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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403126

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403126

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantRODRIGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2024 à 12 heures 16 et un mémoire enregistré le 22 octobre 2024, M. A G demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions d'octroi de délivrance d'un titre de séjour de plein droit en application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée et quant aux circonstances humanitaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée,

- les observations de Me Rodrigues, avocate commise d'office, représentant M. G qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et insiste sur le fait que :

. l'ensemble de la famille (sa mère, son frère et sa sœur, ainsi que, désormais, son épouse) du requérant, sont présents en France ; il n'a aucune attache en Algérie qu'il a quittée en 2017 alors qu'il avait 15 ans ; il a pu réunir, malgré sa rétention, différents documents attestant de l'ancienneté de son séjour en France ;

. il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il peut prétendre à se voir accorder un certificat de résidence de plein droit d'un an, voire de dix ans compte tenu de la durée de son mariage, sur le fondement des articles 6 (2°) et 7 bis (a) de l'accord franco-algérien ;

. il entend faire appel de la condamnation dont il a fait l'objet le 16 octobre 2024 ;

. la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est excessive, sachant que le délai d'exécution de la précédente mesure d'interdiction de retour sur le territoire français est expiré, que son existence ne fait pas obstacle à une demande de titre de séjour et qu'une durée de trois ans le priverait de la naissance de son enfant à venir et des premières années de la vie de celui-ci ;

- les observations de M. G, qui expose avoir fait une demande de titre de séjour qui n'a pu aboutir dès lors qu'il n'avait alors que 17 ans, n'avoir pas réitéré cette demande à sa majorité en raison du parcours chaotique qui était alors le sien et de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet en 2020 mais avoir sollicité un titre de séjour après son mariage en 2022, avoir bénéficié d'un récépissé de titre de séjour jusqu'en juin 2024 et être en attente d'un rendez-vous de la part de la préfecture qu'il a contactée en vain à plusieurs reprises afin de présenter sa demande ;

- et les observations de M. F, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, et ajoute que :

. le requérant ne produit pas le récépissé de demande de titre de séjour ayant expiré en juin 2024 ;

. les attestations quant à ses liens familiaux en France sont succinctes et les preuves de sa vie commune avec son épouse presqu'inexistantes ;

. de nombreuses infractions ont été relevées à l'encontre du requérant ainsi qu'en attestent les mentions portées au fichier du traitement des antécédents judiciaires ; il a été condamné à au moins deux reprises dont la dernière fois le 16 octobre 2024 ;

. le requérant soutient à tort qu'il pourrait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit dès lors d'une part, qu'il ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'en remplissant pas les conditions tenant à la régularité de son entrée sur le territoire français et la communauté de vie effective avec son épouse depuis au moins six mois, d'autre part, qu'il ne remplit pas plus les conditions posées par les articles 6 et 7 bis de l'accord franco-algérien dès lors en particulier qu'il n'établit pas son entrée régulière sur le territoire français et qu'en tout état de cause, la réserve tenant à l'ordre public est applicable aux ressortissants algériens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant algérien né le 10 décembre 2001, est entré en France selon ses déclarations le 1er janvier 2017. Par un arrêté du 24 octobre 2020, le préfet de Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par un arrêté du 15 octobre 2024 notifié le 16 octobre 2024, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. G, placé en centre de rétention par une décision du même jour, demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. B E, directeur adjoint de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer l'ensemble des actes se rapportant aux matières relevant de cette direction, à l'exception des circulaires, des instructions et des arrêtés d'expulsion et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, notamment à Mme D C, cheffe du pôle " vie professionnelle et étudiante et relations à l'usager " relevant du bureau de l'admission au séjour, pour les matières relevant de la compétence de ce bureau. Il n'est ni établi, ni même allégué par le requérant que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature des décisions en litige par Mme C. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont seraient entachées les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et opposant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet de la Moselle se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre la décision litigieuse. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".

6. Le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de l'éloignement d'un étranger qui se trouve dans l'un des cas mentionnés aux 1° et 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, y compris si un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour lui a été délivré pendant la durée d'instruction de cette demande de titre de séjour. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi ou une convention bilatérale prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure de reconduite à la frontière.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier des mentions figurant dans l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français édicté le 24 octobre 2020 à l'encontre du requérant que celui-ci est entré, alors qu'il était mineur, sur le territoire français muni d'un visa de court séjour valable du 10 janvier 2017 au 7 juillet 2017. Cependant, ce visa est expiré et si le récépissé de demande de titre de séjour valable du 11 juillet au 10 octobre 2023 produit, ainsi que le récépissé valable du 6 mars au 5 juin 2024 visé par l'arrêté en litige du préfet attestent de ce que l'intéressé a déposé une demande de titre de séjour postérieurement à son mariage avec une ressortissante française en 2022, il est constant que ce récépissé n'a pas été renouvelé et qu'ainsi, à la date de la décision attaquée, l'intéressé était en situation irrégulière sur le territoire français. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le seul dépôt d'un titre de séjour ne faisait pas obstacle à ce que le préfet prenne une mesure d'éloignement à l'encontre de M. G. Ainsi, l'erreur de fait tenant à ce que le préfet a mentionné dans l'arrêté en litige que le requérant n'avait entrepris aucune démarche en vue de régulariser son séjour en France, est sans incidence sur la régularité de la décision d'éloignement.

8. D'autre part, les dispositions l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne privent pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser la délivrance ou le renouvellement d'un certificat de résidence en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public. Il ressort du ficher des antécédents judiciaires que M. G s'est fait connaître à de multiples reprises entre 2020 et 2023 pour des faits de refus d'obtempérer, d'usage illicite de stupéfiants, de conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance, de menace de mort et violence sans incapacité sur conjoint, de vol avec violence sans incapacité et de vol dans un local d'habitation ou un entrepôt. Si le requérant soutient que ces faits ne caractérisent pas une menace pour l'ordre public, il n'en conteste pas la matérialité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné le 16 octobre 2024, par la chambre des comparutions immédiates du tribunal judiciaire de Sarreguemines, à 8 mois de détention avec sursis probatoire pendant deux années pour des faits de recel de bien provenant d'un vol en récidive et qu'il avait également été l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Bobigny le 5 janvier 2023. Dans ces conditions, le préfet n'a pas inexactement apprécié les faits en estimant, au regard de la nature, de la gravité, et du caractère récent des faits, que le comportement de M. G constituait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, il ne peut prétendre à une attribution de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6 ou de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, ni, en tout état de cause, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prendre une mesure d'éloignement au motif qu'il devait se voir attribuer un titre de séjour de plein droit doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. G fait valoir qu'il vit en France, où il est arrivé à l'âge de 15 ans, depuis plus de sept ans, qu'il y a obtenu un CAP et occupé divers emplois et qu'il a épousé une ressortissante française le 4 novembre 2022 qui serait enceinte. Il se prévaut en outre de la présence en France, en situation régulière, de sa mère et de son frère. Toutefois, il est constant que le mariage est récent et les pièces produites par le requérant ne suffisent pas à établir la réalité d'une communauté de vie avec son épouse, ni la grossesse de celle-ci. L'intensité de ses relations avec sa famille en France ne ressort pas non plus de la seule attestation d'hébergement établie par la mère du requérant. Il n'a pas sollicité de titre de séjour avant son mariage, ne conteste pas, quand bien même il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été condamné pour ces faits, avoir été mis en cause pour de multiples infractions, dont, en février 2023, pour menace de mort et violence sans incapacité sur sa conjointe, et a fait l'objet de deux condamnations pénales. Le requérant, par ailleurs sans ressources, ne justifie ainsi d'aucune intégration particulière. Dans ces conditions, M. G n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. G s'est maintenu sur le territoire français au-delà du délai d'un mois après l'expiration, le 5 juin 2024 de son récépissé de demande de titre de séjour, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 24 octobre 2020, et enfin, qu'il a explicitement exprimé lors de son audition sa volonté de rester en France. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, le comportement du requérant constitue une atteinte pour l'ordre public. Par suite, le préfet a pu légalement refuser d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Le requérant se borne à soutenir que la décision méconnaît les dispositions de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sans autre précision. Ce faisant, il ne met pas le tribunal en mesure d'apprécier la portée de ce moyen sur la légalité de la décision contestée.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

16. Il résulte des pièces du dossier que M. G a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Toutefois, les deux condamnations prononcées contre lui l'ont été avec sursis et il ne ressort pas des pièces du dossiers que les autres infractions, qu'il ne conteste pas, aient donné lieu à poursuites. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré en France en 2017 sous couvert d'un visa de court séjour, que sa mère et son frère résident régulièrement en France et qu'il s'est lui-même marié le 4 novembre 2022 avec une ressortissante française. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Moselle a commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. G est seulement fondé à demander, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés contre cette décision, l'annulation de la décision du 15 octobre 2024 par laquelle le préfet de la Moselle lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

D E C I D E :

Article 1er :La décision du 15 octobre 2024 par laquelle le préfet de la Moselle a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A G et au préfet de la Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La magistrate désignée,

G. GrandjeanLa greffière,

L. Rémond

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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