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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402820

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402820

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402820
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACHACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, Mme B C épouse A et M. D A, représentés par Me Achache, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Meuse a rejeté leur recours gracieux formé contre la décision du 21 mars 2024 refusant de présenter leur demande d'adoption de l'enfant Léa Carciofi au conseil de famille ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Meuse, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de transmettre leur demande d'adoption de l'enfant Léa Carciofi au conseil de famille dans un délai de 72 heures à compter du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 224-15 du code de l'action sociale et des familles dont l'interprétation est contraire à la loi ;

- la décision est contraire à la jurisprudence de la cour européenne des droits de l'homme : le préfet ne peut fonder sa décision sur une rupture du lien familial dès lors que celle-ci résulte du comportement fautif du département de la Meuse ;

- la décision est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant et méconnaît ainsi l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : / () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; / () ".

2. Aux termes de l'article 348-6 du code civil : " Lorsque les parents, l'un d'eux ou le conseil de famille consentent à l'admission de l'enfant en qualité de pupille de l'État en le remettant au service de l'aide sociale à l'enfance, le choix de l'adoptant est laissé au tuteur, avec l'accord du conseil de famille des pupilles de l'État ". Aux termes de l'article L. 224-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les organes chargés de la tutelle des pupilles de l'État mentionnée au présent chapitre sont le représentant de l'État dans le département () qui exerce la fonction de tuteur et peut se faire représenter, et le conseil de famille des pupilles de l'État ; () / Le tuteur et le conseil de famille des pupilles de l'État exercent les attributions conférées à ces organes selon le régime de droit commun () ". Le droit commun applicable aux organes de tutelle est fixé par les articles 401 et 408 du code civil.

3. Aux termes de l'article L. 225-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les pupilles de l'État peuvent être adoptés soit par les personnes à qui le service de l'aide sociale à l'enfance les a confiés pour en assurer la garde lorsque les liens affectifs qui se sont établis entre eux justifient cette mesure, soit par des personnes agréées à cet effet, soit, si tel est l'intérêt desdits pupilles, par des personnes dont l'aptitude à les accueillir a été régulièrement constatée dans un État autre que la France, en cas d'accord international engageant à cette fin ledit État ". Aux termes de l'article R. 224-15 du même code : " Lorsque la personne à laquelle le pupille de l'État a été confié souhaite l'adopter, elle doit en informer le préfet en précisant si elle demande une réunion du conseil de famille, selon l'article R. 224-13-1, pour qu'il statue sur ce projet. Le préfet informe immédiatement le président du conseil départemental de cette demande ".

4. Mme et M. A ont, par un courrier du 8 février 2024, fait part au préfet de la Meuse de leur souhait d'adopter l'enfant Léa Carciofi et d'en saisir le conseil de famille. Cette enfant avait été confiée, dans le cadre de sa prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Meuse, à Mme A, assistante familiale, à compter du 19 février 2020 et a été admise en qualité de pupille de l'État à compter du 31 mars 2022. Le préfet de la Meuse a rejeté cette demande par une décision du 21 mars 2024 au motif que l'enfant n'était plus confiée à la garde de Mme A depuis le mois de juillet 2023 et a également rejeté, le 17 juillet 2024, le recours gracieux formé par les intéressés le 22 mai 2024. Ces décisions ne sont pas détachables des conditions d'exercice de la tutelle exercée sur l'enfant par le préfet de la Meuse et concernent des attributions qui relèvent essentiellement du droit civil. Par suite, la requête susvisée de Mme et M. A doit être rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme et M. A présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme et M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à M. D A.

Fait à Nancy, le 1er octobre 2024.

La magistrate désignée,

G. Grandjean

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, autonomie et égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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