mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402695 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BLANVILLAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 7, 16 et 17 septembre 2024, Mme C A, représentée par Me Blanvillain, placée au centre de rétention de Metz, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;
2) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 440 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- l'auteur de l'arrêté attaqué est incompétent pour en être le signataire ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne le trouble à l'ordre public que son comportement constitue ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe constitutionnel du droit d'asile dès lors qu'elle a indiqué lors de son audition encourir des risques en cas de retour dans son pays d'origine en raison de ses orientations sexuelles ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, qui l'empêche de comparaître personnellement à l'audience du 9 janvier 2025, méconnaît l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 410 du code de procédure pénale ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ou dégradants ;
- la décision portant interdiction de retour doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour est entachée d'une erreur d'appréciation quant à son principe, dès lors que des circonstances humanitaires justifiaient que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour, et quant à sa durée, eu égard aux liens tissés sur le territoire français et au fait que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 septembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Di Candia, magistrat désigné ;
- les observations de Me Blanvillain, qui reprend les conclusions et les moyens soulevés à l'écrit et précise que la requérante est venue à de nombreuses reprises en France durant son enfance, ainsi que cela ressort des visas produits et des pièces médicales versées, qu'elle compte de la famille à Paris ainsi que sa conjointe, avec laquelle elle vit et projette de se marier, que si elle ne conteste pas son maintien au-delà de la durée de son visa, son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, et que la durée et l'intensité de ses liens n'a pas été suffisamment prise en compte par la préfète lorsqu'elle a fixé la durée de son interdiction de retour ;
- les observations de M. D, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui reprend les termes du mémoire en défense et fait en outre valoir que la requérante n'établit pas la durée de sa présence en France, que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait pu être fondée sur le seul motif qu'elle s'est maintenue au-delà de la durée de validité de son visa, qu'elle n'a jamais sollicité l'asile, qu'elle ne méconnaît pas sa vie privée et familiale compte tenu du caractère récent de sa relation amoureuse et que la requérante ne remet pas en cause les éléments pour lesquels elle a été placée en garde-à-vue.
La clôture de l'instruction a été prononcée à 14 heures 34, à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante algérienne née le 21 août 2005, a été interpellée le 5 septembre 2024 et a fait l'objet, le 6 septembre 2024, d'un arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois. Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, auquel la préfète de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 21 aout 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, délégué sa signature à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'ensemble des décisions qu'il comporte. Les circonstances qu'il ait indiqué que Mme A avait une identité présumée ou estimé que son comportement constituait un trouble à l'ordre public, qui ont trait à la légalité interne de l'arrêté attaqué, sont sans incidence sur sa motivation. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué, ainsi que celui tiré du défaut d'examen de la situation de Mme A, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
5. Pour faire obligation à Mme A de quitter le territoire français, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur la circonstance qu'elle s'est maintenue sur le territoire français après l'expiration de son visa sans être titulaire d'un titre de séjour et que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été interpellée dans un logement où ont été découverts 4 kg de cannabis et plus de 15 000 euros en espèce. Il n'est pas contesté qu'elle fait l'objet de poursuites pénales à raison de ces faits, pour lesquels elle doit comparaître en janvier 2025. Si cette comparution ne constitue pas une preuve de culpabilité, elle n'a pu être décidée qu'en raison d'indices graves et concordants rendant vraisemblable qu'elle ait pu participer à la commission de l'infraction pour laquelle elle est poursuivie. En l'absence de tout élément suffisant permettant de douter de la vraisemblance des faits, et compte tenu de leur gravité, la préfète pouvait, dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative, estimer que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir qu'elle bénéficie de la présomption d'innocence et qu'elle n'a pas encore été jugée coupable, Mme A n'apporte pas d'éléments suffisants de nature à démontrer que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public. En outre, Mme A ne conteste pas s'être maintenue sans titre de séjour au-delà de la durée de validité de son visa, le 18 septembre 2023. Dès lors, elle pouvait faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sur ce seul fondement.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ;
7. Si Mme A fait valoir qu'elle a fait de nombreux allers et retours durant son enfance et son adolescence entre l'Algérie, où elle résidait, et la France, cette circonstance n'est pas par elle-même de nature à établir l'intensité de ses liens sur le territoire français. Par ailleurs, si Mme A se prévaut de la présence en région parisienne de sa tante, chez laquelle elle a été hébergée entre septembre 2023 et janvier 2024, ainsi que de la présence en France d'une ressortissante française, chez laquelle elle est hébergée depuis janvier 2024 et projette de se marier, il ressort des pièces du dossier qu'elle a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de 17 ans, hormis quelques séjours passés en France. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de la requérante et au caractère récent de sa relation avec sa concubine, la préfète de Meurthe-et-Moselle, en prenant à son encontre une mesure d'éloignement n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, à la détermination de l'État responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". L'article L. 542-2 de ce même code énumère les cas dans lesquels, par dérogation à l'article L. 541-1, le droit au maintien sur le territoire prend fin. Enfin, aux termes de l'article R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () lorsqu'un étranger, se trouvant à l'intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l'asile, l'enregistrement de sa demande relève du préfet de département () ". Aux termes de l'article R. 521-4 du même code : " Lorsque l'étranger se présente en personne auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l'administration pénitentiaire, en vue de demander l'asile, il est orienté vers l'autorité compétente. () Ces autorités fournissent à l'étranger les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile et dispensent pour cela la formation adéquate à leurs personnels ".
9. Ces dispositions ont pour effet d'obliger l'autorité de police à transmettre au préfet, et ce dernier à enregistrer, une demande d'admission au séjour lorsqu'un étranger, à l'occasion de son interpellation, formule une demande d'asile. Par voie de conséquence, elles font également obstacle à ce que le préfet fasse usage des pouvoirs que lui confère l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obliger à quitter le territoire français des étrangers en situation irrégulière avant d'avoir statué sur cette demande d'admission au séjour déposée au titre de l'asile. Ce n'est que dans l'hypothèse où le préfet refuse la délivrance de l'attestation de demande d'asile sur le fondement de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet peut, le cas échéant sans attendre que l'office français de protection des réfugiés et apatrides ait statué, décider d'obliger l'étranger à quitter le territoire français.
10. La requérante soutient que la préfète de Meurthe-et-Moselle ne pouvait prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français alors qu'elle a indiqué lors de son audition par les services de police le 6 septembre 2024 encourir des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine du fait de son orientation sexuelle. Toutefois, le seul exposé des craintes encourues, sans que ne soit expressément formulée une demande d'asile, ne peut suffire à regarder Mme A comme ayant sollicité une demande d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées, ainsi que du principe constitutionnel du droit d'asile, doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
12. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme A, la préfète s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et, d'autre part, de ce qu'il existe un risque qu'elle se soustraie à la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet dès lors qu'elle s'est maintenue sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa, qu'elle a déclaré explicitement son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'elle ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Mme A ne conteste pas, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant un délai de départ volontaire, que son comportement constitue une menace à l'ordre public. Dès lors, la préfète de Meurthe-et-Moselle était en droit, sur le seul fondement des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de lui refuser un délai de départ volontaire. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait fait une mauvaise application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
13. En second lieu, si la requérante soutient que la décision portant refus de départ volontaire serait de nature à porter atteinte à son droit à un procès équitable, tel que garanti par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales selon lesquelles " tout accusé a droit notamment à () se défendre lui-même ou avoir l'assistance d'un défenseur de son choix () ", dans la mesure où la décision attaquée l'empêcherait de déférer à la convocation à comparaître à l'audience du tribunal judiciaire de Nancy le 9 janvier 2025 qui lui a été adressée, elle ne saurait toutefois utilement se prévaloir de ces stipulations dès lors que le droit à un procès équitable n'implique pas nécessairement que l'étranger puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'audience pour laquelle il dispose en outre de la faculté de se faire représenter par un conseil. La requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les dispositions de l'article 410 du code de procédure pénale, aux termes desquelles : " Le prévenu régulièrement cité à personne doit comparaître, à moins qu'il ne fournisse une excuse reconnue valable par la juridiction devant laquelle il est appelé ". Ainsi, le moyen tiré de la violation de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 410 du code de procédure pénale doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ".
15. Si Mme A fait valoir qu'en raison de ses orientations sexuelles, elle ne peut retourner en Algérie, elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle risquerait d'être soumise à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté et de l'article 3.1 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. En premier lieu, Mme A n'établit pas l'illégalité de la décision par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
18. En l'espèce, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, la présence de Mme A sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et en dépit de ses liens récents en France, Mme A n'établit pas que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.
19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doit être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
O. Di Candia
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026