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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402845

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402845

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFRITSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024 à 15 heures 39, Mme G D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'état la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle ne présente aucun risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marini, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la procédure.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marini ;

- les observations de Me Fritsch, avocate commise d'office représentant Mme E D, qui soutient que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français est peu détaillée, il n'est pas fait mention des différents emplois de la requérante, de la présence de sa fille en France, de ses domiciles en France. Si elle a bénéficié d'un interprète, l'interprétariat s'est fait par téléphone et elle n'a peut-être pas tout compris. Elle est présente en France depuis neuf ans, sa fille est en France, elle a toujours travaillé, a payé ses factures, a donné des noms d'employeurs, a eu des conjoints. Si elle a été entendue pour violences conjugales, elle n'a pas fait l'objet de poursuites. Elle attend la production par une amie d'un justificatif d'hébergement et d'une promesse d'embauche ;

- les observations de M. F, représentant le préfet de l'Isère qui rappelle que la requérante n'a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation depuis son entrée en France. L'obligation de quitter le territoire français est fondée sur le maintien irrégulier. Madame n'a aucune attache justifiée sur le territoire français. Le motif pris de l'obstruction à l'éloignement doit être neutralisé néanmoins la requérante ne présente aucune garantie de représentation. L'interdiction de retour sur le territoire français est fondée sur les conditions de vie en France de la requérante ;

- et les observations de Mme E D, assistée d'un interprète en langue portugaise, qui indique qu'elle n'a rien fait de mal, qu'elle est venue en France pour sa fille et qu'elle a toujours travaillé. Sa fille est à Paris et depuis qu'elle est mariée elles n'ont plus de contacts.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D, ressortissante brésilienne, née le 25 septembre 1985, est entrée régulièrement en France en 2018. Elle a été placée en garde à vue le 17 septembre 2024 pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivis d'incapacité n'excédant pas huit jours. Par l'arrêté contesté, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme E D a été placée au centre de rétention administrative de Metz.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 3 septembre 2024, régulièrement publié le 12 septembre 2024 au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de l'Isère a donné délégation à Mme B A, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification sont sans incidence sur la légalité de ces décisions.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si Mme E D soutient qu'elle est présente en France depuis 2018, elle n'établit pas la continuité de sa présence en France. Elle n'a fait aucune démarche pour régulariser sa situation et ne justifie d'aucune intégration. Si elle fait valoir que sa fille et sa petite-fille sont présentes en France, elle a néanmoins déclaré lors de sa garde à vue n'avoir aucune relation avec sa fille et il n'est au demeurant pas établit que sa fille réside régulièrement en France. Dès lors, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées et sans entacher sa décision d'un erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation de la requérante que le préfet de l'Isère a pu lui faire obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; "

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme E D a déclaré être entrée en France au cours de l'année 2018 et résider sur le territoire depuis cette date. Elle n'établit pas avoir réalisé des démarches pour régulariser sa situation et solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le préfet de l'Isère pouvait, pour ce seul motif, et sans méconnaitre les dispositions précitées, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

10. La requérante ne produit aucun élément de nature à démontrer la réalité et le caractère personnel des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations et de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard aux conditions de séjour en France de la requérante et de l'absence de liens intenses et stables que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de Mme E D.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme E D, aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H E D et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La magistrate désignée,

C. Marini

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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