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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403141

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403141

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 et 28 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2024 par lequel le préfet de la Meuse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours dans le département de Meurthe-et-Moselle et l'a astreint à se présenter les lundis et jeudis, y compris les jours fériés, auprès des services de police de Nancy ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de retirer le signalement aux fins de non admission dans le système Schengen dont il a fait l'objet ;

4°) d'enjoindre au préfet la Meuse de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a méconnu son droit à être entendu ;

- en se fondant sur les mises en cause révélées par la consultation du traitement des antécédents judiciaires sans procéder préalablement, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, à un complément d'information auprès des services de police ou de gendarmerie, et à la demande d'information sur les suites judiciaires données auprès des services du procureur de la République, le préfet l'a privé d'une garantie ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation, d'erreur de fait et d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait et de droit, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences manifestement excessives ;

- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a procédé à aucun examen sur ce fondement et s'est estimé en situation de compétence liée ;

- la décision est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant tel que protégé par la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- l'annulation de la décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée,

- les observations de Me Jeannot, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, soutient qu'il n'existe aucune preuve que les fichiers de traitement des antécédents judiciaires concernent bien le requérant dès lors que la date de naissance indiquée n'est pas la sienne, et insiste :

. sur les conditions dans lesquelles il a été demandé au requérant de présenter ses observations qui ne lui ont pas permis de faire connaître au préfet, en toute connaissance de la perspective de l'éloignement, les éléments pertinents relatifs à sa situation familiale et professionnelle ;

. sur le moyen tiré du vice de procédure entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, relatif à la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaire (TAJ) en ajoutant, d'une part, qu'il est anormal qu'il existe deux fiches au même nom, d'autre part, que les éléments portés sur ce fichier comportent régulièrement des erreurs ;

. sur le défaut d'examen, cette décision étant intervenue avant la vérification des suites judiciaires données aux mentions figurant dans le ficher TAJ, et la décision ayant été prise sans tenir compte de ses conséquences au regard de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

. sur l'erreur de fait, dès lors que les faits sur lesquels s'appuie cette décision sont matériellement erronés ;

. sur les effets de la décision d'éloignement pour sa compagne, bien intégrée, et leur enfant dont il sera privé s'il repart en Arménie ;

- et les observations de M. B, qui confirme qu'il est né le 8 septembre 1997 et non le 8 septembre 1999, ainsi que le démontrent les mentions figurant sur son passeport.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien né le 8 septembre 1997 ou le 8 septembre 1999, est entré en France selon ses déclarations le 15 octobre 2014 avec ses parents et sa sœur alors qu'il était mineur. Il a présenté une demande d'asile le 16 novembre 2017 qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 22 mars 2018 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 5 février 2020. Il a alors fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 16 mars 2020. Le recours formé par l'intéressé a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy le 7 juillet 2020. Le 25 janvier 2022, M. B a été interpellé par les services de gendarmerie de Liverdun pour des faits de conduite sans permis de conduire. Par un arrêté du 26 janvier 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Le recours formé par l'intéressé contre ces décisions a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy le 8 février 2022. La demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 12 janvier 2023. Après qu'il a été interpellé le 12 octobre 2024 en raison d'une infraction routière, le préfet de la Meuse a pris à son encontre, le même jour, un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui opposant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Par un arrêté du même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a assigné l'intéressé à résidence dans le territoire du département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de le Meuse :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté du 12 octobre 2024 est signé par M. Christian Robbe-Grillet, secrétaire général, auquel le préfet de la Meuse a, par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont seraient entachées les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant.

5. Il résulte toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré.

6. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision d'éloignement implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été informé par un courrier du 12 octobre 2024, de ce que le préfet de la Meuse était susceptible de prendre à son encontre une mesure d'éloignement et qu'il a alors été mis à même de présenter ses observations sur l'irrégularité de son séjour et les motifs pouvant justifier que le préfet s'abstienne de prendre une mesure d'éloignement. Ainsi, M. B, qui a bénéficié du concours d'un interprète n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu. Le moyen manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

8. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige, qui vise les 1°, 4° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet a fondé la décision d'éloignement dont M. B a fait l'objet non seulement sur la menace pour l'ordre public que constitue son comportement mais également sur le fait que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour et que sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été définitivement refusée. Dès lors que M. B, entré irrégulièrement sur le territoire français, a fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire français, dont la première après que sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été refusée, et qu'il ne les a pas exécutées, il ressort des pièces du dossier que ces seuls motifs suffisent à justifier la décision en litige. Dans ces conditions, à supposer que, ainsi que le soutient le requérant et alors que le préfet qui n'a pas répondu à ce moyen ne le conteste pas, la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) au vu duquel le préfet a également considéré que le comportement du requérant constituait une menace pour l'ordre public n'ait pas fait l'objet, conformément aux dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, d'une saisine préalable pour complément d'information des services de la police nationale ou des unités de gendarmerie compétents, et, pour en connaître les suites judiciaires, du procureur de la République, cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de l'arrêté. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure et de l'erreur de fait doit être écarté.

9. En troisième lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué, dont les motifs sont indiqués de façon suffisamment précise et détaillée, que le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation de M. B et des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation familiale. Les moyens tirés de ce qu'il n'aurait pas été procédé à un examen particulier et global de la situation du requérant avant de prendre la décision en litige et de ce que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée manquent dès lors en fait et doivent, par suite, être écartés.

10. En quatrième lieu, l'appréciation que porte le préfet sur la menace que représente M. B pour l'ordre public n'est pas entachée d'une erreur de fait au seul motif que les faits reprochés ne relèvent pas d'infractions pénales " graves ". Il en est de même de la circonstance que la date de naissance qui figure sur le fichier TAJ ne serait pas celle du requérant, alors qu'elle correspond à celle qu'il a déclarée lors de l'ensemble de ses démarches administratives depuis son entrée sur le territoire français. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. B fait valoir la durée de sa présence en France ainsi que celle de ses parents chez lesquels il vit et la situation régulière de sa sœur au regard de ses conditions de séjour. Toutefois, M. B ne conteste pas que sa mère réside en France en situation irrégulière. De plus, le requérant est majeur et a constitué sa propre cellule familiale de sorte qu'alors même que la demande de titre de séjour de son père, sollicitée en raison de son état de santé, est en cours d'instruction, cette circonstance n'est pas de nature à faire obstacle à son éloignement. Par ailleurs, l'intéressé ne démontre pas que la cellule familiale qu'il forme avec sa compagne, une compatriote elle-même en situation irrégulière, et leur enfant née en France le 12 juin 2024 ne pourrait se reconstituer dans leur pays d'origine. Dans ses conditions, l'intéressé ne peut se prévaloir de la seule présence régulière en France de sa sœur, alors au surplus, qu'il ne démontre pas l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec elle. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières dispositions que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. D'une part, en visant la convention internationale des droits de l'enfant et en relevant que l'intéressé vit avec sa concubine et leur fille âgée de quatre mois et que la cellule familiale pourra se reconstituer en Arménie où celles-ci peuvent le rejoindre, le préfet a nécessairement examiné les conséquences que la mesure d'éloignement qu'il a opposée à M. B auraient sur la situation de son enfant, notamment au regard de l'intérêt supérieur de celle-ci. Le moyen tiré de l'erreur de droit en raison d'un défaut d'examen doit, par suite, être écarté.

15. D'autre part, la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. B de son enfant dès lors que le sort de cette dernière a vocation à suivre celui de ses parents et qu'il ne fait valoir aucun obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans son pays d'origine, dont sa compagne, elle-même en situation irrégulière, a également la nationalité. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

16. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 12 et 15, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet s'est livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur sa situation et celle de son enfant.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

18. En premier lieu, l'arrêté indique que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des liberté fondamentales et qu'il ne fait état d'aucun élément de nature à faire obstacle à son éloignement vers son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard des stipulations et dispositions citées au point précédent, ni qu'il se serait regardé en situation de compétence liée. Ces moyens ne peuvent dès lors qu'être écartés.

19. En deuxième lieu, le requérant n'établit pas être personnellement exposé à de tels traitements en se bornant à alléguer, sans autre précision, avoir fait l'objet de persécutions en Arménie. Par ailleurs, la réalité des risques allégués ne ressort d'aucune des pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 3 précité doit être écarté.

20. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que la décision fixant le pays de destination est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de ce moyen qui ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

22. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'étranger s'est maintenu sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, le préfet prononce, en principe et sauf circonstances humanitaires, une interdiction de retour à son encontre. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé. Il résulte également de ces dispositions que la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères ainsi prévus.

23. Pour justifier le prononcé d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet de la Meuse a indiqué que la concubine de M. B, arménienne, est elle-même en situation irrégulière en France, qu'il a constitué une cellule familiale distincte de celle de ses parents et de sœur avec lesquels il vit, que cette cellule pourra se reconstruire dans leur pays d'origine et que " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, une durée d'interdiction de retour de deux ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale ". Cette motivation ne comporte aucun élément relatif à la durée de présence de M. B sur le territoire français, ni à l'existence de précédentes obligations de quitter le territoire français, ni le cas échéant, sur la menace que représenterait sa présence sur le territoire français. Dès lors, cette motivation ne permet pas d'attester de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

24. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants ; / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

25. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait, et notamment son fondement légal, qui en constitue le fondement. Par suite, il est suffisamment motivé.

26. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas examiné la situation personnelle et familiale de l'intéressé avant de prendre sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

27. En troisième lieu, la préfète de Meurthe-et-Moselle a assigné à résidence M. B dans le département de Meurthe-et-Moselle et l'oblige à se présenter deux fois par semaine auprès des services de police. Le requérant ne fait état d'aucune circonstance qui l'empêcherait de se conformer à ces prescriptions. Dans ces conditions, eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise, la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et de venir de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

28. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués par M. B à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que M. B est uniquement fondé à solliciter l'annulation de la décision du 12 octobre 2024 par laquelle le préfet de la Meuse a prononcé à son encontre une telle mesure. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation des autres décisions du 12 octobre 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

29. Eu égard à l'annulation prononcée, le présent jugement n'implique pas, en tout état de cause, la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour. En revanche, le présent jugement qui prononce l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français opposée à M. B implique nécessairement l'effacement du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Meuse de saisir, sans délai, les services ayant procédé à ce signalement, en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation.

Sur les frais d'instance :

30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante à titre principal, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 12 octobre 2024 est annulé en tant que le préfet de la Meuse a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Meuse de faire procéder, sans délai, à la suppression du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Meuse et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La magistrate désignée,

G. GrandjeanLe greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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