lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2403105 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BEN HADJ YOUNES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 octobre 2024, et par un mémoire enregistré le 20 octobre 2024, M. B C A, placé au centre de rétention administrative de Metz, représenté en dernier lieu par Me Issa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2024 du préfet de l'Aube portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, désignation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aube, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou de réexaminer sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ; il n'a pas été informé du fait que le délai de recours passait à 48 heures compte tenu de son placement en rétention, les voies et délais de recours notifiés sont erronés ;
- le refus de séjour est entachée de vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, ce vice l'ayant privé d'une garantie ;
- cette décision est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne répond pas à sa demande de carte de résident en qualité d'enfant entré au titre du regroupement familial ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen et méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- cette décision est entachée d'une violation directe de la règle de droit, dès lors qu'il est présent en France sans discontinuer depuis l'âge de 6 ans ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée, le critère tenant à l'existence ou l'absence d'une précédente mesure d'éloignement n'ayant pas été pris en considération ;
- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation ;
- l'annulation du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français implique, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions ;
- l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 21 octobre 2024, le préfet de l'Aube, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par M. C A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Samson-Dye, vice-présidente, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Samson-Dye, magistrate désignée ;
- les observations de Me Mine, substituant Me Issa, qui demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, reprend les conclusions et moyens des écritures et fait valoir en outre qu'il n'y a pas eu de procédure contradictoire avant l'édiction du refus de séjour, que le refus de séjour est dépourvu de base légale, que l'intéressé n'a jamais présenté de demande de titre de séjour au préfet de l'Aube, que le refus de délai de départ volontaire n'est pas justifié au regard de son hébergement chez sa mère et du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français ;
- les observations de M. A, qui indique qu'il a vécu la majeure partie de sa vie en France, qu'il est très attaché à sa mère, que son conseiller d'insertion a demandé le renouvellement de son titre de séjour à la préfecture, qu'il a fait l'objet d'une dénonciation calomnieuse par son ex compagne et qu'il entend à l'avenir éviter les condamnations ;
- les observations de Me Kao, pour le préfet de l'Aube, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire, en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé et en insistant sur la menace pour l'ordre public que représente l'intéressé, qui est multi récidiviste.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant marocain né le 3 janvier 1997, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Metz, demande l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2024 du préfet de l'Aube portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, désignation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'arrêté litigieux :
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". L'article L. 423-13 du même code dispose : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10 ".
5. M. C A soutient qu'il appartenait au préfet de saisir la commission du titre de séjour, dès lors qu'il remplit les conditions prévues à l'article L. 423-23 du même code, au regard desquelles sa demande de titre de séjour a été examinée. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été admis au séjour en 2003 en France, à l'âge de six ans, au titre du regroupement familial. Il est constant qu'il s'y est maintenu de manière continue depuis lors. Il a bénéficié d'une carte de résident valable du 18 février 2013 au 17 février 2023, délivrée par le préfet de la Cote d'Or, qui a été retirée le 2 juin 2021, l'intéressé ayant été mis en possession d'une carte de séjour temporaire valable du 23 mars 2022 au 22 mars 2023. Il ressort également des pièces du dossier que la mère du requérant, ainsi que ses sœurs et l'un de ses frères, résident régulièrement en France. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la durée très importante du séjour en France de l'intéressé et de son caractère régulier, M. C A doit être regardé comme remplissant effectivement les conditions de l'article L. 423-23 du code précédemment mentionné, quand bien même il est célibataire et sans enfant et alors même que certains de ses frères ont fait l'objet de mesures d'éloignement. Dans ces conditions, il appartenait à l'administration de saisir la commission du titre de séjour, avant d'opposer le refus de séjour contesté pour des considérations tenant à l'ordre public. Le défaut de saisine de cette commission a privé l'intéressé d'une garantie, de sorte que ce vice de procédure entache d'illégalité cette décision. Il suit de là que M. C A est fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour, et, par voie de conséquence, celle des autres mesures édictées par l'arrêté du 7 octobre 2024 du préfet de l'Aube, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Au regard de ses motifs, le présent jugement implique seulement que l'administration réexamine la situation de M. C A, en se prononçant à nouveau sur sa situation après avoir saisi la commission du titre de séjour, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du jugement. Il implique également, en vertu de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont faisait l'objet l'intéressé, que M. C A soit muni sans délai d'une autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il ait été statué à nouveau sur sa demande.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. C A, d'ailleurs sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice et à son seul profit, alors qu'il a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : Monsieur B C A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 7 octobre 2024 du préfet de l'Aube est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Aube de réexaminer la situation de Monsieur B C A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Monsieur B C A et au préfet de l'Aube.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
La magistrate désignée,
A. Samson-Dye
Le greffier
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de l'Aube, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2403105
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026