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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402931

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402931

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 septembre et 4 octobre 2024, M. A B, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé, notamment au regard des critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des circonstances humanitaires ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'erreurs d'appréciation quant à l'existence de circonstances humanitaires et à la durée de cette interdiction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian,

- les observations de Me Fournier, avocat commis d'office, qui rappelle que le refus de titre de séjour de M. B n'a pas encore été jugé, que M. B souffre d'épilepsie et ne peut pas se procurer au Maroc les médicaments dont il a besoin et qui fait valoir que lors des évènements ayant donnés lieu aux signalements mentionnés par la décision attaquée, M. B était en crise d'épilepsie ;

- les observations de M. B, lui-même, qui indique qu'il fait l'objet de crises d'épilepsie, qu'il ne peut pas acheter les traitements au Maroc, qu'il a toute sa famille en France et qu'il a déjà fait du bénévolat ;

- et les observations de M. F qui précise, s'agissant des circonstances humanitaires, que le collège des médecins de l'OFII a considéré que M. B pouvait bénéficier des traitements adéquats dans son pays d'origine ; qui souligne qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfecture était informée, avant le placement en rétention de M. B, de ce qu'il prenait des médicaments ; qui considère que l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public ; qui conclut pour le surplus aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 8 décembre 1993, est entré en France en 2021, selon ses déclarations. Par un arrêté du 22 décembre 2023, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par un arrêté du 20 mars 2024, la préfète de l'Aube a en outre prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. Par un jugement n° 2400732 du 16 avril 2024, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé l'arrêté du 20 mars 2024. Par un arrêté du 26 septembre 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Aube a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

2. En premier lieu, par un arrêté du 11 septembre 2024, la préfète de l'Aube a donné délégation à Mme E C, cheffe du service des étrangers, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les arrêtés portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète a tenu compte de la circonstance que M. B a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 28 ans, de la nature et de l'intensité de ses liens en France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet de mesures d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représenterait son comportement. En outre, la préfète n'était pas tenue de mentionner l'examen des circonstances humanitaires relatives à la situation médicale de M. B dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait fait état, antérieurement à l'édiction de la décision attaquée, de circonstances humanitaires de nature à justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du vice de forme ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme étant inopérant.

5. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Aube, qui n'était, ainsi qu'il a été dit au point précédent, pas tenue de mentionner les circonstances relatives à la situation médicale dont se prévalait M. B, n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de l'intéressé.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'épilepsie. S'il soutient qu'il ne pourra pas se voir délivrer les médicaments nécessaires à sa prise en charge au Maroc, il ne l'établit en tout état de cause pas alors, au demeurant, que cette circonstance ne constitue en elle-même pas une circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision édictant une interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. D'autre part, M. B soutient être présent sur le territoire français depuis 2021, soit trois ans à la date de la décision attaquée. Célibataire et sans charge de famille, il ne produit aucune pièce de nature à étayer ses allégations selon lesquelles il disposerait de famille en France. S'il soutient s'intégrer par des activités de bénévolat, il ne produit aucune attestation en ce sens. En outre, M. B ne conteste pas avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 23 avril 2023, qu'il n'a pas exécutée. Par suite, la préfète de l'Aube n'a pas inexactement appliqué les dispositions citées au point 6 en fixant à trois ans l'interdiction de retour sur le territoire français de M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

P. Bastian

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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