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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403053

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403053

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBOULANGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, Mme H C épouse D, représentée par Me Boulanger demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 26 septembre 2024 par laquelle la préfète des Vosges l'a assignée en résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la compétence de la signataire de la décision n'est pas établie ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les modalités d'exécution qu'elle prescrit ne sont ni nécessaires ni proportionnées ;

- elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la préfète ne démontre pas qu'il existe une perspective raisonnable d'éloignement.

Par un mémoire enregistré le 11 octobre 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 17 octobre 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme F pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 14 heures 15, après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante albanaise, née le 4 juillet 1966 à Mesaplik (Albanie), est entrée en France le 23 septembre 2018, accompagnée de son époux M. B D et de leur fils mineur, pour y solliciter l'asile. Leurs demandes ont été rejetées par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 23 avril 2019, notifiée le 30 avril 2019, et par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 30 août 2023. Par suite, par un arrêté du 25 octobre 2023, la préfète des Vosges a fait obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle peut être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Le recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement n° 2303498 du tribunal administratif de Nancy du 23 janvier 2024. Puis, par une décision du 26 septembre 2024, la préfète des Vosges a assigné Mme C à résidence dans le département des Vosges. Par la requête susvisée, Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision est signée par Mme A E, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, à laquelle la préfète des Vosges établit avoir délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige par un arrêté en date du 29 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme C se prévaut de sa présence en France depuis six ans, de ses liens personnels en France, de sa maitrise du français et de son absence d'attaches dans son pays d'origine. Les attestations qu'elle produit ne sont toutefois pas de nature à établir, à elles seules, qu'elle aurait établi des liens personnels et familiaux d'une particulière intensité sur le territoire français. La requérante ne peut dès lors soutenir que la décision contestée portant assignation à résidence, qui n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner du territoire français, méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, la décision portant assignation à résidence n'ayant ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel Mme C est susceptible d'être éloignée, la requérante ne peut utilement se prévaloir des risques qu'elle encourt en cas de renvoi en Albanie. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

10. Mme C ne conteste pas sérieusement l'appréciation portée par la préfète sur l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ". Aux termes de l'article L. 733-2 " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures () ".

12. Une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations et, le cas échéant, la désignation de la plage horaire pendant laquelle l'intéressé doit demeurer dans les locaux où il réside. Aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obstacle à ce que les obligations de présentation du ressortissant étranger aux services de police du ressortissant s'imposent également à ses enfants mineurs. Les modalités de contrôle de la mesure d'assignation à résidence, quelles qu'elles soient, doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.

13. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci fait obligation à Mme C d'être présente à son domicile tous les jours entre 6h00 et 8h00, de se présenter auprès des services de police d'Epinal, du lundi au samedi entre 9h00 et 11h00, et lui interdit de se déplacer en dehors du département des Vosges où elle est assignée. La requérante soutient que, compte tenu notamment de la situation médicale de son mari, les modalités de présentation qui lui sont imposées portent une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale. Elle n'établit toutefois pas la réalité des pathologies de son époux, ni que celles-ci seraient un obstacle à sa présentation dans les locaux des services de police d'Epinal ainsi qu'à son maintien à domicile aux horaires indiqués. Par suite, Mme C n'apporte aucun élément de nature à démontrer que la mesure prise ainsi que ses modalités d'exécution, ne seraient pas adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent, ni qu'elles auraient des conséquences manifestement excessives sur sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision litigieuse doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision du 26 septembre 2024 par laquelle la préfète des Vosges l'a assignée à résidence.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H C épouse D, à la préfète des Vosges et à Me Boulanger.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La magistrate désignée,

A. FLa greffière

M. G

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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