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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402738

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402738

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402738
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBOULANGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2024 à 20 heures 33, M. B G, représenté par Me Boulanger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a assigné à résidence dans le département des Vosges pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui restituer son passeport ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;

- les modalités d'application de la mesure, dont l'obligation de pointage, sont disproportionnées au regard de sa situation familiale ;

- la préfète ne justifie pas de l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement.

La requête a été communiquée à la préfète des Vosges qui n'a pas produit de mémoire.

Des pièces enregistrées le 12 septembre 2024, présentées pour la préfète des Vosges, ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné, au titre de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme Philis, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués pour statuer sur les recours relevant des procédures à juge unique définis au chapitre 1er du titre II du livre IX de ce code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Philis, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant serbe né le 18 septembre 1993, est entré en France selon ses déclarations au mois d'août 2021 en vue d'y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 28 février 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile rendue le 22 juin 2023. Le réexamen de sa demande d'asile a fait l'objet d'un rejet par une décision du 15 septembre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée le 27 novembre 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 19 septembre 2023, la préfète des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Le recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 14 novembre 2023, rendu par la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy. Par un arrêté du 4 septembre 2024 pris sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète des Vosges a assigné à résidence M. G dans le département des Vosges pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. G demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2024.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

4. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Vosges le même jour, la préfète des Vosges a donné délégations à Mme H E, en cas d'absence ou d'empêchement de A F, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions du bureau des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions portant assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A F n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. "

6. D'une part, les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative en vertu de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Les modalités d'application de l'obligation de présentation sont soumises au contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qui, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie notamment qu'elles ne sont pas entachées d'erreur d'appréciation. D'autre part, si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.

7. En l'espèce, l'arrêté attaqué impose à M. G de demeurer à son domicile entre 6 heures et 8 heures et, à titre de mesure de contrôle, de se présenter du lundi au samedi, y compris les jours fériés, entre 9 heures et 11 heures, au commissariat de police de Remiremont situé 12 place Henri Utard. Le requérant, qui réside dans la commune de Remiremont, à environ 4 minutes en voiture et 18 minutes à pied du commissariat, n'établit pas, par les pièces qu'il produit, l'impossibilité d'honorer cette obligation au regard de ses contraintes familiales. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que ses enfants D et C sont scolarisés à Remiremont. Dans ces conditions, M. G ne démontre pas que la décision portant assignation à résidence, tant dans son principe que dans ses modalités, porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et serait disproportionnée au regard de sa situation familiale. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

8. En troisième lieu, la décision portant assignation à résidence n'ayant ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel M. G est susceptible d'être éloigné, le requérant ne peut utilement se prévaloir des risques qu'il encourt en cas de renvoi dans son pays d'origine. Par suite, le moyen, à supposer soulevé, doit être écarté comme inopérant.

9. En dernier lieu, M. G ne conteste pas sérieusement l'appréciation portée par la préfète sur l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. G doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris.

D E C I D E :

Article 1er : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. G est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B G, à Me Boulanger et à la préfète des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La magistrate désignée,

L. Philis

La greffière

L. Rémond La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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