jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402921 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL RICHARD & LEHMANN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, à 21 heures 34, sous le n° 2402920, M. E A, représenté par Me Lehmann, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2024 par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat, Me Lehmann, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision ordonnant son transfert aux autorités portugaises est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 dès lors que la préfète n'a pas tenu compte de son état de cécité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D A, ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, à 21 heures 37, sous le n° 2402921, M. E A, représenté par Me Lehmann, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2024 par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat, Me Lehmann, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision l'assignant à résidence est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision ordonnant son transfert aux autorités belges, laquelle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D A ne sont pas fondés.
III. Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, à 21 heures 49, sous le n° 2402922, Mme F B C, représentée par Me Lehmann, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2024 par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat, Me Lehmann, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que la décision ordonnant son transfert aux autorités portugaises est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 dès lors que la décision ordonnant le transfert de son époux est illégale et que sa situation est intrinsèquement liée à ce dernier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B C, ne sont pas fondés.
IV. Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, à 21 heures 37, sous le n° 2402923, Mme F B C, représentée par Me Lehmann, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2024 par lequel la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin l'a assignée à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat, Me Lehmann, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision l'assignant à résidence est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision ordonnant son transfert aux autorités portugaises, laquelle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A et Mme B C, ressortissants angolais mariés et nés respectivement les 2 septembre 1962 et 22 février 1963, déclarent être entrés en France en vue d'y solliciter l'asile. Ils se sont présentés au guichet unique d'accueil des demandeurs d'asile de la préfecture de la Moselle et se sont vus remettre une attestation de demande d'asile en procédure Dublin le 27 mai 2024. La consultation du fichier VIS a révélé que les intéressés étaient en possession d'un visa délivré par les autorités portugaises en cours de validité au moment du dépôt de leurs demandes d'asile. Les autorités portugaises, saisies le 31 mai 2024 de demandes de prise en charge sur le fondement de l'article 12-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont fait connaître leur accord par un courrier du 29 juillet 2024. Par deux arrêtés du 6 septembre 2024, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, a prononcé le transfert de M. D A et de Mme B C aux autorités portugaises, responsables de l'examen de leurs demandes d'asile. Par deux autres arrêtés du même jour, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, les a assignés à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois, et les a obligés à se présenter, chaque mardi et jeudi, hors jours fériés, entre 9 heures et 11 heures, à l'hôtel de police situé 38 boulevard Lobau à Nancy. Par les présentes requêtes, qu'il y a lieu de joindre, M. D A et Mme B C demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 6 septembre 2024.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence à statuer sur les présentes requêtes, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D A et de Mme B C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne les décisions ordonnant le transfert des requérantsaux autorités portugaises :
4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que la préfète a tenu compte, dans l'examen de sa situation personnelle, de l'état de cécité dont le requérant se prévaut dans ses écritures. Dans ces conditions, M. D A n'est pas fondé à soutenir que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle en s'abstenant de prendre en compte cet élément.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".
6. Les requérants font valoir que M. D A présente une situation de vulnérabilité particulière, eu égard notamment à sa cécité, et que sa condition nécessite le bénéfice d'un logement stable et sécurisant lui permettant de conserver des repères. A cet égard, ils produisent des documents médicaux attestant de ce qu'il souffre d'une insuffisance rénale chronique de stade IV, d'un diabète de type 2 et d'une cécité sur glaucome. Il ressort également des pièces produites que l'intéressé bénéficie d'un suivi médical régulier en France et a bénéficié de la création d'une artério-veineuse du bras gauche compte tenu de son insuffisance rénale chronique. Toutefois, les pièces médicales produites et plus particulièrement la production d'un certificat, attestant de ce que les pathologies dont il souffre rendent difficiles ses déplacements, ne suffisent pas à établir que l'intéressé serait dans l'impossibilité de retourner au Portugal et que ce retour entraînerait un risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé. Il n'est pas davantage démontré par les documents produits qu'un suivi médical adapté ne serait pas disponible au Portugal. Enfin, les requérants n'établissent ni même n'allèguent qu'il existerait au Portugal des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin aurait entaché les décisions litigieuses d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les arrêtés portant assignation à résidence :
7. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée.() ".
8. En premier lieu, le moyen dirigé contre les décisions ayant ordonné le transfert de M. D A et de Mme B C aux autorités portugaises ayant été écarté, ils ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions d'assignation à résidence.
9. En deuxième lieu, l'accord explicite des autorités portugaises, intervenu le 29 juillet 2024, étant valide pour une période de six mois, l'autorité préfectorale a pu légalement considérer que l'exécution des décisions de transfert demeurait une perspective raisonnable et que les requérants pouvaient ainsi faire l'objet d'une décision l'assignant à résidence, laquelle constitue une mesure alternative au placement en rétention dès lors que les intéressés présentent des garanties de représentation suffisantes, ce que la préfète ne conteste pas. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'il n'existe pas une réelle perspective pour que la remise des intéressés aux autorités portugaises puisse être menée à bien dans le délai d'assignation prévu par l'arrêté. Par suite, M. D A et Mme B C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant assignation à résidence seraient entachées d'une erreur de droit ou d'une erreur dans l'appréciation de leur situation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D A et Mme B C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 6 septembre 2024 par lesquels la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné leur transfert aux autorités portugaises et les a assignés à résidence. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais des instances :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que les sommes demandées au titre des frais exposés non compris dans les dépens soient mises à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans les présentes instances.
D E C I D E :
Article 1er : M. D A et Mme B C sont admis respectivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans les instances nos 2402920, 2402921 et nos 2402922 et 2402923.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes susvisées est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, Mme F B C à Me Lehmann et au ministre de l'intérieur.
Copie du présent jugement sera adressée à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 octobre 2024.
La magistrate déléguée,
C. Sousa PereiraLa greffière,
L. Rémond
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2402920,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026