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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402932

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402932

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 septembre et 7 octobre 2024, M. B A, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;

- les décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de Saône-et-Loire, qui a produit des pièces.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian,

- les observations de Me Fournier, avocat commis d'office, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- et les observations de M. F, représentant le préfet de la Saône-et-Loire, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 22 septembre 1984, a été condamné le 29 juin 2023 à une peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français par la cour d'appel de Paris. Par un arrêté du 27 septembre 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a accordé une délégation permanente à Mme E C, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les arrêtés fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du vice de forme ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme étant inopérant.

5. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il risquerait d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. D'une part, l'éloignement de M. A du territoire français ne procède pas de l'arrêté par lequel le préfet de la Saône-et-Loire a fixé le pays de destination mais de la peine d'interdiction du territoire français prononcée par la cour d'appel de Paris, qui fait obstacle à sa libre circulation sur le territoire de la République française et lui interdit d'y revenir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant en tant qu'il porte sur la vie privée et familiale de M. A en France. D'autre part, si M. A soutient que le choix de la Tunisie comme pays de destination méconnaît les stipulations citées au point précédent, il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré aux services de police être de nationalité tunisienne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit également être écarté en tant qu'il porte sur le choix de la Tunisie comme pays de destination.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Saône-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

P. Bastian

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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