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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402879

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402879

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGEHIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. - Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024, M. D B, représenté par Me Géhin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 8 juillet 2024 par laquelle la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir ;

4°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir dans l'attente du jugement à intervenir au fond ou, le cas échéant, dans l'attente du réexamen de sa demande de titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que son épouse et lui se retrouvent dans une situation précaire faisant obstacle à la poursuite de leur formation/emploi et qu'ils peuvent être placés en rétention administrative à tout moment ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :

* le signataire de l'acte était incompétent ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle est entachée d'un vice de procédure au regard des articles L. 432-13 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète n'ayant pas, préalablement à son édiction, saisi la commission du titre de séjour ;

* elle a été prise en méconnaissance des articles L. 423-23, L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas remplies.

II. - Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024, Mme C B née A, représentée par Me Géhin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de décision du 8 juillet 2024 par laquelle la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir ;

4°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir dans l'attente du jugement à intervenir au fond ou, le cas échéant, dans l'attente du réexamen de sa demande de titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que son époux dans l'instance n° 2402878.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas remplies.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- les requêtes des époux B, enregistrées le 12 septembre 2024 sous les nos 2402784 et 2402785, tendant à l'annulation des décisions dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 octobre 2024 à 14h00 :

- le rapport de Mme Sousa Pereira, juge des référés ;

- les observations de Me Géhin, représentant M. et Mme B, qui conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures et précise que la situation d'urgence est caractérisée dès lors que l'employeur a déposé une demande d'autorisation de travail depuis février 2024, qu'ils sont en situation irrégulière, qu'ils peuvent être interpelés et reconduits à tout moment ; que les trois enfants sont scolarisés et qu'en l'absence de titre de séjour, l'employeur de M. B est dans l'obligation de mettre un terme au contrat de travail de celui-ci ; qu'ils sont en situation de précarité administrative et ne sont pas en mesure de déposer une demande d'autorisation de travail dans la mesure où ils ne bénéficient pas d'une autorisation provisoire de séjour. S'agissant des moyens de nature à créer un doute sérieux, il reprend ses moyens et soutient en outre que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les intéressés pouvant présenter une demande tendant au renouvellement de leurs titres de séjour alors même qu'ils bénéficiaient déjà de tels titres. La commission du titre de séjour aurait dû être saisi dès lors qu'ils sont présents sur le territoire français depuis plus de dix ans et qu'ils remplissent les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que leur aîné et leur fille cadette sont au collège et que leur benjamin est au CP au titre de l'année 2024/2025. Il indique que Mme B a travaillé jusqu'au mois de juillet 2024 et a produit à l'audience des pièces à l'appui. Il précise enfin qu'elle a effectué une formation (BAFA) en vue de travailler dans une école pour garder des enfants dans le cadre du péri-scolaire.

La préfète des Vosges n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 7 octobre 2024 à 14h34.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants albanais, déclarent être entrés, le 18 août 2012, en France où ils vivent avec leurs trois enfants. Après avoir fait l'objet de deux mesures d'éloignement, auxquelles ils n'ont pas déféré, les intéressés se sont vu délivrer, par deux décisions du 21 janvier 2021, des titres de séjour portant la mention " salarié ", lesquels ont été régulièrement renouvelés jusqu'au 5 août 2024. Par un courrier du 6 février 2024, les époux B ont sollicité auprès des services de la préfecture des Vosges la délivrance de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et, subsidiairement, le renouvellement de leurs titres de séjour portant la mention " salarié ". Par deux décisions du 8 juillet 2024, la préfète des Vosges a rejeté leurs demandes. Par deux requêtes, qu'il y a lieu de joindre, les requérants demandent à ce que soit prononcée la suspension de l'exécution de ces décisions.

Sur les demandes d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire des époux B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les demandes de référé :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Il résulte de l'instruction que M. et Mme B ont sollicité, par courrier du 6 février 2024, la délivrance, à titre principal, de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, le renouvellement des cartes de séjour temporaires portant la mention " salarié " dont ils bénéficiaient. Toutefois, les titres de séjour dont M. et Mme B étaient titulaires expiraient respectivement le 30 janvier et le 27 janvier 2024, de sorte que les requérants ne peuvent être regardés comme ayant sollicité le renouvellement de leurs titres de séjour, par le courrier du 6 février 2024. Il n'en demeure pas moins que M. B, qui occupe un emploi de manière permanente, et que Mme B, qui exerce temporairement des missions d'agent d'entretien, ne pourront, en l'absence de titre de séjour, continuer de travailler. Si la préfète se prévaut de la délivrance aux requérants de récépissés leur permettant de travailler, il est constant que la validité de ces derniers documents expirait le 5 août 2024. Dans ces conditions, les intéressés doivent être regardés comme justifiant de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour eux de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité des décisions litigieuses. Par suite, la condition d'urgence doit donc être considérée comme remplie.

6. D'autre part, en l'état de l'instruction, les moyens visés ci-dessus tirés de ce que les décisions litigieuses ont été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.

7. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions contestées.

8. En application des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, il y a seulement lieu d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer la situation de M. et Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de leur délivrer sous quinze jours, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour les autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité des décisions contestées ou jusqu'à l'adoption de nouvelles décisions sur leur droit au séjour.

9. M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Géhin, avocat de M. et Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Géhin de la somme de 1 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à M. et Mme B.

O R D O N N E :

Article 1er : M. et Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution des décisions du 8 juillet 2024 par lesquelles la préfète des Vosges a refusé de délivrer un titre de séjour à M. et Mme B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de réexaminer la situation de M. et Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de leur délivrer sous quinze jours, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour les autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité des décisions contestées ou jusqu'à l'adoption d'une nouvelle décision sur leur droit au séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. et Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Géhin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Géhin, avocat de M. et Mme B, une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sera versée à M. et Mme B.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B, à Mme C B née A, à Me Géhin et au ministre de l'intérieur.

Copie pour information sera adressée à la préfète des Vosges.

Fait à Nancy, le 9 octobre 2024.

La juge des référés,

C. Sousa Pereira

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Nos 2402878, 2402879

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