mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402658 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | JACQUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024, Mme A C B, représentée par Me Jacquin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale, ou à titre subsidiaire, de réexaminer son dossier dans un délai de 2 mois à compter de la décision à intervenir, le tout sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire du 29 août 2022 n'est plus exécutoire dès lors qu'elle avait une durée de validité d'une année.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C B ne sont pas fondés.
Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 29 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,
- et les observations de Me Jacquin, représentant Mme C B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante congolaise née le 7 juillet 1979 à Kinshasa (République démocratique du Congo), est entrée en France le 13 avril 2017, accompagné de son fils ainé et enceinte de jumeaux, pour y solliciter le statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 mars 2018 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 21 novembre 2018. Le 4 avril 2019, elle a sollicité le réexamen de sa demande, qui a été déclarée irrecevable par l'OFPRA par une décision du 17 avril 2019, confirmée par la CNDA le 12 décembre 2019. Par un arrêté du 23 janvier 2020, elle a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement. Le 30 septembre 2020, elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile une seconde fois, qui a été déclarée irrecevable par l'OFPRA par une décision du 2 octobre 2020. Par un arrêté du 29 août 2022, Mme C B a fait l'objet d'une seconde obligation de quitter le territoire français. Le recours de la requérante contre cette mesure a été rejeté par un jugement du tribunal administratif n°2202534 du 9 septembre 2022. Le 8 septembre 2023, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 17 juin 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Par la requête susvisée, Mme C B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
3. Mme C B se prévaut de son intégration sur le territoire français, de sa maitrise de la langue française et de sa recherche active d'emploi. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante n'est présente en France que depuis 2017, qu'elle ne justifie d'aucune intégration professionnelle ou sociale sur le territoire, et qu'elle ne dispose d'aucune ressource. En outre, si la requérante établit que ses enfants sont scolarisés en France depuis l'année 2018, la scolarisation de ceux-ci pourra se poursuivre sans difficulté dans leur pays d'origine, où la cellule familiale a vocation à se reconstituer. Mme C B n'établit par ailleurs pas avoir développé des liens privés et familiaux inscrits dans la durée et la stabilité en France. Enfin, en se bornant à produire des attestations témoignant de ses activités associatives auprès des restaurants du cœur et du secours populaire, ainsi que des candidatures spontanées pour des postes d'agent d'entretien, Mme C B ne saurait être regardée comme attestant des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait méconnu les dispositions précitées et porté une appréciation manifestement erronée de sa situation au regard de ces dispositions.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Mme C B soutient qu'elle a fixé le centre de ses intérêts en France. La requérante ne se prévaut cependant d'aucun lien personnel et familial en France en dehors de ses trois enfants qui, bien qu'ils soient nés en France pour deux d'entre eux, et y soient scolarisés, ont vocation à suivre leur mère. Les attestations produites par l'intéressée ne peuvent suffire à démontrer qu'elle aurait noué des liens intenses et stables sur le territoire français. Par ailleurs, si elle soutient être dépourvue de toute attache familiale ou personnelle en République démocratique du Congo, elle n'établit pas que son époux, dont elle allègue qu'il est porté disparu, n'y résiderait pas effectivement. Enfin, elle ne fait état d'aucun élément qui serait de nature à faire obstacle à ce que sa cellule familiale soit transférée hors de France. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en édictant l'arrêté contesté, la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait, ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. La circonstance que les enfants de Mme C B vivent depuis plusieurs années en France, où ils sont scolarisés, ne suffit pas à démontrer que l'arrêté contesté porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. S'ils poursuivent des activités sportives en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient pas poursuivre celles-ci en République démocratique du Congo. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " [] Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
9. Mme C B soutient qu'elle craint pour sa vie en cas de retour en République démocratique du Congo, qu'elle aurait quittée pour fuir la guerre. Elle n'établit toutefois pas la réalité de ces risques. Ce moyen ne peut en conséquence qu'être écarté.
10. En dernier lieu, Mme C B soutient que la décision d'obligation de quitter le territoire prise par le préfet de Meurthe-et-Moselle du 29 août 2022 n'est plus exécutoire dès lors que sous l'égide des dispositions en vigueur au jour de son édiction, elle avait une durée de validité d'une année. Il ressort toutefois des termes de l'arrêté attaqué que ni la décision portant refus d'admission au séjour ni la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont fondées sur cette précédente mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par Mme C B au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de Mme C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Jacquin.
Délibéré après l'audience publique du 19 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La rapporteure,
A. JouguetLe président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026