " () le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ".

7. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical () ". Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport / () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis (). Cet avis mentionne les éléments de procédure ". Aux termes de l'article 6 de cet arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté () ".

8. En l'espèce, l'avis rendu le 26 avril 2024 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est revêtu du nom et des signatures des trois médecins composant ce collège, les docteurs Ignace Mbomeyo, Florent Quilliot et Nicolas Signol, qui ont été régulièrement désignés par une décision du 11 janvier 2024 du directeur de l'OFII publiée sur le site internet de l'Office. La circonstance que les signatures de ces médecins n'aient pas été authentifiées ne permet pas à elle seule de remettre en cause leur authenticité. Les requérants ne peuvent en tout état de cause utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, qui renvoient au I de l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives, dès lors que l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII n'est pas au nombre des actes relevant du champ d'application de ces dispositions, dont le respect ne s'impose qu'aux décisions administratives. D'autre part, il ressort des mentions de l'avis rendu le 28 avril 2024 que le Dr A H qui a établi le rapport médical du 11 avril 2024 n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a examiné le dossier de la jeune D, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que les moyens tirés de ce que l'avis du collège de médecins de l'OFII n'aurait pas été rendu dans des conditions régulières ne peuvent qu'être écartés.

9. Il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués ni des pièces des dossiers que la préfète de Meurthe-et-Moselle se serait crue en situation de compétence liée au regard de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, dont, contrairement à ce que soutiennent les requérants, elle s'est appropriée les termes, ni qu'elle aurait omis d'examiner leur situation particulière et celle de leur fille. Par suite, les moyens tirés de ce que la préfète aurait entaché ses décisions de refus de séjour d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen doivent être écartés.

10. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens des dispositions précitées, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

11. Il ressort des pièces des dossiers que, par son avis émis le 28 avril 2024, le collège de médecins a estimé que l'état de santé de la jeune D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et qu'à la date de l'avis, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. M. et Mme E soutiennent que leur fille, qui est atteinte d'un syndrome de " Charge " associé à des anomalies rénales et une cécité et présente des pyélonéphrites aigues à répétition, nécessite un traitement médicamenteux composé de Delfux, Bactrim et Forlax et d'une prise en charge pluridisciplinaire dont elle ne peut bénéficier en Géorgie eu égard aux caractéristiques du système de santé de cet Etat. Toutefois, s'il ressort des certificats médicaux que la jeune D souffrait d'un reflux vésico-urétal du rein droit avec hypofonction et qu'une antibioprofilaxie par Bactrim et un traitement par Forlax ont été nécessaires avant la réalisation d'une injection de Deflux sous cystoscopie le 12 mars 2024, la consultation de suivi réalisée le 17 avril 2024 a montré que l'enfant se portait bien, que l'échographie rénale était normale et que son état ne nécessitait plus qu'un contrôle clinique et échographique à un an. Par ailleurs, si la jeune D bénéficie en France de séances de kinésithérapie et que le médecin neuropédiatre qui la suit préconise une prise en charge pluridisciplinaire pour la suite de sa rééducation, la circonstance qu'il n'existe pas de centre de référence pour le syndrome de " Charge " en Géorgie ne fait pas obstacle à ce qu'elle bénéficie dans son pays d'un suivi adapté à son état de santé, dès lors qu'il ressort du courrier en date du 9 juillet 2024 de la fondation de génétique et de maladies rares de Géorgie que les patients atteints du syndrome de " Charge ", ainsi que d'autres troubles du développement neurologique, peuvent y bénéficier d'une assistance thérapeutique dans le cadre du programme national de réadaptation/habilitation. Les extraits de rapports d'organisations non gouvernementales faisant état de difficultés d'accès aux soins en Géorgie en raison d'une couverture géographique incomplète, qui ne démontrent pas que la fille des requérants ne pourra accéder à des soins effectifs et adaptés à son état de santé en Géorgie, ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par la préfète de Meurthe-et-Moselle quant à la disponibilité des traitements en Géorgie.

12. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner la production de l'entier dossier médical au vu duquel le collège de médecins a fondé son avis, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la préfète aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation de leur situation en refusant de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour

13. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que les requérants auraient sollicité la délivrance de titres de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait examiné d'office s'ils étaient susceptibles de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

14. Enfin, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. M. et Mme E se prévalent de la prise en charge dont bénéficie leur fille depuis leur arrivée en France en 2023. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 du présent jugement, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de la vie privée et familiale ni méconnu l'intérêt supérieur de leur fille en refusant de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

16. Les requérants n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour, ils ne sont pas fondés à s'en prévaloir à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français.

17. Au regard des éléments de fait exposés au point 11 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces des dossiers que la mesure d'éloignement litigieuse porterait une atteinte disproportionnée au droit de M. et Mme E au respect de leur vie privée et familiale ni qu'elle méconnaitrait l'intérêt supérieur de leur enfant. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent, par suite, être écartés.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

18. En premier lieu, les requérants n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, ils ne sont pas fondés à s'en prévaloir à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de renvoi.

19. En deuxième lieu, les arrêtés contestés ont été pris aux visas de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionnent la circonstance que M. et Mme E, de nationalité géorgienne, n'ont pas établi être exposés à des traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans le pays dont ils ont la nationalité. Les décisions contestées comprennent ainsi les éléments de droit et de fait sur lesquels elles se fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Et il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait omis d'examiner la situation des requérants préalablement à l'édiction de ces décisions.

20. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

21. M. et Mme E soutiennent qu'en cas de retour en Géorgie, ils seraient exposés à des traitements contraires à ces stipulations en raison des menaces dont ils ont fait l'objet de la part de leurs familles qui n'acceptent pas leur mariage. Toutefois, ils ne produisent aucun élément de nature à établir le caractère réel, personnel et actuel des risques allégués en cas de retour dans ce pays. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision fixant le pays de renvoi.

22. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des pièces des dossiers que la préfète se serait crue en situation de compétence liée au regard des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile pour prononcer les décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

23. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 15 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. et Mme E tendant à l'annulation des arrêtés en date du 12 juin 2024 par lesquels la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de les admettre au séjour et les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours à destination du pays dont ils ont la nationalité doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions aux fins d'injonction ainsi que de celles présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I E, à Mme C G épouse E, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2402571,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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