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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403005

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403005

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDAVID

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nancy, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du 26 septembre 2024 prolongeant le placement à l'isolement de M. B pour une durée de trois mois. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, compte tenu de l'intérêt public lié à la sécurité de l'établissement pénitentiaire, eu égard à la condamnation de l'intéressé pour des faits de terrorisme et à son comportement en détention (possession de téléphone portable, consultation de propagande islamiste). La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2024, M. C B, représenté par Me David, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 26 septembre 2024 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand Est a ordonné son maintien à l'isolement du 26 septembre 2024 au 26 décembre 2024 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros TTC à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, au requérant lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée le 3 octobre 2024 sous le n° 2403004 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2024.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 octobre 2024 à 9 heures 30, M. A a lu son rapport.

M. B et le garde des Sceaux, ministre de la justice n'étaient ni présents, ni représentés.

Une note en délibéré, présentée par Me David pour M. B, a été enregistrée le 23 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions fondées sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d'office à l'isolement une personne détenue, ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire, portent en principe une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne détenue, de nature à créer une situation d'urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s'il estime remplie l'autre condition posée par cet article. Toutefois, si l'autorité administrative justifie de circonstances particulières faisant apparaître qu'un intérêt public s'attache à l'exécution sans délai de cette mesure, compte tenu en particulier des risques pour la sécurité de l'établissement et des personnes, y compris extérieures à celui-ci, appréciés notamment au regard des motifs d'incarcération de l'intéressé, des éléments figurant dans son dossier individuel ou de son comportement en détention, la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite.

5. Le garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir que M. B a été condamné, le 3 décembre 2023, à une peine de vingt-huit ans de réclusion criminelle pour des faits de terrorisme et qu'il a été sanctionné à plusieurs reprises, d'une part, pour avoir été en possession les 9, 12 juin 2023, 20 février 2024 et 23 septembre 2024, d'un téléphone portable avec lequel il a pu rechercher, télécharger et consulter sur internet des vidéos de propagande islamiste et échangé avec des personnes extérieures et, d'autre part, pour avoir refusé de regagner sa cellule, les 13 juin 2023 et 25 septembre 2024. Ainsi, eu égard aux motifs d'incarcération de M. B et à son comportement en détention, un intérêt public, tenant à la sécurité de l'établissement pénitentiaire dans lequel il est incarcéré et des personnels qui y travaillent, s'attache à ce que la mesure de prolongation de placement à l'isolement soit immédiatement exécutée. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions à fin de suspension de la requête de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions fondées sur les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au garde des Sceaux, ministre de la justice et à Me David.

Fait à Nancy, le 23 octobre 2024.

Le juge des référés,

S. A

La République mande et ordonne au Garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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