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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402672

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402672

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP LEBON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2024, M. S N, M. J K, Mme P R, M. H I, Mme E D, Mme B Q, M. M F, M. G C, M. A L, Mme O L, représentés par Me Tadic, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le maire de la commune de Jarville-La-Malgrange a délivré un permis de construire pour la construction d'un groupe scolaire ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Jarville-La-Malgrange une somme de 2 500 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils présentent un intérêt pour agir ;

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est présumée constituée lorsque le recours est dirigé contre un permis de construire ; que les travaux de construction sont susceptibles de commencer à tout moment, un arrêté de police ayant été pris par le maire afin de permettre un accès à l'entreprise en charge des travaux ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente, le maire ne pouvant procéder à la signature d'un arrêté faisant droit à une demande de permis de construire qu'il a lui-même présentée ;

* il est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'architecte des bâtiments de France aurait dû être consulté pour avis, le projet de construction se situant à moins de 500 mètres d'un monument historique visible depuis le lieu de l'implantation de l'école ;

* le maire n'a procédé à la signature de l'arrêté contesté qu'après l'approbation par la métropole du Grand-Nancy du nouveau plan local d'urbanisme, l'ancien document d'urbanisme ne lui permettant pas de l'autoriser ;

* le dossier de permis de construire était incomplet dès lors que :

- il ne mentionne pas l'aire de jeux et le parc arboré situés sur le terrain d'assiette, ni davantage la destruction de cette aire de jeux ;

- la notice paysagère mentionne que quinze arbres seront abattus alors que l'ONF a estimé, dans son diagnostic, que seuls trois arbres doivent l'être et n'indique pas l'âge des quinze arbres destinés à l'abattage ;

- si une photographie des lieux est jointe au dossier de permis de construire, elle occulte de manière significative le parc situé à l'arrière du projet et dont une partie sera nécessairement supprimée ;

- la modification de la servitude au profit de la métropole du Grand-Nancy n'est pas produite au dossier, alors que le projet prévoit la déviation d'une canalisation ;

- l'aménagement des accès à la future école n'est pas mentionné au projet qui restera desservi par des voies publiques existantes et insuffisantes ;

- il ne comporte aucune photographie incluant le bâtiment projeté dans son environnement ;

- le dossier de permis de construire ne comporte aucune information quant à la construction du bâtiment projeté sur le domaine public communal ;

- aucune décision de désaffectation, ni aucune délibération de déclassement du domaine public n'est jointe au dossier de permis de construire ;

* la construction envisagée méconnaît les stipulations de l'article UE 12.4 du plan local d'urbanisme dès lors que le projet ne comporte la création d'aucune place de stationnement et il n'est pas démontré qu'il existe une impossibilité physique de réaliser ces places ;

* la construction projetée est située dans une zone inondable ; le rehaussement de la construction afin d'éviter les inondations est insuffisant et les canalisations d'évacuations des eaux pluviales sont insuffisantes ;

* le diagnostic archéologique préventif aurait dû être réalisé préalablement à la délivrance du permis de construire litigieux ;

* le dossier de permis de construire ne semble pas avoir été adressé pour instruction à la direction régionale des affaires culturelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, la commune de Jarville-La-Malgrange, représentée par Me Coissard, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de chacun des requérants d'une somme de 1 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants, qui ne sont pas voisins immédiats des parcelles d'assiette du projet, ne bénéficient pas de la présomption d'intérêt à agir et ne justifient pas de l'atteinte aux conditions de jouissance de leur bien qu'ils allèguent ;

- la seule qualité de conseiller municipal de M. N ne lui confère aucun intérêt lui conférant qualité à agir dans le présent litige ; il ne produit aucun titre de propriété et ne justifie pas, au surplus, de l'atteinte aux conditions de jouissance de son bien ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête enregistrée le 25 juillet 2024 sous le n° 2402268 par laquelle M. N et autres demandent au tribunal d'annuler la décision litigieuse ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 septembre 2024 à 14h00 :

- le rapport de Mme Sousa Pereira, juge des référés ;

- les observations de Me Tadic, représentant M. N et autres, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que le plan local d'urbanisme, adopté par la délibération du 18 avril 2024, n'est pas applicable au permis de construire litigieux dès lors que cette délibération n'a pas été transférée au contrôle de légalité. Ainsi, il y a lieu d'appliquer les stipulations de l'ancien plan local d'urbanisme, adopté en 2019 et imposant la création de places de stationnement. S'agissant de l'intérêt pour agir, elle se prévaut de décisions rendues par le Conseil d'Etat admettant l'intérêt pour agir d'un conseiller municipal à l'encontre d'un permis de construire délivré par le maire pour le compte de sa commune. Elle soutient également que la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la création d'une nouvelle école n'est pas nécessaire, que l'école existante n'est pas totalement délabrée et que les enfants n'y encourent aucun danger ; que la création de ce nouvel établissement a été budgétisée à une somme de 18 000 000 d'euros, ce qui est contraire aux annonces du nouveau gouvernement mis en place tendant à la réduction des dépenses publiques ; que l'architecte des bâtiments de France aurait dû être consulté pour avis en raison de la proximité du projet de construction au regard de l'établissement des compagnons du devoir, qui comporte des portes réalisées par Jean-Prouvé ; qu'aucune place de stationnement ne sera créée alors que l'école va accueillir plus de trois cents élèves ainsi qu'une soixantaine d'agents ;

- et les observations de Me Coissard, représentant la commune de Jarville-La-Malgrange, qui reprend ses écritures et insiste sur le défaut d'intérêt à agir de M. N ; que la jurisprudence dont les requérants se prévalent est antérieure aux dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, qui définit strictement l'intérêt à agir des personnes admises à contester un permis de construire ; que l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme est un texte spécial qui déroge à la règle générale ; qu'il existe quarante-deux places de stationnement, ce qui représente un nombre de stationnement supérieur à celui qui existe pour les trois écoles réunies ; que contrairement à ce que font valoir les requérants, il y a urgence à construire cette nouvelle école dès lors que celle qui existe se situe en dessous de la cote de référence de crue ; que la capacité du restaurant scolaire actuel est inférieure au nombre d'élèves accueillis dans l'école ; que le coût engendré par la construction reste un argument politique qui a été, en tout état de cause, étudié par le conseil municipal.

La clôture de l'instruction a été différée au 24 septembre 2024 à 18h00 en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

La commune de Jarville-La-Malgrange a produit les pièces sollicitées au cours de l'audience et qui ont été enregistrées le 24 septembre 2024 à 16h08.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision en litige :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation./Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".

En ce qui concerne M. N :

3. La qualité de conseiller municipal, dont M. N se prévaut pour justifier de son intérêt à agir, n'est pas par elle-même de nature à lui conférer un tel intérêt au regard des dispositions précitées de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, alors même que le bénéficiaire de l'autorisation est la commune de Jarville-La-Malgrange.

En ce qui concerne les riverains de la rue du Fonteno :

4. Il résulte de l'instruction que la maison d'habitation des requérants les plus proches du projet de construction (sise 8 rue de Fonteno) se trouve à plus de 110 mètres de distance et en bas d'une route ascendante qui longe la parcelle d'assiette du projet de construction dont l'implantation est prévue en contrebas de cette route avec un dénivelé de plus de neuf mètres. En outre, il existe plusieurs places de stationnement devant l'entrée de la construction projetée et l'accès à celle-ci se situe à l'opposé de la rue dans laquelle se trouvent les maisons d'habitation des requérants. Enfin, ces maisons se trouvent à l'arrière du bâtiment projeté et dans une voie en impasse. Ainsi, les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leurs maisons d'habitation ne pourront pas être directement affectées par l'éventuel surcroît de circulation automobile généré par l'activité du groupe scolaire. Il résulte également de l'instruction que les nuisances sonores dont se prévalent les requérants seront limitées par la configuration des lieux et par la présence d'un écran végétal existant sur une partie de la parcelle, assiette du projet.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les atteintes dont se prévalent les requérants ne sont pas de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance des biens qu'ils détiennent. Par suite, les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir au regard des dispositions précitées de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, la demande d'annulation étant irrecevable, leur demande de suspension de l'exécution de l'arrêté doit être rejetée.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Jarville-La-Malgrange, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants une somme que ces derniers réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme totale de 1 500 euros à verser à la commune de Jarville-La-Malgrange à ce titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. N et autres est rejetée.

Article 2 : M. N, M. K, Mme R, M. I, Mme D, Mme Q, M. F, M. C, M. A L et Mme L verseront à la commune de Jarville-La-Malgrange une somme totale de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. S N, en qualité de représentant unique des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune de Jarville-la-Malgrange.

Fait à Nancy, le 26 septembre 2024.

La juge des référés,

C. Sousa Pereira

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402672

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