jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402667 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lévi-Cyferman, avocate de Mme A, de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un vice de procédure au regard de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter des observations écrites ou orales, en étant éventuellement assistée par un avocat ;
- il méconnaît son droit d'être entendu tel que protégé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un défaut d'examen complet et approfondi de sa situation ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreur de droit ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire supérieur à quarante-cinq jours est entachée d'erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée à tort en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen dès lors que la préfète n'a pas examiné s'il y avait lieu de prolonger le délai de départ volontaire d'un mois ;
- elle méconnaît les article 7 de la directive 2008/115/CE et L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Des pièces ont été enregistrées pour Mme A le 14 novembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience, et n'ont pas été communiquées.
Par une décision du 29 juillet 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de Mme A.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bastian, conseiller,
- et les observations de Me Lévi-Cyferman, pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante monténégrine née le 20 février 1999, est entrée en France en septembre 2022. Le 15 septembre 2023, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 21 février 2024, dont Mme A demande l'annulation, la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / 1° De la notification de la décision d'admission provisoire ; / 2° De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; / 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. () " En vertu du premier alinéa de l'article 69 de ce décret, le délai de recours contre les décisions du bureau d'aide juridictionnelle " est de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision à l'intéressé. "
3. Il résulte de ces dispositions qu'une demande d'aide juridictionnelle interrompt le délai de recours contentieux et qu'un nouveau délai de même durée recommence à courir à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours après la notification à l'intéressé de la décision se prononçant sur sa demande d'aide juridictionnelle ou, si elle est plus tardive, à compter de la date de désignation de l'auxiliaire de justice au titre de l'aide juridictionnelle.
4. En l'espèce, Mme A s'est vue notifier l'arrêté attaqué le 26 février 2024. Elle a formé une demande d'aide juridictionnelle, interrompant le délai de recours contentieux, le 12 mars 2024. La décision du 29 juillet 2024 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté sa demande d'aide juridictionnelle lui a été envoyée le 5 août 2024. A l'expiration du délai de quinze jours courant à compter de la réception de cette décision, Mme A disposait d'un nouveau délai de trente jours pour contester l'arrêté du 21 février 2024. Dès lors, sa requête, enregistrée au greffe du tribunal le 4 septembre 2024, n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "
6. Il est constant que Mme A est entrée en France en septembre 2022 pour y rejoindre son conjoint, ressortissant serbe titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 31 mars 2031, qu'elle a épousé le 7 septembre 2023. Il n'est pas contesté que le conjoint de la requérante, qui habite en France depuis de nombreuses années, est père d'un enfant résidant en France. La communauté de vie, présumée du fait du mariage, n'est pas contestée par la préfète. Il ressort des pièces du dossier que le couple, qui s'est formé au plus tard à la fin de l'année 2021, entretenait des liens réguliers avant l'arrivée de Mme A sur le territoire français. En outre, Mme A était, à la date de la décision attaquée, enceinte et attendait un enfant pour le mois de mai 2024. Elle soutient également sans être contredite s'occuper quotidiennement de sa belle-fille mineure depuis son arrivée en France. Enfin, il ressort des nombreuses attestations produites dans le cadre de sa demande de titre de séjour, que Mme A fait preuve d'une volonté d'intégration en France, matérialisée notamment par l'apprentissage de la langue française dès son arrivée sur le territoire. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète des Vosges a méconnu les stipulations citées au point précédent.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 21 février 2024 de la préfète des Vosges doit être annulé en tant qu'il porte refus de titre de séjour à Mme A. Par voie de conséquence, cet arrêté doit également être annulé en tant qu'il l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète des Vosges de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", lui conférant le droit d'exercer une activité professionnelle, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dès la notification du présent jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés au litige :
9. La demande d'aide juridictionnelle de Mme A a été rejetée. Par suite, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dès lors, les conclusions par lesquelles Me Lévi-Cyferman sollicite le versement d'une somme au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées, étant précisé qu'au sein de la présente instance, des conclusions ne peuvent être présentées qu'à l'écrit.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 21 février 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, immédiatement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : Les conclusions présentées par Me Lévi-Cyferman au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Lévi-Cyferman et à la préfète des Vosges.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Samson-Dye, présidente,
- Mme Bourjol, première conseillère,
- M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
P. Bastian
La présidente,
A. Samson-Dye
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026