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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402798

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402798

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantCHAMPY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Champy, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 7 mai 2024 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a classé sans suite sa demande de titre de séjour ;

2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil, qui s'engage dans cette hypothèse à renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- la préfète a commis une erreur de droit dès lors qu'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit la possibilité de classer sans suite une demande de titre de séjour et que si le dossier était incomplet, il lui revenait de solliciter la transmission des pièces nécessaires à l'examen de sa demande en application des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le traitement médicamenteux qui lui est prescrit n'est pas disponible en Albanie.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête de M. A dès lors que la décision classant sans suite sa demande de titre de séjour au motif de son caractère dilatoire ou abusif ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

Des observations ont été présentées en réponse à ce moyen d'ordre public pour M. A par un mémoire enregistré le 9 janvier 2025.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 30 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- et les observations de Me Champy, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant albanais, né le 26 novembre 1998, est entré en France avec ses parents et son frère selon ses déclarations le 26 mars 2016. Le 27 décembre 2016, il a sollicité le statut de réfugié qui lui a été refusé par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 mars 2017 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 novembre 2017. Par un courrier du 15 janvier 2018, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par une décision du 18 avril 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour. Le recours formé par l'intéressé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 30 octobre 2020. Par un arrêté du 22 décembre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à l'intéressé le titre de séjour que celui-ci avait sollicité le 26 décembre 2019, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pouvait être reconduit. Le recours contre cette décision a été rejeté par un jugement du 24 février 2022 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy. L'intéressé a de nouveau présenté, le 5 mars 2024, une demande d'admission au séjour pour raison de santé que la préfète de Meurthe-et-Moselle a classé sans suite par une décision du 7 mai 2024. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite le renouvellement de son titre de séjour a le droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé correspondant, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En outre, le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 précité ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande. Il en est de même en cas de demande à caractère abusif ou dilatoire.

4. En l'espèce, la préfète de Meurthe-et-Moselle a classé sans suite la demande d'admission au séjour présentée par M. A le 5 mars 2024 au motif que cette demande était identique à celle qui avait été rejetée par décision du 22 décembre 2021. Si le requérant se prévaut d'ordonnances médicales ayant modifié son traitement et d'un certificat attestant de l'indisponibilité des médicaments ainsi prescrits en Albanie, ces documents sont, en tout état de cause, postérieurs à la demande présentée à la préfète. Dès lors en l'absence de circonstances nouvelles invoquées devant elle, susceptibles de remettre en cause l'avis que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu le 30 juin 2018, la préfète de Meurthe-et-Moselle a légalement pu procéder au classement sans suite de cette demande qui doit, en l'état, être regardée comme dilatoire. Cette décision ne constituant pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, la requête de M. A doit être rejetée comme étant irrecevable.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 7 mai 2024 prises par la préfète de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Champy.

Délibéré après l'audience publique du 14 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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