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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403149

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403149

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCOCHE-MAINENTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 octobre 2024 à 11 heures 52 et le 25 octobre 2024, M. F A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2024 par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- l'arrêté ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel sérieux de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en qualité de parent d'enfant français ;

- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement ne saurait constituer une menace à l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée et quant aux circonstances humanitaires ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2024, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée,

- les observations de Me Coche-Mainente, avocate commise d'office, représentant M. A B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et

. en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français : insiste sur le fait que le préfet n'a pas suffisamment pris en compte sa qualité de père d'enfant français alors que cette information a été signalée par l'intéressé lors de sa garde à vue et qu'elle est déterminante pour l'examen de sa situation, ainsi que sur le fait que cette décision porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée et familiale ainsi qu'à celui de son enfant et que le préfet aurait dû examiner les conséquences de cette décision par rapport à la situation de son enfant ;

. en ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire : relève que seuls deux défauts de pointage ont été notés lors de son assignation à résidence en 2023, ce qui ne peut justifier un refus de départ volontaire ;

. en ce qui concerne le pays de destination : fait valoir que s'il y subsiste que les attaches que le requérant y a laissées, il n'en pas conservé de contacts et a noué des liens particulièrement forts en France ;

. en ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans : soutient que cette décision est particulièrement disproportionnée alors qu'il a un enfant de trois ans et un autre à naître.

- les observations de M. A B qui relève qu'il est arrivé en France le 3 novembre 2015 ; que s'il a été condamné en raison des problèmes rencontrés avec son épouse, il n'a manqué aucun rendez-vous de sa mise à l'épreuve, qu'il a toujours travaillé lorsqu'il bénéficiait de titres de séjour ; qu'il a noué une relation sincère avec sa nouvelle compagne avec laquelle le désir de fonder une famille a été réfléchi ; que lors de leur séparation en novembre 2022, il a continué à voir son fils, une assistante sociale étant d'ailleurs venue constater que de bonnes conditions étaient réunies pour le recevoir à son domicile ; qu'il a repris la vie commune avec la mère de l'enfant en juin 2024 et qu'ils attendent un deuxième enfant.

- et les observations de Me Morel, représentant le préfet de la Nièvre qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 16 novembre 1991, est entré en France, sous couvert d'un passeport en cours de validité et revêtu d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissant français, selon ses déclarations le 3 novembre 2015. Il a ensuite bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle en cette même qualité valable jusqu'au 27 février 2020. La demande de renouvellement de ce titre de séjour a été rejetée par le préfet de la Nièvre le 16 novembre 2020 en raison de la cessation de la communauté de vie entre les deux époux depuis 2017. Cette décision était assortie d'une obligation à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours formé par l'intéressé contre ces décisions a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Dijon en date du 30 mars 2021 et par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon en date du 15 juin 2022. L'admission au séjour présentée par l'intéressé le 20 juillet 2022 en qualité de parent d'enfant français a été refusée par un arrêté du préfet de la Nièvre le 18 juillet 2023 qui lui faisait également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Les recours dirigés contre ces décisions ont été rejetés par un jugement du tribunal administratif de Dijon et la cour administrative de Lyon en date, respectivement, du 12 octobre 2023 et du 16 avril 2024. L'intéressé a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 20 novembre 2023. Dans le cadre d'une vérification du droit au séjour de l'intéressé faisant suite d'une interpellation en raison d'une infraction routière le 20 octobre 2024, M. A B a fait l'objet d'un arrêté du même jour par lequel le préfet de la Nièvre lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. M. A B, placé en centre de rétention par une décision du même jour, demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs :

2. En premier lieu, l'arrêté du 20 octobre 2024 est signé par Mme D C, sous-préfète de Clamecy, à laquelle le préfet de la Nièvre a, par un arrêté du 3 octobre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer, notamment lors de permanences, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont seraient entachées les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que l'arrêté contesté n'aurait pas été notifié dans une langue qu'il comprend. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que M. A B a déclaré savoir parler, lire et écrire le français. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite ce moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".

7. Aux termes de l'article 11 de l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l'autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". Aux termes de l'article 7 quater de cet accord : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. M. A B produit des attestations en date des 22 et 23 octobre 2024 de sa compagne, ressortissante française, laquelle témoigne de ce que celui-ci réside à son domicile et qu'il s'occupe au quotidien de leur enfant né le 19 juin 2021, ainsi que des pièces qui avaient été produites à l'occasion de la contestation devant le tribunal administratif de Dijon de la décision du 18 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Nièvre lui avait opposé une précédente obligation de quitter le territoire français. Il ressort toutefois du jugement du tribunal administratif du 26 septembre 2023, que les pièces produites par l'intéressé ne permettaient pas d'établir qu'il participait depuis la naissance de l'enfant ou depuis au moins deux ans à la date de la décision de refus de titre de séjour en date du 18 juillet 2023. Il ressort également de ce jugement que M. A B avait quitté le domicile familial depuis le 29 octobre 2022 et ne participait pas, alors, aux dépenses quotidiennes. Si le requérant soutient qu'un rapport d'une assistante sociale atteste qu'il a continué à voir son fils pendant la durée de sa séparation d'avec sa compagne et ainsi à participer à son éducation, il n'a pas été en mesure de produire ce document. Dans ces conditions, quand bien même les intéressés auraient repris une vie commune depuis juin 2024 ainsi qu'il l'affirme, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il participe, depuis la naissance ou depuis au moins deux ans à la date de la décision en litige, le 20 octobre 2024, à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Dans ces conditions, le requérant ne peut prétendre à une attribution de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans erreur manifeste d'appréciation, prendre une mesure d'éloignement au motif que M. A B devait se voir attribuer un titre de séjour de plein droit doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A B fait valoir qu'il est entré en France en 2015 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, qu'il est père d'un enfant français et que sa compagne actuelle, également ressortissante française, attend un deuxième enfant dont il est le père. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné par un jugement du 12 avril 2018 du tribunal de Grasse à un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis et douze mois de mise à l'épreuve pour des faits de violence sur son ex-épouse et qu'en octobre 2022, il s'est séparé de sa nouvelle compagne et mère de son enfant, laquelle avait également dénoncé des faits de violence à son égard. Ainsi qu'il a été dit au point 8, l'intéressé ne démontre pas sa contribution à l'éducation de son enfant depuis sa naissance et le seul témoignage, au demeurant peu circonstancié, de sa compagne relatif à la présence du requérant auprès de leur enfant ne saurait suffire à établir sa participation effective à l'éducation de ce dernier. Par ailleurs, M. A B, sans profession et qui ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français, ne soutient pas ne plus avoir d'attaches en Tunisie où il a vécu la majeure partie de sa vie. Par suite, le préfet de la Nièvre n'a pas, en prenant la décision en litige, porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que M. A B ne démontre pas l'intensité de ses relations avec son fils de nationalité française, ni sa participation à son entretien et son éducation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. En dernier lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté du 20 octobre 2024 que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en raison de la menace à l'ordre public que présenterait le comportement de M. A B. Par suite, ce moyen, inopérant, ne peut qu'être écarté.

Sur les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

15. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A B s'est soustrait à l'exécution de deux précédentes obligations de quitter le territoire français. Par suite, en refusant d'accorder à l'intéressé, pour ce motif, un délai de départ volontaire, le préfet de la Nièvre n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

16. En second lieu, dès lors que le préfet n'a pas fondé la décision en litige sur ces motifs, les moyens tirés de ce que le comportement du requérant ne constitue pas une atteinte pour l'ordre public et que le préfet a, à tort, tenu compte de ce que celui-ci n'aurait pas respecté son obligation de pointage lorsqu'il était assigné, doivent être écartés comme inopérants.

Sur le moyen propre à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. M. A B se borne à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sans autre précision. Ce faisant, il n'apporte aucun élément de nature à établir un risque quelconque de subir un traitement contraire à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

20. Il résulte des pièces du dossier que M. A B a fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutées. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier qu'il est entré en France en 2015 sous couvert d'un visa de long séjour, qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française, qu'ils ont un fils né le 19 avril 2021 et que sa compagne est enceinte d'un deuxième enfant. Dans ces conditions, et alors même que le requérant a fait l'objet en 2018 d'une condamnation pour des faits de violences sur son ex-épouse, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Nièvre a commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B est seulement fondé à demander, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés contre cette décision, l'annulation de la décision du 20 octobre 2024 par laquelle le préfet de la Nièvre lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

D E C I D E :

Article 1er :La décision du 20 octobre 2024 par laquelle le préfet de la Nièvre a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans à l'encontre de M. A B est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A B et au préfet de la Nièvre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La magistrate désignée,

G. GrandjeanLe greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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