mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2403099 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | HALIL |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 12 octobre 2024 à 11 heures 44 sous le numéro n° 2403084, et un mémoire enregistré le 22 octobre 2024, M. B A, placé au centre de rétention administrative de Metz, représenté par Me Halil, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
3°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a ordonné son maintien en rétention ;
4°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2024 en tant que la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
5°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens, ainsi que la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 de ce code en sa qualité de parent d'un enfant français ;
Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Cette exception d'illégalité est recevable ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'intéressé a entrepris ses démarches pour solliciter l'asile en rétention, plus de cinq jours après la notification de ses droits en matière d'asile ;
- le moyen tiré de la justification de garanties de représentation est sans incidence sur la légalité de la décision de maintien en rétention ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024 à 11 heures 02 sous le numéro n° 2403099, et un mémoire enregistré le 22 octobre 2024, M. B A, placé au centre de rétention administrative de Metz, représenté par Me Halil, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a ordonné son maintien en rétention ;
3°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
4°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2024 en tant que la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
5°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'intervention de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
6°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens, ainsi que la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 de ce code en sa qualité de parent d'un enfant français ;
Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Cette exception d'illégalité est recevable ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008.
Sur les moyens propres à la décision portant maintien en rétention :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- sa demande d'asile ne présente pas de caractère dilatoire ;
- il justifie de garanties de représentation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'intéressé a entrepris des démarches pour solliciter l'asile en rétention, plus de cinq jours après la notification de ses droits en matière d'asile ;
- le moyen tiré de la justification de garanties de représentation est sans incidence sur la légalité de la décision de maintien en rétention ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné, au titre de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme Philis, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués pour statuer sur les recours relevant des procédures à juge unique définis au chapitre 1er du titre II du livre IX de ce code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Philis, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de :
. l'irrecevabilité pour tardiveté des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
. l'irrecevabilité de l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, la décision portant obligation de quitter le territoire français étant devenue définitive ;
. l'irrecevabilité pour tardiveté des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant maintien en rétention ;
- les observations de Me Halil, avocate commise d'office, représentant M. A qui :
. conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur l'exception d'illégalité invoquée dans les écritures et en relevant que M. A remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en sa qualité de parent d'un enfant français ;
. relève que le comportement de M. A ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
. précise les circonstances de l'incident survenu le 5 octobre 2024 et indique qu'il a été classé sans suite ;
- les observations de M. A qui évoque la situation avec son enfant ;
- et les observations de M. E, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, et :
. relève que la préfète n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois au regard du caractère récent de son entrée en France et de la relation qu'il entretient avec une ressortissante française, ainsi que des violences intrafamiliales dont il est l'auteur et dont la matérialité est établie ;
. ajoute que les éléments que M. A versent au dossier, à savoir deux factures avant la décision attaquée et deux factures postérieures à cette décision, sont insuffisants pour établir qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Au demeurant, son enfant a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire. Aucune atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale n'est ainsi caractérisée ;
. le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;
. les conclusions à fin d'annulation de la décision portant maintien en rétention sont irrecevables en raison de leur tardiveté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 13 juin 2002, est entré en France, selon ses déclarations, au cours du mois de septembre 2022. Le 6 juin 2024, il a été placé par les services de gendarmerie de Baccarat en retenue pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 7 juin 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par un arrêté du 11 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Placé au centre de rétention administrative de Metz le 5 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a ordonné, par un arrêté du 12 octobre 2024, son maintien en rétention. Par les requêtes n° 2403084 et n° 2403099, qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement, M. A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. / () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a obligé M. A à quitter le territoire français lui a été notifié, avec la mention des voies et délais de recours, le même jour à 10 heures 50 par la voie administrative. Les requêtes de M. A tendant à l'annulation de cette décision ont toutefois été enregistrées au greffe du tribunal administratif de Nancy respectivement les 12 et 15 octobre 2024, soit après l'expiration du délai de recours contentieux. Dans ces conditions, le requérant n'est pas recevable à en contester sa légalité, ni par voie d'action ni par voie d'exception. Par suite, les conclusions tendant à son annulation doivent être rejetées comme irrecevables en raison de leur tardiveté.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant maintien en rétention :
6. Aux termes de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut, selon la procédure prévue à l'article L. 921-2, demander l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. / () ". Aux termes de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-3, il statue dans un délai de quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. "
7. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 12 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a ordonné le maintien en rétention de M. A, lui a été notifié, avec la mention des voies et délais de recours, le même jour à 15 heures 02. Dans les instances n° 2403099 et n° 2403084, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision ont été respectivement enregistrées les 15 et 22 octobre 2024, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de quarante-huit heures prévu par les dispositions précitées. Par suite, les conclusions tendant à son annulation doivent être rejetées comme irrecevables en raison de leur tardiveté.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :
8. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif non réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Cette exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée. Ainsi qu'il a été dit au point 5, il ressort des pièces du dossier que la décision du 7 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français a été notifiée à M. A le même jour à 10 heures 50. Cette décision est devenue définitive faute d'avoir fait l'objet, dans les délais, d'un recours contentieux. S'agissant d'un acte non réglementaire, M. A n'est donc plus recevable à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
9. En deuxième lieu, par un arrêté du 17 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le lendemain, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des arrêtés de conflit. Dans ces conditions, M. C était compétent pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. En troisième lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
11. En quatrième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité. Le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée aurait été notifiée dans des conditions irrégulières. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
13. En l'espèce, M. A, entré récemment en France, ne conteste pas le climat conflictuel et de violence dans lequel s'inscrit depuis le mois de novembre 2023, soit moins d'un an à la date de la décision attaquée, sa relation avec une ressortissante française vulnérable et placée sous curatelle. En particulier, il ressort des pièces du dossier qu'il a infligé une morsure à sa compagne le 5 octobre 2024, corroborée par un examen clinique et médico-légal. De plus, si un enfant, reconnu de manière anticipée par M. A, est né de cette union le 17 septembre 2024, celui-ci a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire. M. A ne justifie pas davantage d'une intégration particulière en France et ne démontre pas disposer d'autres liens sur le territoire. Ainsi, alors même que M. A verse au dossier quelques factures d'achat de fournitures pour le nourrisson et qu'il établit avoir accompagné sa compagne aux rendez-vous médicaux lors de sa grossesse, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
15. Eu égard à ce qui a été dit au point 13, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 5 de la directive susvisée du 16 décembre 2008 doivent être écartés.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
19. Les présentes instances ne comportent aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2403084 et n° 2403099 est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Halil et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La magistrate désignée,
L. Philis
La greffière
M. D
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2403084, 2403099
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026