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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402892

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402892

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantANDIC ANOUZ

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I-. Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024 à 17 heures 33 et des mémoires enregistrés les 2 et 7 octobre 2024 sous le n° 2402892, Mme C E, représentée par Me Halil, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'annuler les décisions de placement et de maintien en centre de rétention ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation administrative, et dans l'attente du réexamen de l'autoriser à rester sur le territoire français dans les délais d'un mois et quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État les frais et dépens ainsi que la somme de 3 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, Me Halil renonçant dans ce cas à percevoir l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance des articles L. 251-1 et L. 551-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'elle comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'erreur de fait tenant à sa date de naissance et à son identité, à la qualité de demandeur d'asile de son mari et de son fils et à son hébergement, qui révèle un défaut d'examen individualisé et complet de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur quant à son fondement juridique, puisque étant entrée sur le territoire français depuis moins de trois mois, aucun visa n'était exigé ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a déposé une demande d'asile dans le délai légal de quatre-vingt-dix jours prévu par la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il sollicite que soit substituées aux dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions du 1° du même article et soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

II- Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024 à 17 heures 26 et des mémoires enregistrés les 2 et 7 octobre 2024 sous le n° 2402893, Mme A E, représentée par Me Halil, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'annuler les décisions de placement et de maintien en centre de rétention ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation administrative, et dans l'attente du réexamen de l'autoriser à rester sur le territoire français dans les délais d'un mois et quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État les frais et dépens ainsi que la somme de 3 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, Me Halil renonçant dans ce cas à percevoir l'aide juridictionnelle.

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance des articles L. 251-1 et L. 551-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'elle comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la préfète n'a pas procédé à un examen individualisé de sa situation, et n'a notamment pas tenu compte de son état de grossesse, en méconnaissance des articles L. 522-1 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur quant à son fondement juridique, puisque étant entrée sur le territoire français depuis moins de trois mois, aucun visa n'était exigé ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a déposé une demande d'asile dans le délai légal de quatre-vingt-dix jours prévu par la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 et méconnaît l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

En ce qui concerne son placement et son maintien en rétention :

- la décision constitue une atteinte grave et disproportionnée à son droit à la santé et sa dignité et méconnaît l'article R. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il sollicite que soit substituées aux dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions du 1° du même article et soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du tribunal pour connaître des conclusions dirigées contre une décision de placement en rétention administrative et son éventuelle prolongation, dont il n'appartient qu'au juge des libertés et de la détention de connaître ;

- les observations de Me Halil, représentant Mmes E, qui précise à l'audience qu'elle entend uniquement contester les décisions portant obligation de quitter le territoire français, que les décisions portant placement et prolongation du maintien en rétention administrative seront annulées par exception d'illégalité et reprend les mêmes moyens que ceux soulevés dans ses écritures ;

- les observations de Mme C E, assistée d'une interprète en langue bosnienne, qui indique que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et les observations de Mme A E, assistée d'une interprète en langue bosnienne, qui mentionne son état de grossesse et ses mauvaises conditions de rétention ;

- et les observations de M. G, représentant le préfet du Haut-Rhin, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mmes C et A E, ressortissantes bosniennes nées le 29 février 1980 et le 2 août 2005 déclarent être entrées respectivement sur le territoire français aux mois de juillet et de septembre 2024. Par deux arrêtés du 23 septembre 2024, le préfet du Haut-Rhin leur a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elles sont susceptibles d'être reconduites d'office et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans pour Mme C E et d'une durée d'un an Mme A E, sa fille. Par leurs requêtes, qui ont fait l'objet d'une instruction commune et qu'il y a lieu de joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement, Mmes E, placées en centre de rétention par deux décisions du même jour, demandent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement Mmes E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant placement et maintien en rétention par le magistrat du siège du tribunal judiciaire :

4. Aux termes de l'article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le magistrat du siège du tribunal judiciaire, dans un délai de quatre jours à compter de sa notification ". Aux termes de l'article L. 742-1 du même code : " Le maintien en rétention au-delà de quatre jours à compter de la notification de la décision de placement initiale peut être autorisé, dans les conditions prévues au présent titre, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire saisi à cette fin par l'autorité administrative ".

5. Il résulte des dispositions précitées que les conclusions des requérantes dirigées contre les décisions de placement en rétention et de maintien en rétention par le magistrat du siège du tribunal sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation des autres décisions :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

6. En premier lieu, les arrêtés attaqués sont signés par Mme F B, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, à laquelle le préfet du Haut-Rhin a, par un arrêté du 5 juillet 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

7. En deuxième lieu, les articles L. 251-1 et L. 551-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne fondent pas l'obligation de motivation des décisions contestées, ne peuvent être utilement invoqués à leur encontre. En tout état de cause, les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont seraient entachées les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et opposant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

8. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Les requérantes ne peuvent ainsi utilement faire valoir que les arrêtés contestés n'auraient pas été notifiés dans une langue qu'elles comprennent. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français opposée à Mme C E :

9. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision contestée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet et particulier de la situation de la requérante avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre, alors d'ailleurs que les demandes d'asile présentées par son conjoint et son fils sont postérieures à celle-ci et qu'elle a indiqué, lors de son audition par les services de gendarmerie, ne pas disposer de logement en France. La circonstance que l'arrêté de placement en rétention comporte un numéro identique à celui concernant une autre personne retenue est en outre sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Dans ces conditions, et nonobstant l'erreur de plume qui entache la date de naissance de l'intéressée, sans pour autant nuire à son identification, les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen complet et particulier de la situation de Mme E doivent être écartés.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / ".

11. Pour lui faire obligation de quitter le territoire français, le préfet du Haut-Rhin a considéré que Mme E était entrée en France depuis plus de trois mois, s'y était maintenue sans être titulaire d'un titre de séjour et que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal d'audition par la compagnie de gendarmerie de Colmar du 23 septembre 2024, que Mme E, ressortissante bosnienne exemptée de l'obligation de visa lors du franchissement des frontières extérieures des États membres de l'Union européenne pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours, a déclaré être entrée en France au mois de juillet 2024, soit il y a moins de trois mois à la date de la décision contestée. Par suite, le préfet du Haut-Rhin ne pouvait se fonder sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre la décision contestée.

12. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

13. Aux termes de l'article L. 311-1 de ce code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement. () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 : " Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants : / i) sa durée de validité est supérieure d'au moins trois mois à la date à laquelle le demandeur a prévu de quitter le territoire des États membres. Toutefois, en cas d'urgence dûment justifiée, il peut être dérogé à cette obligation ; / ii) il a été délivré depuis moins de dix ans ; / b) être en possession d'un visa en cours de validité si celui-ci est requis en vertu du règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil ( 1), sauf s'ils sont titulaires d'un titre de séjour ou d'un visa de long séjour en cours de validité ; / c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; / d) ne pas être signalé aux fins de non-admission dans le SIS ; / e) ne pas être considéré comme constituant une menace pour l'ordre public, la sécurité intérieure, la santé publique ou les relations internationales de l'un des États membres et, en particulier, ne pas avoir fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans les bases de données nationales des États membres pour ces mêmes motifs () ".

14. Il ressort des déclarations faites lors de son audition par les services de gendarmerie le 23 septembre 2024 que Mme E est entrée en France le 23 juillet 2024 accompagnée de son mari et de deux de ses enfants. Mme E ne produit aucun document d'identité en cours de validité et ne justifie pas disposer de moyens d'existence et de la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières résultant de soins qu'elle pourrait engager en France. Dans ces conditions, la décision contestée trouve son fondement légal dans les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles du 2° du même article dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté et le préfet du Haut-Rhin pouvait, pour ce seul motif, lui faire obligation de quitter le territoire français.

15. En troisième lieu, il ne résulte d'aucune disposition qu'un étranger non soumis à l'obligation de visa ne puisse pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement avant l'expiration d'un délai de quatre-vingt-dix jours lui permettant de déposer une demande d'asile. Il ne ressort en tout état de cause pas des pièces du dossier qu'antérieurement à la décision d'éloignement contestée, Mme E ait déposé une demande d'asile ou ait exprimé le souhait de former une telle demande. La circonstance qu'elle ait formé une telle demande en rétention, postérieurement à la décision contestée, est sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet du Haut-Rhin a fait obligation à Mme E de quitter le territoire français.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. Il ressort des déclarations de l'intéressée lors de son audition aux fins de vérification de son droit au séjour sur le territoire français qu'elle n'y est présente que depuis le mois de juillet 2024, soit depuis moins de trois mois à la date de la décision contestée. Elle ne conteste pas disposer d'attaches dans son pays d'origine, la Bosnie-Herzégovine où elle est retournée avec son époux en 2021 après une première entrée en France, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où se trouvent cinq de ses sept enfants. Par ailleurs, elle n'établit pas disposer de liens anciens, intenses et stables en France. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige a porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français opposée à Mme A E :

18. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des motifs de la décision contestée, qui font d'ailleurs mention de l'état de grossesse de la requérante, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet et particulier de sa situation avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite, et sans que puissent être utilement opposés les articles L. 432-1 et L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont inopérants à l'encontre de la mesure d'éloignement litigieuse, le moyen tiré du défaut d'examen complet et particulier de la situation de Mme E ne peut qu'être écarté.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / ".

20. Pour lui faire obligation de quitter le territoire français, le préfet du Haut-Rhin a considéré que Mme E était entrée en France depuis plus de trois mois, s'y était maintenue sans être titulaire d'un titre de séjour et que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme E, ressortissante bosnienne exemptée de l'obligation de visa lors du franchissement des frontières extérieures des États membres de l'Union européenne pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours, a déclaré être entrée en France au mois de septembre 2024, soit il y a moins de trois mois à la date de la décision contestée. Par suite, le préfet du Haut-Rhin ne pouvait se fonder sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre la décision contestée.

21. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

22. Aux termes de l'article L. 311-1 de ce code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement , ". Aux termes de l'article 6 du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 " Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants : / i) sa durée de validité est supérieure d'au moins trois mois à la date à laquelle le demandeur a prévu de quitter le territoire des États membres. Toutefois, en cas d'urgence dûment justifiée, il peut être dérogé à cette obligation ; / ii) il a été délivré depuis moins de dix ans ; / b) être en possession d'un visa en cours de validité si celui-ci est requis en vertu du règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil ( 1), sauf s'ils sont titulaires d'un titre de séjour ou d'un visa de long séjour en cours de validité ; / c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; / d) ne pas être signalé aux fins de non-admission dans le SIS ; / e) ne pas être considéré comme constituant une menace pour l'ordre public, la sécurité intérieure, la santé publique ou les relations internationales de l'un des États membres et, en particulier, ne pas avoir fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans les bases de données nationales des États membres pour ces mêmes motifs () ".

23. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a déclaré être entrée en France au mois de septembre 2024, soit il y a moins d'un mois à la date de la décision contestée. Mme E ne produit toutefois aucun document d'identité en cours de validité et ne justifie pas disposer de moyens d'existence et de la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières résultant de soins qu'elle pourrait engager en France. Dans ces conditions, la décision contestée trouve son fondement légal dans les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles du 2° du même article dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté et le préfet du Haut-Rhin pouvait, pour ce seul motif, lui faire obligation de quitter le territoire français.

24. En troisième lieu, il ne résulte d'aucune disposition qu'un étranger non soumis à l'obligation de visa ne puisse pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement avant l'expiration d'un délai de quatre-vingt-dix jours lui permettant de déposer une demande d'asile. Il ne ressort en tout état de cause pas des pièces du dossier qu'antérieurement à la décision d'éloignement contestée, Mme E ait déposé une demande d'asile ou ait exprimé le souhait de former une telle demande. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin lui aurait opposé la méconnaissance d'un délai de trois jours pour déposer sa demande d'asile. La circonstance qu'elle ait formé une telle demande en rétention, postérieurement à la décision contestée, n'a pas d'incidence sur la légalité de celle-ci et la requérante ne peut ainsi utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'ancien article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile désormais codifié aux articles L. 541-1 et suivants du même code. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet du Haut-Rhin ne peut qu'être écarté.

25. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

26. L'intéressée serait, selon ses déclarations, entrée sur le territoire français en septembre 2024, soit un mois avant la décision attaquée. Elle n'établit pas disposer de liens particuliers en France alors que sa mère avec laquelle elle est arrivée fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et ses frères et sœurs résident dans son pays d'origine. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet a porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions refusant un délai de départ volontaire :

27. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

28. Les requérantes ne sont pas en mesure de justifier d'un document de voyage en cours de validité et, si elles se prévalent à l'instance d'une attestation d'hébergement d'une tante à Marseille, il ressort toutefois des pièces des dossiers que Mme H a déclaré aux services de gendarmerie de Colmar le 23 septembre 2024 ne pas avoir de logement en France. Par suite, en considérant que les intéressées ne disposaient pas de garanties de représentation suffisantes et présentaient ainsi un risque de fuite, le préfet du Haut-Rhin n'a pas inexactement appliqué les dispositions précitées et pouvait, pour ce seul motif, refuser de leur octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

29. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

30. Mme C E se borne à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sans autre précision. Mme A E fait valoir qu'elle encoure des risques en cas de retour en Bosnie-Herzégovine dès lors qu'elle est enceinte. Toutefois, elle n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité et l'actualité des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Sa demande d'asile a au demeurant été rejetée par une décision de l'Office français de protection de réfugiés et des apatrides du 3 octobre 2024 statuant selon la procédure accélérée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

31. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

32. D'une part, Mme C E ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui pourrait faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier qu'après une première entrée en France en 2021, elle a fait l'objet d'une décision du 4 juin 2021 de la préfète du Bas-Rhin ordonnant son transfert vers les autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. N'ayant pas exécuté cette décision, elle a été déclarée en fuite. Ainsi qu'il a été exposé au point 17 ci-dessus, l'intéressée déclare être entrée sur le territoire français en juillet 2024, soit depuis quelques mois à la date de la décision contestée. Si elle se prévaut de la qualité de demandeur d'asile de son mari et de son fils, présents sur le territoire, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, aucune demande d'asile n'avait été enregistrée à leur nom sur le territoire. En outre, Mme E n'établit pas disposer d'autres attaches familiales ou personnelles sur le territoire, alors qu'elle ne conteste pas sérieusement ne plus disposer de liens dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à 44 ans et où réside cinq de ses enfants.

33. D'autre part, Mme A E déclare être entrée sur le territoire français au mois de septembre 2024, soit il y a quelques semaines à la date de la décision contestée. Elle ne justifie pas disposer de liens stables et intenses sur le territoire français et n'établit pas davantage ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine. Son état de grossesse ne saurait constituer à lui-seul une circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français.

34. Par suite, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de Mme C E et de Mme A E et en fixant leur durée respectivement à deux ans et un an, le préfet n'a pas inexactement apprécié la situation des requérantes. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.

35. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mmes E doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

36. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par les requérantes ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais et dépens :

37. La présente instance ne comporte aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par Mmes E doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

38. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, les sommes demandées par Mmes E au bénéfice de leur conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mmes E sont admises à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mmes E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H, à Mme A E, à Me Halil et au préfet du Haut-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La magistrate désignée,

É. WolffLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2402892, 2402893

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