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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403080

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403080

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403080
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHALIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Halil, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'ordonner l'exécution provisoire en application de l'article R. 522-13 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- son recours est recevable dès lors que l'exécution de la mesure d'éloignement génère des conséquences dépassant le cadre ordinaire, en raison de la naissance de son fils E, de nationalité française, né de sa relation avec une ressortissante française postérieurement à l'édiction de cette mesure ;

- il existe une urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dès lors qu'il est placé en centre de rétention administrative et que l'administration dispose de son passeport valide, de sorte qu'il peut être éloigné à tout moment ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, tenant à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant, au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008.

Par un mémoire enregistré le 15 octobre 2024 à 12h10, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2008/115 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Samson-Dye, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 octobre 2024 à 14 h :

- le rapport de Mme Samson-Dye, juge des référés ;

- les observations de Me Halil, avocate de M. A, qui reprend les conclusions et moyens développés dans ses écritures, en faisant valoir que le couple n'est pas séparé, qu'ils souhaitent élever ensemble leur enfant, lequel est susceptible de faire l'objet d'une procédure de placement provisoire en raison de la rétention de son père, le placement de l'enfant n'ayant pas encore été ordonnée à ce jour, que M. A n'a jamais fait l'objet d'une condamnation, qu'il est inconnu des services de police comme de la justice et que sa compagne a retiré sa plainte ;

- les observations de M. A, qui souligne qu'il n'a jamais été violent vis-à-vis de sa compagne, qu'il n'a jamais été interpelé auparavant, qu'il est en France pour travailler et pour s'occuper de sa famille et que ses conditions de rétention sont déplorables ;

- les observations de Me Morel, pour la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que ni la condition d'urgence, ni celle tenant à l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne sont satisfaites.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 15 octobre 2024 à 14h21.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 juin 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a obligé M. A, ressortissant tunisien né le 13 juin 2002, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. Postérieurement à l'intervention de cette décision, M. A est devenu père d'un enfant de nationalité française. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la suspension de la mesure d'éloignement :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

5. Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions des articles L. 614-4, L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention que la procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative. Ces procédures particulières sont exclusives de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement des dispositions soit des articles L. 614-4 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit des articles L. 614-7 à L. 614-13 du même code, soit successivement des deux, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

6. Il résulte de l'instruction que M. A a fait l'objet d'un arrêté du 7 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé. Le requérant n'allègue pas avoir contesté cette décision qui est devenue définitive à l'expiration d'un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification.

7. Il résulte de l'instruction que, depuis l'expiration du délai de recours contre cet arrêté, un changement dans les circonstances de fait est intervenu en raison de la naissance de E, le 17 septembre 2024, né de la relation du requérant avec sa concubine, Mme D C, de nationalité française, M. A justifiant avoir reconnu cet enfant et contribuer à son entretien. Toutefois, la vie commune est récente, M. A alléguant être en couple avec Mme C depuis novembre 2023 seulement. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et en particulier du procès-verbal réalisé lors de la garde à vue de M. A le 5 octobre 2024, qu'il existe un climat de violence entre les membres du couple, ainsi que l'a d'ailleurs indiqué l'intéressé, bien qu'il l'impute à sa compagne, et que M. A a reconnu, à cette occasion, avoir mordu sa compagne, en indiquant qu'il s'agissait d'un acte de défense, la réalité de cette morsure étant corroborée par l'examen clinique et médico-légal de Mme C. Cet acte et, plus généralement, le climat de violence doivent ainsi être regardés comme établis, quand bien même le requérant n'a fait l'objet d'aucune condamnation pour violences conjugales et que Mme C, laquelle est placée sous curatelle, est revenue sur ses déclarations concernant des violences subies. Le requérant ne produit, en outre, pas de document de nature à démontrer que le placement envisagé pour l'enfant résulterait du seul fait tenant à son propre placement en rétention administrative.

8. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant, à la date de la présente décision, une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées par le requérant tenant au droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant et justifiant qu'une mesure soit prise au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition tenant à l'urgence, que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tenant à l'exécution provisoire et celles présentées au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Halil et au ministre de l'intérieur.

Copie pour information sera adressée à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 16 octobre 2024.

La juge des référés,

A. Samson-Dye

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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