mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2403041 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Lebon-Mamoudy, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 août 2024, par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a ordonné son expulsion du territoire français et a fixé le Maroc comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-de-Moselle de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête de M. A, enregistrée le 25 septembre 2024 sous le n° 2402936 tendant à l'annulation de l'arrêté dont la suspension de l'exécution est demandée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 octobre 2024 à 10 heures :
- le rapport de M. Davesne, juge des référés ;
- les observations de Me Lebon-Mamoudy, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de M. C, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle qui conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. M. A, ressortissant marocain né le 19 mars 1992, est entré en France en 2001 et a été en possession de cartes de séjour temporaire de 2011 à 2017. Les mentions du bulletin n°2 de son casier judiciaire font apparaitre qu'il a été condamné pénalement à quatre reprises et en dernier lieu par le tribunal correctionnel de Nancy, le 25 juillet 2018, à une peine de sept ans d'emprisonnement pour des faits d'extorsion avec violences ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours en récidive, et par la cour d'appel de Nancy, le 29 janvier 2019, à une peine de cinq ans d'emprisonnement pour des faits d'agression sexuelle. M. A, qui est incarcéré depuis le 24 novembre 2016, a fait l'objet d'une mesure d'expulsion par un arrêté du 12 août 2024, dont il demande la suspension sur le fondement des dispositions citées au point 1.
Sur la condition d'urgence :
3. Eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français porte, en principe, par elle-même atteinte de manière grave et immédiate à la situation de la personne qu'elle vise. Ainsi, et alors que la levée d'écrou de M. A est prévue le 11 décembre 2024, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.
Sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
4. M. A soutient que l'arrêté du 12 août 2024 est insuffisamment motivé, entaché d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation personnelle, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public permettant son expulsion sur le fondement de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aucun de ces moyens n'est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 août 2024 ordonnant son expulsion. Par voie de conséquence doivent être rejetées les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée, pour information, à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 23 octobre 2024.
Le juge des référés,
S. Davesne
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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