lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402828 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à son encontre plusieurs mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision litigieuse ne mentionne pas l'identité du signataire ainsi que sa qualité et ne comporte pas sa signature ;
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- c'est à tort que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a considéré que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics, qu'il entretient des liens de manière habituelle avec des personnes ou organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, et adhère à des thèses incitant à de tels actes, de sorte que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure ;
- les mesures de contrôle et de surveillance sont disproportionnées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Samson-Dye, présidente,
- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique,
- les observations de Me Jeannot, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a édicté à son encontre plusieurs mesures, pour une durée de trois mois. Cet arrêté lui interdit de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Vandoeuvre-lès-Nancy sans autorisation écrite et lui impose de se présenter chaque jour, à 14 heures, au commissariat de police de Nancy, ainsi que de déclarer et de justifier de son nouveau lieu d'habitation en cas de changement de résidence.
Sur la légalité de l'arrêté litigieux :
2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. / L'obligation prévue au 1° du présent article peut être assortie d'une interdiction de paraître dans un ou plusieurs lieux déterminés se trouvant à l'intérieur du périmètre géographique mentionné au même 1° et dans lesquels se tient un événement exposé, par son ampleur ou ses circonstances particulières, à un risque de menace terroriste. Cette interdiction tient compte de la vie familiale et professionnelle de la personne concernée. Sa durée est strictement limitée à celle de l'événement, dans la limite de trente jours. Sauf urgence dûment justifiée, elle doit être notifiée à la personne concernée au moins quarante-huit heures avant son entrée en vigueur. / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. () Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / () La personne soumise aux obligations prévues aux 1° à 3° du présent article peut, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision, ou à compter de la notification de chaque renouvellement lorsqu'il n'a pas été fait préalablement usage de la faculté prévue au huitième alinéa, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision. Le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine. Ces recours, dont les modalités sont fixées au chapitre III ter du titre VII du livre VII du code de justice administrative, s'exercent sans préjudice des procédures prévues au huitième alinéa du présent article ainsi qu'aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code ".
3. Il résulte de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure que les mesures qu'il prévoit doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.
4. L'arrêté attaqué justifie l'édiction des mesures litigieuses, d'une part, par des considérations générales relatives au niveau élevé de la menace terroriste sur le territoire français, d'autre part, par le fait que M. A, ressortissant russe d'origine tchétchène, serait radicalisé et qu'il serait en lien virtuel et physique avec des sympathisants pro-islamistes en France, en Europe et en Turquie, son profil rappelant celui des " acteurs de la menace endogène ". Dans son mémoire en défense, qu'il n'a pas entendu soustraire au contradictoire, le ministre explique qu'à l'occasion d'une visite domiciliaire, réalisée le 31 juillet 2024, il a été découvert chez le requérant un téléphone portable comportant des contenus favorables au djihad, avec notamment des prêches de l'imam Abu Khalid, des vidéos de cadavres et de combattants de l'organisation Etat islamique, porteurs du drapeau de cette entité, ainsi que la vidéo de deux femmes en burqa écoutant un chant religieux, à la gloire du djihad armé. Quand bien même cette découverte est postérieure, d'un jour, à l'édiction de l'arrêté litigieux, elle est susceptible d'être prise en considération dès lors qu'elle révèle des éléments qui existaient à la date de cet arrêté. Le requérant n'a apporté aucune contestation en réponse à ces éléments, de sorte qu'il peut être regardé comme adhérant aux thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme.
5. En revanche, l'administration ne fait état d'aucun élément circonstancié s'agissant d'éventuels commentaires ou diffusions de ces documents par l'intéressé, auprès de proches ou sur des réseaux sociaux, ou d'un positionnement ou d'une activité particulière de l'intéressé sur ces réseaux. Il n'est pas davantage justifié de circonstances relatives au comportement de M. A, tenant par exemple à des propos qu'il aurait pu tenir, à des lieux qu'il aurait pu fréquenter, ou à une participation active à un groupe soutenant le djihadisme, les seules allégations générales mentionnées au point 4 sur ces liens avec certains individus étant trop imprécises à cet égard.
6. En l'absence d'autres éléments tangibles apportés par l'administration, M. A ne peut donc être regardé comme représentant une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics, une telle menace ne pouvant se déduire de la seule circonstance qu'il adhèrerait à des thèses djihadistes, mais représentant une condition distincte et cumulative.
7. Dans ces conditions, et en l'état du dossier, les conditions mentionnées à l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure ne sont pas réunies. M. A est dès lors fondé à soutenir qu'en édictant à son encontre une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions citées au point 2. Il est donc fondé à demander l'annulation de la décision attaquée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du ministre de l'intérieur et des outre-mer en date du 30 juillet 2024 édicté à l'encontre de M. A est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nancy.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Samson-Dye, présidente,
- M. Bastian, conseiller,
- Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
La présidente-rapporteur
A. Samson-Dye
L'assesseur le plus ancien,
P. Bastian
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026