mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2403210 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | REICH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Reich, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la mesure d'éloignement ;
3°) à défaut, de suspendre la décision de la cour administrative d'appel.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " En vertu de cet article, le juge administratif des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par une urgence particulière, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. Ces dispositions législatives confèrent au juge des référés, qui statue, en vertu de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, par des mesures qui présentent un caractère provisoire, le pouvoir de prendre, dans les délais les plus brefs et au regard de critères d'évidence, les mesures de sauvegarde nécessaires à la protection des libertés fondamentales.
4. M. A, ressortissant comorien, né le 29 juillet 2000, a fait l'objet, le 7 mars 2022, d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur ce territoire par arrêté du préfet de Mayotte. Il s'est maintenu sur le territoire français malgré cette mesure d'éloignement et a commis des infractions pénales les 20 août et 18 septembre 2022 pour lesquelles il a été condamné par le tribunal judiciaire de Mamoudzou, les 5 et 23 septembre 2022, à des peines de douze mois et de deux ans d'emprisonnement. Par un arrêté du 13 août 2024, le préfet de l'Aube a prolongé pour une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français du 7 mars 2022. Par une ordonnance n° 2402451 du 21 août 2024, le tribunal administratif de Nancy a rejeté la requête dirigée contre cet arrêté. Appel de cette ordonnance a été interjetée par M. A devant la cour administrative d'appel de Nancy.
5. Par sa requête, fondée sur les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A demande au juge des référés d'annuler la mesure d'éloignement prise à son encontre et de suspendre la décision de la cour administrative d'appel. Toutefois, il n'est pas dans les pouvoirs du juge des référés du tribunal administratif, d'une part d'annuler une décision administrative dès lors qu'il ne statue que par des mesures provisoires et, d'autre part, de suspendre une décision de la cour administrative d'appel.
6. M. A peut également être regardé comme demandant la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 7 mars 2022 en ce qu'il l'oblige à quitter le territoire français.
7. Il appartient à l'étranger qui entend contester une obligation de quitter le territoire français lorsqu'elle est accompagnée d'un placement en rétention administrative de saisir le juge administratif sur le fondement des dispositions des articles L. 614-2 et L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'une demande tendant à leur annulation, assortie le cas échéant de conclusions à fin d'injonction. Cette procédure particulière est exclusive de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une telle mesure relative à l'éloignement forcé d'un étranger emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement des dispositions des articles L. 614-2 et L. 921-2, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.
8. M. A ne fait état d'aucun élément nouveau, postérieur à la mesure d'éloignement du 7 mars 2022, qui serait de nature à faire obstacle à la mise à exécution de cette mesure. Les seuls éléments nouveaux sont au demeurant constitués par la commission d'infractions pénales par M. A ayant donné lieu à deux condamnations à des peines d'emprisonnement d'une durée de douze mois et deux ans. Ainsi, et alors même que M. A produit à l'instance des pièces justifiant de sa présence en France depuis de nombreuses années, ce qu'il n'avait pas fait dans l'instance n° 2402451, les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Reich.
Fait à Nancy, le 29 octobre 2024.
Le juge des référés,
S. Davesne
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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