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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402606

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402606

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantBACH-WASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Bach-Wassermann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé son admission exceptionnelle au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans le délai à fixer ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait en ce qui concerne le refus de renouvellement de son titre de séjour mention travailleur indépendant sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a méconnu les dispositions des articles L. 421-3, L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en omettant de prendre en compte sa durée de présence, le fait qu'il disposait d'un contrat de travail au moment du dépôt de sa demande de renouvellement et qu'il avait contesté le refus d'autorisation de travail, ses perspectives d'insertion professionnelle et l'absence de liens familiaux dans son pays d'origine ;

- l'arrêté a été pris en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 29 juillet 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin-Rance a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 1er janvier 1982, de nationalité bosniaque, est entré en France en juin 2012. Sa demande d'asile a été rejetée le 6 août 2012 par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) et le 24 octobre 2012 par la cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 30 juin 2014. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée le 10 juin 2015 par l'OFPRA, confirmée par la CNDA le 25 novembre 2015. Le 7 mars 2018, il a été mis en possession d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " renouvelée jusqu'au 16 novembre 2021. Le 9 septembre 2021, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour et a été mis en possession de récépissés jusqu'au 12 septembre 2023. Le 5 septembre 2023, il a déposé une nouvelle demande de titre de séjour en se prévalant d'un contrat de travail à durée indéterminée, qui a fait l'objet d'un refus d'enregistrement le 9 octobre suivant à la suite d'un refus d'autorisation de travail par le service de la main d'œuvre étrangère. Le 20 février 2024, M. B a présenté une nouvelle demande de titre de séjour en se prévalant de ses liens privés et familiaux en France. Par la requête susvisée, il demande l'annulation de l'arrêté en date du 17 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande et lui a opposé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays pour lequel il établit être légalement admissible.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel la préfète de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions en matière d'admission au séjour et d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15,

L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 432-13, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 ci-dessus renvoient.

4. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, la demande de titre de séjour présentée par M. B le 20 février 2024 était fondée sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, que la préfète de Meurthe-et-Moselle a également examiné sa situation sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Toutefois, alors que le requérant ne justifie ni remplir les conditions d'octroi de plein droit d'un titre de séjour, ni, à défaut de justifier d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans, être dans le cas prévu à l'article L. 435-1, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, alors que la demande de titre de séjour en qualité de salarié présentée par M. B le 5 septembre 2023 a fait l'objet d'un refus d'enregistrement en date du 9 octobre suivant, et que sa demande de titre de séjour présentée le 20 février 2024 tendait à la délivrance d'un titre de séjour en raison de ses liens privés et familiaux, la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui n'était pas tenu d'y procéder d'office, n'a pas examiné sa situation sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète aurait omis de justifier sa décision sur ce fondement, et le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doivent être écartés comme étant inopérants.

6. En quatrième lieu, l'arrêté contesté, qui vise notamment l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et analyse les circonstances dont M. B s'est prévalu à l'appui de sa demande, mentionne les éléments de droit et de fait sur lesquels il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B se prévaut de sa présence en France depuis plus de dix ans avec son épouse et de son intégration professionnelle. Toutefois, s'il est arrivé en France en juin 2012 pour y solliciter l'asile et a effectué plusieurs vaines demandes de régularisation, la continuité de sa présence sur le territoire français n'est établie par les pièces du dossier qu'entre 2016 et 2023, et s'il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de travailleur temporaire entre 2018 et 2021, la promesse d'embauche qu'il a présentée en septembre 2023 a fait l'objet d'un avis défavorable du service de la main d'œuvre étrangère et il ne justifie pas de nouvelles perspectives d'intégration professionnelle. La circonstance que sa fille majeure bénéficie d'un titre de séjour en qualité d'étudiante ne suffit pas pour démontrer la réalité et l'intensité de ses attaches sur le territoire français et il n'établit pas davantage être dépourvu de tous liens en Bosnie. Au vu de ces éléments, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et n'a ainsi pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ce qui vient d'être exposé, les éléments dont M. B se prévaut ne constituant pas des considérations humanitaires ou des circonstances exceptionnelles au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

10. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

11. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité et l'actualité de risque pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Bach-Wassermann.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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