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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402953

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402953

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELAS HAVEN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 29 septembre 2024, à 21 heures 14, sous le n° 2402952, M. B A, représenté par Me Noirot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- son comportement ne peut être qualifié de menace à l'ordre public en méconnaissance de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de circulation a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- son comportement ne peut être qualifié de menace à l'ordre public en méconnaissance de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 29 septembre 2024, à 21 heures 27, sous le n° 2402953, M. B A, représenté par Me Noirot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant italien né le 3 mars 1992, déclare être entré en France en mai 2023. A la suite de son interpellation, le 23 septembre 2024, pour des faits de violences sans incapacité, de menaces de mort avec ordre de remplir une condition et pour des envois réitérés de messages malveillants commis sur une personne ayant été conjointe, la préfète de Meurthe-Moselle, par un arrêté du 24 septembre 2024, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois. Par un arrêté du même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq-jours. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre, M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 24 septembre 2024.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " l'autorité compétente peut par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : " () 2° leur comportement personnel constitue du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société (..) . L'autorité compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à sa situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec le pays d'origine. "

3. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

4. Il ressort des pièces des dossiers que la préfète de Meurthe-et-Moselle a édicté à l'encontre de M. A, ressortissant italien, une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se fondant sur le comportement de l'intéressé dès lors qu'il a fait l'objet, le 23 septembre 2024, d'une interpellation et a été placé en garde à vue pour des faits de violences sans incapacité, de menaces de mort avec ordre de remplir une condition et pour des envois réitérés de messages malveillants commis sur une personne ayant été conjointe. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier d'une part, que ces violences et menaces ont été matériellement établies, ni d'autre part, qu'il ait été condamné pour ces faits. En outre, il ne ressort pas des pièces des dossiers que ces violences aient été précédées par d'autres faits de même nature avant la garde à vue de l'intéressé, ni qu'il existe en outre un risque de réitération dans le futur. Par ailleurs, il ressort des pièces des dossiers que l'intéressé est propriétaire d'une maison d'habitation sur le territoire de la commune de Joudreville, qu'il dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée en tant qu'agent polyvalent au sein d'une société établie au Luxembourg, et établit des salaires continus à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la préfète de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celles refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant deux ans et l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les frais des instances :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 24 septembre 2024 par lesquels la préfète de Meurthe-et-Moselle a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français et l'a assigné à résidence sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Noirot et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 octobre 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa PereiraLa greffière,

L. Rémond La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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