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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403016

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403016

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantROLLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2024 à 14 heures 07, M. C B A demande au tribunal :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 7 juillet 2022 l'obligeant à quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se soit prononcée sur sa demande d'asile ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il ne dispose plus du droit de se maintenir sur le territoire français, que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est devenue définitive et qu'il a présenté un recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- des éléments sérieux justifient la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français;

- en l'éloignant vers l'Afghanistan sans attendre la décision de la Cour nationale du droit d'asile, la France méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sousa Pereira,

- les observations de Me Rolland, avocat commis d'office, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- les observations de M. B A, assisté par un interprète en langue patcho, qui déclare vouloir assister à l'audience devant la Cour nationale du droit d'asile afin d'être entendu et pouvoir présenter ses observations ;

- et les observations de Me Morel, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui précise que le requérant ne justifie plus d'un droit au maintien sur le territoire français au titre d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 10 mars 1991, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), par une décision du 20 janvier 2017. Il a bénéficié à ce titre d'un titre de séjour temporaire, valable du 22 février 2018 au 21 février 2019, puis d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 24 septembre 2019 au 23 septembre 2023. Par une décision du 21 juin 2021, l'OFPRA lui a retiré le bénéfice de la protection subsidiaire compte tenu de la menace que représente l'intéressé pour la société française, ce dernier ayant fait l'objet de plusieurs condamnations. Il s'est vu retirer sa carte de séjour et a fait l'objet, par une décision du 7 juillet 2022, d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Placé au centre de rétention de Metz, par une décision du 2 octobre 2024, M. B A demande au tribunal de suspendre l'exécution de la décision du 7 juillet 2022 l'obligeant à quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se soit prononcée sur sa demande d'asile.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

2. Aux termes de l'article L. 752-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français, notifiée antérieurement à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, est devenue définitive, l'étranger qui fait l'objet, postérieurement à la décision de l'office, d'une assignation à résidence, ou d'un placement en rétention administrative dans les conditions prévues aux titres III et IV en vue de l'exécution de cette décision portant obligation de quitter le territoire français, peut demander au président du tribunal administratif de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Cette demande est présentée et jugée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 en cas d'assignation à résidence ou selon la procédure prévue à l'article L. 921-2 en cas de rétention administrative. Les délais pour saisir le tribunal administratif fixés aux mêmes articles L. 921-1 et L. 921-2 courent à compter de la notification à l'étranger de la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

3. En premier lieu, M. B A soutient qu'il a été relaxé des faits pour lesquels l'OFPRA lui a retiré le bénéfice de la protection subsidiaire au vu de la menace grave qu'il représentait pour la société française. S'il résulte de l'instruction et plus particulièrement de la décision par laquelle M. B A a été placé en rétention administrative que ce dernier a été relaxé des faits de tentative de meurtre pour lequel il avait fait l'objet d'un mandat de dépôt, il n'en demeure pas moins que l'intéressé a été condamné le 6 décembre 2018 par le tribunal correctionnel de Sens à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et le 18 mars 2019 par le tribunal correctionnel de Metz à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis et cent euros d'amende pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et d'usage illicite de stupéfiants. En outre, l'intéressé a également fait l'objet d'un rappel à la loi pour des faits de harcèlement d'un mineur de quinze ans et qu'il est également connu pour des faits d'agression sexuelle commis le 9 mai 2018. Dans ces conditions, l'intéressé, eu égard à la menace grave qu'il représente pour la société française, ne justifie pas d'éléments sérieux, en dépit de sa relaxe pour des faits de tentative de meurtre, de nature à justifier, au titre du réexamen sa demande d'asile, son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile.

4. En second lieu, la décision à l'encontre de laquelle des conclusions aux fins de suspension ont été présentées n'a pas d'autre objet que d'obliger M. B A à quitter le territoire français. Ainsi, il ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

5. Il résulte de tout ce qui précède les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 7 juillet 2022 l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

La greffière

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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