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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403092

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403092

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSGRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Sgro, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours avec obligation de se présenter tous les mardis à 9 heures 30 auprès des services de police de Jœuf ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat à son bénéfice la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- le préfet a méconnu son droit à être entendu en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des droits de la défense, partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés par la Charte ;

- dès lors qu'il dispose d'un permis de résidence espagnol, il bénéficiait d'un droit à séjourner en France et ne pouvait être éloigné sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne présente aucun danger pour l'ordre public, les faits qui lui sont reprochés étant infondés ; il ne pouvait donc être éloigné sur le fondement des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il n'a jamais déclaré ne pas vouloir se conformer à l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- bénéficiant d'un titre de séjour espagnol en cours de validité, il est légalement admissible en Espagne et aurait dû bénéficier de la possibilité de repartir dans ce pays ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision est fondée sur une décision portant suppression du délai de départ volontaire elle-même illégale ;

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision est fondée sur une décision portant suppression du délai de départ volontaire elle-même illégale ;

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés et fait en outre valoir que l'entrée et le maintien irréguliers du requérant sur le territoire français justifient également la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention du 19 juin 1990 d'application de l'accord de Schengen ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 24 décembre 1992, est entré en France, selon ses déclarations le 3 septembre 2020. La demande de titre de séjour qu'il a déposée le 15 septembre 2022 a fait l'objet d'un rejet par le préfet de Meurthe-et-Moselle le 2 novembre 2022. Interpellé et placé en garde à vue le 7 octobre 2024 pour défaut de permis de conduire et défaut d'assurance, il a fait l'objet d'un arrêté du 8 octobre 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui opposant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par un second arrêté du 8 octobre 2024, il a été assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 21 octobre 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :

3. L'arrêté du 8 octobre 2024 est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel la préfète de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 17 septembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 18 septembre 2024, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant.

5. Il résulte toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré.

6. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision d'éloignement implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité administrative s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire de renseignements administratifs complété le 8 octobre 2024 à l'occasion de sa garde à vue, que M. A a été informé de ce que la préfète de Meurthe-et-Moselle était susceptible de prendre à son encontre une mesure d'éloignement et qu'il a alors été mis à même de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité de son séjour et les motifs pouvant justifier que le préfet s'abstienne de prendre une mesure d'éloignement. Ainsi, M. A, qui a bénéficié du concours d'un interprète en langue arabe, langue qu'il a déclaré comprendre, n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu. Le moyen manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".

9. D'une part, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 (). Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé alors qu'il conduisait un véhicule sans permis valide en France et sans assurance. D'une part, il ressort des déclarations mêmes de l'intéressé qu'il est entré en France en 2020 et des pièces du dossier qu'il y réside et y travaille en qualité de mécanicien. Le court séjour qu'il a effectué en Algérie en août 2024 n'est pas de nature, pour l'application des dispositions précitées du code de la route, à remettre en cause la résidence normale de l'intéressé en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale dont il disposait pour échanger son permis de conduire national contre le permis français n'était pas expiré. D'autre part, le requérant a lui-même reconnu devant les services de police que l'assurance de son véhicule avait été résiliée faute pour lui d'en avoir acquitté les échéances, et l'attestation d'assurance versée à l'instance, en date du 4 avril 2024, soit six mois avant l'interpellation, n'apporte pas la preuve contraire. Il en résulte que la décision du préfet n'est entachée d'aucune erreur de fait.

11. En revanche, les faits ainsi reprochés ne peuvent être regardés comme constitutifs d'une menace à l'ordre public justifiant une mesure d'éloignement prise sur le fondement des dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la préfète a commis une erreur d'appréciation.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".

13. D'une part, aux termes de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990 et modifiée en dernier lieu par l'article 2 du règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des Parties Contractantes peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pour une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours sur le territoire des autres Parties Contractantes, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), du règlement (CE) n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 1 mars 2006 établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen), qui reprend les dispositions de l'article 5 du règlement (CE) n° 562/2006 : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants : / i) sa durée de validité est supérieure d'au moins trois mois à la date à laquelle le demandeur a prévu de quitter le territoire des États membres. Toutefois, en cas d'urgence dûment justifiée, il peut être dérogé à cette obligation ; / ii) il a été délivré depuis moins de dix ans ; / () / c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer des moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans le pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; / () / e) ne pas être considéré comme constituant une menace pour l'ordre public () ". Ainsi, si en vertu de l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 du 9 mars 2016, les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une partie contractante doivent être regardés comme entrés régulièrement sur le territoire d'une autre partie contractante, ces dispositions ne s'appliquent toutefois que dans le cadre de séjours d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours et pourvu qu'ils remplissent les conditions cumulatives posées aux a), c) et e) de cet article.

14. D'autre part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; / 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une ". Il résulte des stipulations de l'article 18 de la convention d'application de l'accord de Schengen et de l'article 2.2 et 2.3 de l'arrêté du 10 mai 2010 relatif aux documents et visas exigés pour l'entrée des étrangers sur le territoire européen de la France que tout étranger souhaitant entrer en France dans le but d'y séjourner pendant une période d'une durée supérieure à trois mois doit se faire préalablement délivrer par une autorité française sur son document de voyage un visa pour un long séjour, valide pour ce territoire, sauf à s'être vu accorder la carte de résident de longue durée-UE dans un autre Etat membre de l'Union européenne.

15. M. A soutient que, compte tenu de la date de son entrée sur le territoire français le 6 août 2024, il pouvait, pendant une durée de 90 jours, résider en France sans justifier d'aucun autre titre que le titre de séjour qui lui ont accordé les autorités espagnoles. Il ressort des pièces du dossier que M. A est titulaire d'un " permiso de residencia " sans autorisation de travail délivré par les autorités espagnoles valable du 19 février au 29 décembre 2024 ainsi que d'un passeport en cours de validité et qu'il est entré en France en provenance d'Algérie, en dernier lieu, le 6 août 2024, soit moins de trois mois avant la date d'édiction de la mesure d'éloignement en litige. Toutefois, M. A, qui a déclaré aux services de police, lors de la vérification de son droit au séjour, être entré en France le 9 septembre 2020 et y occuper un emploi de mécanicien, ne démontre pas qu'il aurait séjourné sur le territoire français moins de 90 jours au cours des 180 jours précédant son interpellation, les tampons apposés sur son passeport attestant d'ailleurs du contraire. Le titre de séjour dont il se prévaut ne constituant pas une carte de résident de longue durée-UE, le requérant devait disposer d'un visa délivré par les autorités françaises. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant satisfasse à l'ensemble des conditions d'entrée prévues pour un court séjour par l'article 6 du règlement (UE) du 9 mars 2016 et précisées par l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne justifie pas l'objet et les conditions de son séjour en France, ni de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans l'Etat membre où il est légalement admissible ou dans son pays d'origine, ni être en mesure d'acquérir légalement ces moyens, pas plus que d'une assurance sociale ou des documents nécessaires à l'exercice de l'activité professionnelle qu'il a déclaré exercer. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle a pu légalement se fonder sur l'irrégularité de l'entrée en France du requérant pour prendre la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'erreur d'appréciation qu'a commise la préfète en fondant la décision en litige sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur sa légalité dès lors que les dispositions du 1° de cet article, sur lequel la préfète s'est également fondée, suffisaient à justifier cette décision.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

17. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".

18. En premier lieu, pour les motifs précédemment exposés, il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire doit être annulée par voie d'exception.

19. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a explicitement exprimé lors de son audition sa volonté de rester en France. Par suite, en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire, et alors même que le comportement de celui-ci ne constitue pas une atteinte pour l'ordre public, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

21. En deuxième lieu, si le requérant produit à l'instance un titre de séjour en cours de validité lui donnant droit au séjour en Espagne, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier de ses déclarations transcrites dans le formulaire de renseignement administratif, qu'il ait indiqué vouloir y être reconduit, ni même fait mention d'un titre lui donnant un droit au séjour dans ce pays. Dans ces conditions, la préfète n'a pas irrégulièrement désigné l'Algérie comme pays de destination. Au demeurant, l'arrêté en litige décide de renvoyer le requérant vers le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de cette décision.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

22. Pour les motifs précédemment exposés, il n'est pas établi que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire seraient illégales. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois doit être annulée pour ce motif.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'assignation à résidence :

23. Le requérant n'ayant pas établi l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, il n'est pas fondé à demander, par voie d'exception, l'annulation de la décision l'assignant à résidence.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

La magistrate désignée,

G. Grandjean La greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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