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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403083

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403083

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCOCHE-MAINENTE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 octobre 2024 à 11 heures 23 et le 25 octobre 2024 sous le n° 2403060, Mme E A demande au tribunal :

1°) de transmettre une question préjudicielle au juge pour enfants, compétent pour statuer sur sa minorité et son isolement et de surseoir à statuer dans l'attente de cette décision ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Yonne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- l'arrêté ne lui a pas été notifié dans une langue qu'elle comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel complet et sérieux de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît le principe constitutionnel du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2024, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 et 26 octobre 2024 sous le n° 2403083, Mme E A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2024 par laquelle le préfet de l'Yonne a ordonné son maintien en rétention administrative ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer une attestation d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son avocat, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- la décisions est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté ne lui a pas été notifié dans une langue qu'elle comprend ;

- elle n'a pas bénéficié d'un interprète lors de la rédaction de sa demande d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit quant à l'application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa demande d'asile n'a pas de caractère dilatoire ; la décision est ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle dispose de garanties de représentation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2024, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée,

- les observations de Me Coche-Mainente, avocate commise d'office, représentant Mme A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et insiste sur le fait d'une part, que Mme A maintient être mineure, ce qui ne peut être remis en cause par un simple entretien tenu à l'occasion de sa demande de prise en charge par l'aide sociale à l'enfance et par la consultation de réseaux sociaux dont elle ne dispose pas et qu'il est déterminant d'attendre que le juge des enfants, saisi, se soit prononcé sur ce point, d'autre part, que l'interdiction de retour sur le territoire français ne se justifie pas et l'empêcherait de voir aboutir ses démarches, notamment au regard de sa demande d'asile, enfin, que la demande d'asile qu'elle a présentée au centre de rétention n'avait aucun caractère dilatoire dès lors que le délai pour effectuer cette démarche n'était pas épuisé compte tenu de sa date d'entrée en France et au vu du projet de mariage forcé qu'elle a fui ;

- les observations de Mme A, assistée d'un interprète en langue lingala, qui confirme être entrée en France le 7 août 2024 bien qu'elle ne puisse l'établir, ses documents de voyage, dont son passeport, ayant été conservés par la personne qui l'a accompagnée en France, et qui confirme être partie pour échapper à un mariage forcé organisé par son père ;

- et les observations de Me Morel, représentant le préfet de l'Yonne, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et relève que l'ensemble de ce qu'avance la requérante ne repose que sur des déclarations, rien n'établissant son identité, son âge, son pays d'origine, les faits à l'origine de son départ ou la date à laquelle elle est entrée sur le territoire français.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, qui se dit ressortissante congolaise (RDC) née le 28 octobre 2008, déclare être entrée sur le territoire français le 9 août 2024. Par un arrêté du 9 octobre 2024, le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par un arrêté du 11 octobre 2024, le préfet de l'Yonne a décidé de maintenir Mme A en rétention administrative en considérant que la demande d'asile présentée en rétention par l'intéressée avait pour seul objet de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Par les requêtes susvisées qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un même jugement, Mme A demande l'annulation de ces arrêtés des 9 et 11 octobre 2024 du préfet de l'Yonne.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2024 :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme G C, directrice de cabinet du préfet de l'Yonne. Par un arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet de l'Yonne a donné délégation à Mme C, afin d'exercer les fonctions de secrétaire générale en cas d'absence ou d'empêchement de la secrétaire générale, Mme F H, et d'assurer les compétences qui s'y attachent en bénéficiant des délégations de signature de cette dernière, parmi lesquelles figure la signature de tous les arrêtés relevant des attributions de la préfecture à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont seraient entachées les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et opposant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite ce moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, à la détermination de l'État responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Aux termes de l'article R. 521- 4 du code : " Lorsque l'étranger se présente en personne auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l'administration pénitentiaire, en vue de demander l'asile, il est orienté vers l'autorité compétente. () Ces autorités fournissent à l'étranger les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile et dispensent pour cela la formation adéquate à leurs personnels ".

7. D'une part, Mme A soutient que le préfet a méconnu les dispositions précitées, dès lors qu'au cours de son audition par les services de la compagnie de gendarmerie départementale d'Avallon (Yonne), elle aurait fait état de ses craintes en cas de renvoi dans son pays d'origine. Toutefois, si les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont pour effet d'obliger l'autorité de gendarmerie à transmettre au préfet, et ce dernier à enregistrer une demande d'admission au séjour lorsqu'un étranger, à l'occasion de son interpellation, formule une demande d'asile, elles ne peuvent avoir cet effet qu'au cas où une telle demande a été expressément formulée. Il ressort du procès-verbal de l'audition de Mme A par les services de la gendarmerie le 9 octobre 2024 que si l'intéressée a indiqué qu'elle était partie de son pays pour éviter un mariage forcé que son père voulait organiser avec un homme plus âgé, elle ne peut être regardée comme ayant ainsi fait part de craintes pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine et formulé une demande d'asile. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce qu'elle méconnaîtrait le droit constitutionnel d'asile doivent être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ". Il appartient à l'administration d'établir que l'intéressé était majeur à la date de la décision portant obligation de quitter le territoire français et, en conséquence, qu'il ne pouvait bénéficier de la protection prévue à l'article L. 611-3 précité.

9. Toutefois, cette protection ne fait pas obstacle à ce qu'une mesure d'éloignement soit prise par l'autorité administrative à l'égard d'une personne dont elle estime, au terme de l'examen de sa situation, qu'elle est majeure, alors même qu'elle alléguerait être mineure. Elle implique en revanche que, saisi dans le cadre du recours suspensif ouvert contre une telle mesure, le juge administratif se prononce sur la minorité alléguée sauf, en cas de difficulté sérieuse, à ce qu'il saisisse l'autorité judiciaire d'une question préjudicielle portant sur l'état civil de l'intéressé. Dans l'hypothèse où une instance serait en cours devant le juge des enfants, le juge administratif peut surseoir à statuer si une telle mesure est utile à la bonne administration de la justice. Lorsque le doute persiste au vu de l'ensemble des éléments recueillis, il doit profiter à la qualité de mineur de l'intéressé.

10. En l'espèce, Mme A a fait l'objet d'un rapport d'évaluation par les services du conseil départemental de l'Yonne, le 7 octobre 2024 qui a conclu à sa majorité en raison des incohérences dans son discours, notamment en ce qui concerne son parcours, des contradictions relevées lors de ses déclarations à propos de son âge, de son comportement qui s'apparente à celui d'un adulte et au vu des éléments de vie recueillis sur différents comptes qu'elle détient sur les réseaux sociaux, notamment " facebook " et " tiktok ". Lors de l'audience, Mme A a maintenu qu'elle était mineure et a réitéré les déclarations faites lors de son entretien avec les services départementaux, tout en ajoutant que la personne qui l'a accompagnée de son pays vers la France avait conservé son passeport et ses documents d'identité alors qu'elle avait jusqu'alors déclaré qu'elle ne disposait d'aucun de ses documents. Si elle soutient également à l'audience n'avoir aucun compte sur les réseaux sociaux, la crédibilité de ces affirmations est remise en cause par les termes du rapport de l'évaluateur du département de l'Yonne qui a visualisé des photographies de la requérante sur les divers réseaux sociaux à son nom qu'il a consultés. Eu égard aux multiples contradictions de la requérante et des éléments de faits recueillis, et alors que Mme A n'apporte, quant à elle, aucun élément de nature à établir qu'elle est mineure, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait estimé à tort qu'elle était majeure et que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, sans qu'il soit besoin de transmettre une question préjudicielle au juge des enfants, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; /() 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

12. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que Mme A est entrée irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en France. D'autre part, elle n'est pas en mesure de justifier d'un document de voyage en cours de validité, ni ne justifie d'aucun lieu de résidence effective et permanente sur le territoire français. Par suite, en refusant d'accorder à l'intéressée un délai de départ volontaire, le préfet de l'Yonne n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

13. En second lieu, dès lors que le préfet n'a pas fondé la décision en litige sur ce motif, le moyen tiré de ce que le comportement de la requérante ne constitue pas une atteinte pour l'ordre public doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

14. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Mme A soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle serait exposée à des traitements contraires à ces stipulations. Toutefois, la requérante ne produit aucun élément de nature à établir la réalité des risques personnels auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de ces stipulations ne peut être accueilli.

En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

17. Mme A, qui est entrée sur le territoire français le 7 août 2024 selon ses déclarations, n'y résidait que depuis moins de trois mois à la date de la décision contestée. Elle ne fait état d'aucune attache sur le territoire français. Dans ces conditions, alors même qu'elle n'a fait l'objet d'aucune précédente obligation de quitter le territoire français et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet de l'Yonne a pu, sans erreur d'appréciation opposer à Mme A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2024 :

18. En premier lieu, l'arrêté en litige est signé par Mme D B, directrice de la citoyenneté et de la légalité par suppléance, à laquelle le préfet de l'Yonne a, par un arrêté du 26 septembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant maintien en rétention doit être écarté.

19. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont serait entachée la décision ordonnant le maintien de la requérante en rétention administrative doit être écarté.

20. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, ce moyen doit être écarté.

21. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'administration met un interprète à la disposition des étrangers maintenus en centre ou en local de rétention administrative qui ne comprennent pas le français, dans le seul cadre des procédures d'éloignement dont ils font l'objet et des demandes d'asile. Dans les autres cas, la rétribution du prestataire est à la charge de l'étranger. / Lorsque l'assistance d'un interprète se fait par téléphone ou un autre moyen de télécommunication, le nom et les coordonnées de l'interprète, ainsi que la langue utilisée, sont mentionnés par procès-verbal, dont une copie est remise à l'étranger ".

22. Si Mme A soutient qu'elle n'a pas bénéficié de l'aide d'un interprète pour rédiger sa demande d'asile en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui a pour seul objet de prononcer son maintien en rétention administrative le temps de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

23. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / () ".

24. Mme A conteste le caractère dilatoire de sa demande d'asile en se prévalant de ce que, entrée sur le territoire français le 7 août 2024, le délai de quatre-vingt-dix jours prévu pour présenter sa demande d'asile n'était pas expiré à la date du dépôt de sa demande. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, Mme A n'a, lors de son audition par les services de gendarmerie le 9 octobre 2024, fait état d'aucun risque ou menace grave en cas d'un retour dans son pays d'origine et n'a présenté une demande d'asile qu'après son placement en rétention administrative en vue de son éloignement. Dans ces conditions, le préfet de l'Yonne n'a commis aucune erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en fondant sa décision sur le caractère dilatoire de la demande d'asile de la requérante.

25. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement soutenir qu'elle présenterait des garanties de représentation à l'appui de la contestation de la mesure de maintien en rétention dès lors qu'il résulte des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le maintien en rétention administrative n'est pas conditionné par l'absence de garanties de représentation suffisantes mais est prononcé lorsque l'étranger placé en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction à lui délivrer une attestation de demande d'asile et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 alors au demeurant que la requérante n'a pas sollicité l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er :Les requêtes de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de l'Yonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La magistrate désignée,

G. GrandjeanLe greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2403060, 2403083

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