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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402918

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402918

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402918
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantREICH-PINTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024 à 18 heures 09 et un mémoire complémentaire enregistré le 2 octobre 2024, Mme G E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, a mis en œuvre une décision des autorités allemandes l'obligeant à quitter le territoire de cet Etat et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elle ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend ;

- la décision fondée sur le signalement aux fins de non-admission méconnaît l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas justifié qu'elle fait l'objet d'une interdiction d'entrée et d'une mesure d'éloignement exécutoires ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par exception d'illégalité ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 1er octobre 2024, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, magistrat désigné,

- les observations de Me Reich-Pinto, avocate commise d'office représentant Mme E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et qui fait valoir que Mme E encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine en raison de sa conversion au christianisme ; sa mère et ses deux frères sont également convertis mais ne vivent plus en Iran ; elle a deux enfants qu'elle ne voit pas ; elle est l'auteure de plusieurs publications contre le régime iranien ; elle a présenté une demande d'asile en France et doit avoir un entretien avec l'Office français de protection des réfugiés et apatrides,

- les observations de Mme E, assistée d'une interprète en langue farsi,

- les observations de M. F, représentant la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, et qui précise que le signalement aux fins de non-admission émis par les autorités allemandes est exécutoire depuis le 6 juin 2024 ; la demande d'asile de Mme E a été rejetée par les autorités allemandes ; la requérante n'apporte aucun élément sur la présence de membres de sa famille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante iranienne née le 25 février 1981, est entré en France en le 15 septembre 2024 selon ses déclarations. Le 25 septembre 2024, à l'occasion de la vérification de son droit au séjour en France, il a été constaté que l'intéressée faisait l'objet d'un signalement aux fins de non admission émis par les autorités allemandes le 21 août 2018. Par un arrêté du 25 septembre 2024, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a, sur le fondement de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mis en œuvre une décision des autorités allemandes l'obligeant à quitter le territoire de cet État et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée. Placée au centre de rétention administrative de Metz, Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, Mme A C, cheffe du pôle régional Dublin, a reçu délégation l'autorisant à signer les décisions attaquées, en cas d'absence et d'empêchement de Mme B, par un arrêté du 30 août 2024 de la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le 1° de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que la requérante fait l'objet d'un signalement aux fins de non admission à la suite d'une décision de rejet de sa demande d'asile émis par les autorités allemandes et mentionne les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Par ailleurs, l'arrêté attaquée vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que Mme E n'établit être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé en droit et en fait, en dépit de ce qu'il ne vise pas l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige n'a pas été notifié à Mme E dans une langue qu'elle comprend doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant mise en œuvre d'une décision d'éloignement :

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider de mettre en œuvre une décision obligeant un étranger à quitter le territoire d'un autre État dans les cas suivants : 1° L'étranger a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission en vertu d'une décision de refus d'entrée ou d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 et se trouve irrégulièrement sur le territoire métropolitain ; 2° L'étranger a fait l'objet, alors qu'il se trouvait en France, d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États membres de l'Union européenne, la République d'Islande, la Principauté du Liechtenstein, le Royaume de Norvège ou la Confédération suisse () ". Il appartient au juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre une décision de l'autorité administrative de mettre en œuvre une décision obligeant un étranger à quitter le territoire d'un autre État membre de l'Union européenne au motif qu'il a fait l'objet, alors qu'il se trouvait en France, d'une décision d'éloignement exécutoire prise par les autorités de cet autre État, de se prononcer sur les conditions de mise en œuvre du pouvoir de cette autorité, notamment sur le caractère exécutoire de cette dernière décision, alors même qu'elle a été prononcé par une autorité étrangère. En particulier le juge administratif contrôle l'exactitude des motifs donnés par l'administration et prononce l'annulation de la décision qui lui est déférée lorsque le motif invoqué repose sur des faits matériellement inexacts.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme E fait l'objet d'un signalement aux fins de non admission, exécutoire depuis le 6 janvier 2024, en exécution d'une décision du 21 août 2018 par laquelle les autorités allemandes ont rejeté sa demande d'asile. Il ressort de la traduction des informations figurant sur la fiche émanant du département de la coopération internationale opérationnelle de la direction nationale de la police judiciaire, qui comporte la mention " décision d'asile rejetée 21.08.2018 juridiquement contraignante depuis ", que cette décision est toujours exécutoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est entrée en France le 15 septembre 2024 selon ses déclarations. La requérante ne justifie d'aucune attache familiale sur le territoire français, ni d'aucune intégration particulière, et n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant mise en œuvre d'une décision d'éloignement prise par les autorités allemandes doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

11. Si Mme E soutient être menacée de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine du fait de la conversion au christianisme, elle ne produit aucun élément de nature à démontrer la réalité et le caractère personnel des risques allégués. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E et à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Gottlieb La greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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