mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2403048 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024 à 11 heures 51, M. C A, représenté par Me Levi-Cyferman, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut de motivation en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que de l'article 12-1 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, révélant un défaut d'examen ;
- il méconnaît le principe du contradictoire tel que garanti par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur le moyen propre à la décision portant refus de séjour :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur le moyen propre à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu tel que protégé par le principe général du droit de l'Union européenne découlant de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
Sur le moyen propre à la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
- la préfète s'est estimée en situation de compétence liée et a méconnu les dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 en n'examinant pas s'il y avait lieu de prolonger le délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Samson-Dye, vice-présidente, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Samson-Dye,
- et les observations de Me Lévi-Cyferman, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que précédemment, par les mêmes moyens, demande en outre que le mémoire de l'administration, produit tardivement, soit écarté des débats, en raison d'une atteinte au principe du contradictoire et fait valoir que la durée de l'interdiction de retour est excessivement longue.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, né à Oran le 29 avril 1997, est entré en France selon ses dires le 21 décembre 2017. Il a sollicité son admission au séjour le 10 août 2020 et a obtenu un certificat de résident algérien le 1er octobre 2020, valable du 14 août 2020 au 13 août 2021. Il a introduit une demande de renouvellement de son titre de séjour, en se prévalant de sa vie privée et familiale le 27 août 2021. Par un arrêté du 7 octobre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français et a assorti cette décision d'un délai volontaire de trente jours. Le 13 mars 2023, M. A a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 30 septembre 2024, notifié le 3 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Par sa requête, M. A, qui est incarcéré jusqu'au 26 octobre 2024, demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur la recevabilité des écritures de la préfète :
4. Aucune disposition applicable à la procédure en cause ne fait obstacle à ce que les écritures du défendeur, enregistrées peu avant l'audience, soient prises en considération, étant précisé qu'il a été proposé au conseil de M. A de bénéficier d'un délai supplémentaire pour en prendre connaissance. Il n'y a donc pas lieu d'écarter le mémoire de l'administration des débats.
Sur la légalité de l'arrêté litigieux :
5. En premier lieu, par un arrêté du 17 septembre 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le lendemain, la préfète de Meurthe-et-Moselle a délégué sa signature à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'État dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Dans ces conditions, M. B était compétent pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions comprises dans ces arrêtés au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 12-1 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, qui a, au demeurant, été transposée dans l'ordre interne et ne peut plus, dès lors, être invoquée utilement à l'encontre d'un acte administratif individuel doivent être écartés. Il en va de même s'agissant du moyen tiré du défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressé.
7. En troisième lieu, il ressort des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire, au pays de destination, à l'interdiction de retour sur le territoire français ou à l'assignation à résidence. Cet article ne saurait, en outre, être utilement invoqué à l'encontre du refus de titre de séjour, qui statue sur une demande de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.
8. En quatrième lieu, les dispositions des articles L. 423-23 et L435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inapplicables à un ressortissant algérien, dont le droit au séjour est régi de manière complète par l'accord franco-algérien précédemment visé. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions sont inopérants.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 4. Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. A était l'un des deux titulaires de l'autorité parentale à l'égard de son fils, né le 29 mai 2019 à Nancy de sa relation avec une ressortissante française, cet enfant ayant été reconnu avant sa naissance, étant précisé qu'il n'est en revanche pas établi qu'il serait titulaire de l'autorité parentale sur son autre enfant. Dans ces conditions, M. A remplissait les conditions pour se voir délivrer de plein droit un certificat de résidence algérien.
11. Pour rejeter son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement des stipulations précitées de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est toutefois fondée sur la circonstance que la présence de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, compte tenu des condamnations pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance en février 2022 et pour conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou de plantes classées comme stupéfiants en décembre 2022. La préfète s'est également fondée sur le fait que l'intéressé a été condamné le 29 avril 2021 par le tribunal correctionnel de Nancy à une peine de douze mois pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivi d'une incapacité n'excédant pas huit jours et menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commise par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et a été condamné par la cour d'appel de Nancy le 31 octobre 2023 à une peine de 12 mois d'emprisonnement délictuel pour récidive d'extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien et violence aggravée par deux circonstances suivie d'une incapacité supérieure à huit jours. Ces éléments, qui sont suffisamment récents, compte tenu de leur gravité et de leur nombre, permettent de retenir que la présence en France de M. A est constitutive d'une menace à l'ordre public, ce qui permettait de lui refuser le titre sollicité, ainsi qu'il a été dit au point 9. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. M. A soutient que sa vie privée et familiale en France faisait obstacle à une mesure d'éloignement et se prévaut de sa présence en France depuis sept ans, d'attaches familiales fortes, notamment avec ses deux fils, parmi lesquels l'enfant de sa première compagne avec laquelle il dit maintenir des relations malgré les violences ayant donné lieu à sa condamnation pénale. Néanmoins, il est constant que M. A fait l'objet d'une ordonnance de protection, au profit de son ancienne compagne et il ne démontre pas, de manière suffisamment probante, maintenir des liens affectifs avec ses deux enfants, le second étant actuellement confié à l'aide sociale à l'enfance depuis son incarcération. En outre, M. A n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie, puisque son père, ses deux frères ainsi que sa sœur y vivent actuellement. Dans ces conditions, nonobstant sa présence depuis sept années, et compte tenu de la menace à l'ordre public qu'il représente, la mesure d'éloignement litigieuse ne peut être regardée comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, invoqué à l'encontre des différentes mesures litigieuses, doit, dès lors, être écarté.
14. En septième lieu, compte tenu de ce qui a été dit, et notamment du risque que représente le requérant pour l'ordre public, l'arrêté litigieux ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
15. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés au point 13, le moyen tiré de ce que la préfète aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.
16. En neuvième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Il résulte, toutefois, également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
17. Il ressort des pièces du dossier que la préfète, avant de refuser l'admission au séjour de M. A, a saisi la commission départementale du titre de séjour, devant laquelle le requérant a pu présenter des observations écrites et orales. La préfète n'avait pas l'obligation de recueillir les observations du requérant spécifiquement sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit également être écarté.
18. En dixième lieu, l'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas démontrée, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision au soutien de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
19. En onzième lieu, après avoir relevé que M. A relevait des articles L. 612-2 1° et 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article L. 612-3 5° du même code, qui permettent de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, la préfète a également indiqué que l'intéressé ne justifiait d'aucune circonstance particulière faisant obstacle à ce qu'il quitte le territoire français sans délai. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète s'est estimée en situation de compétence liée pour se prononcer sur le délai de départ.
20. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
21. Au regard des éléments de fait précédemment mentionnés, le requérant ne justifie pas de circonstances susceptibles d'être qualifiées d'humanitaires, au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à justifier qu'il ne fasse pas l'objet d'une interdiction de retour alors même qu'il a été légalement privé de délai de départ volontaire.
22. Par ailleurs, si le requérant réside en France depuis 2017, il représente une menace pour l'ordre public, ainsi qu'il a été dit au point 11, et il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et alors même qu'il a deux enfants présents sur le territoire national, la fixation de la durée de l'interdiction de retour à trente-six mois n'est pas entachée d'erreur d'appréciation au regard des critères énoncés aux dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par Me Lévi-Cyferman au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Levi-Cyferman et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
La magistrate désignée,
A. Samson-Dye
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026