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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403009

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403009

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantROLLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2024 sous le n° 2403009, M. B conteste l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Il se prévaut de son état de santé et fait valoir que ses enfants et sa famille résident en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, magistrate désignée,

- les observations de Me Raymond, avocate commise d'office, représentant M. A, qui présente à l'audience des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté et demande de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Elle soulève des moyens nouveaux et soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

- l'arrêté contesté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation au regard de son état de santé, de sa situation familiale et de ses observations préalables ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant roumain né le 11 février 1990 a été interpellé le 26 septembre 2024 pour des faits de vols en réunion et utilisation frauduleuse de cartes bancaires volées. Par un arrêté du 30 septembre 2024, la préfète des Vosges lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire d'une durée de trois ans. Par sa requête, M. A, actuellement détenu à la maison d'arrêt d'Épinal, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté contesté, ni des pièces du dossier que la préfète, qui n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger qu'elle entend éloigner du territoire, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A, alors d'ailleurs qu'en l'espèce ses observations relatives à son état de santé sont postérieures à la notification des décisions litigieuses.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A déclare être entré sur le territoire français en 1991 et soutient que l'ensemble de sa famille est présente en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné définitivement le 25 mars 2020 par la cour d'appel de Lyon à une peine d'emprisonnement de trois ans pour escroquerie et vol en réunion, en récidive, ainsi que son épouse. Par une décision du juge d'application des peines du 18 janvier 2021, il a été admis au régime de la libération conditionnelle et a été éloigné d'office vers son pays d'origine, avec sa conjointe, en application d'un arrêté du 8 novembre 2019 du préfet de la Loire lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de circulation d'une durée de trois ans. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que le requérant déclare être de nouveau entré sur le territoire français aux mois de mars ou d'avril 2023, en méconnaissance de cette interdiction. Le 26 septembre 2024, M. A a été interpellé par les services de police de Saint-Dié-des-Vosges pour des faits de vol en réunion et utilisation frauduleuse de moyens de paiement commis en février 2024, dont il a reconnu être l'auteur, et a été placé en détention à la maison d'arrêt d'Épinal. Eu égard à la gravité et au caractère récent et répété des faits commis, le comportement du requérant constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Le requérant se prévaut de la durée de sa présence en France ainsi que de celle de sa famille et de ses deux enfants mineurs. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que son épouse fait également l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire et que ses enfants vivent chez leurs grands-parents depuis 2019 et l'incarcération du couple. En tout état de cause, le requérant ne fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine, alors qu'il n'établit pas ne plus y avoir d'attaches. Il ne produit enfin aucun élément de nature établir qu'il dispose d'autres liens personnels ou familiaux sur le territoire. Dans ces conditions, l'arrêté en litige ne peut être regardé comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Dès lors qu'il ne fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. A soutient que son retour en Roumanie l'exposerait à des traitements contraires aux dispositions précitées compte tenu de son état de santé qui nécessite un traitement médicamenteux et des interventions chirurgicales. Toutefois, il n'établit pas la réalité et l'actualité des risques personnels auxquels il serait exposé en cas de retour en Roumanie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des textes précités ne peut être accueilli.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 ci-dessus, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 et 9 ci-dessus, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle que la préfète des Vosges a fixé le pays à destination duquel M. A est susceptible d'être éloigné d'office.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté du 30 septembre 2024 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La magistrate désignée,

É. Wolff

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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