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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403262

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403262

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er novembre 2024, M. A B, représenté par Me David, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner son extraction afin qu'il puisse assister à l'audience de référé ;

3°) de suspendre l'exécution de la décision du 22 octobre 2024 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a décidé la prolongation de son placement à l'isolement jusqu'au 14 janvier 2025 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 3 000 euros HT, soit 3 600 euros TTC, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement à son profit de cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est nécessaire que son extraction soit ordonnée afin qu'il puisse être présent à l'audience de référé ;

- la condition d'urgence est remplie ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :

- la signataire de la décision attaquée est incompétente ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'administration n'établit pas avoir sollicité l'avis d'un médecin, conformément à l'article R. 213-30 du code pénitentiaire ;

- l'administration n'établit pas davantage avoir recueilli ses observations et respecté le principe du contradictoire ;

- l'administration n'établit pas l'existence d'un rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires en méconnaissance des dispositions de l'article R. 213-25 du code pénitentiaire ;

- le délai de placement au quartier d'isolement à titre provisoire a été méconnu ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; les éléments disciplinaires invoqués par l'administration, à les supposer établis, ne suffisent pas à démontrer qu'il adopte un mauvais comportement en détention et qu'il est susceptible de créer un risque pour la sécurité et l'ordre de l'établissement ; la mesure de placement à l'isolement constitue une sanction ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en raison de l'absence de recherche d'équilibre entre la conséquence de la décision sur sa situation et le maintien de l'ordre et de la sécurité, de l'absence de prise en compte de son état de vulnérabilité et de détresse ;

- la décision en litige constitue un traitement inhumain et dégradant contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- il n'y a pas de doute quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête aux fins d'annulation enregistrée le 1er novembre 2024 sous le n° 2403260 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marini, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2024 à 10h00 :

- le rapport de Mme Marini,

- les observations de Me Hiesse, substituant Me David, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que la mesure d'isolement prononcée à son encontre constitue un détournement de l'isolement en vue de prolonger les sanctions disciplinaires.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h21.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, incarcéré au centre de détention de Toul depuis le 30 novembre 2023, a, le 14 octobre 2024, été placé provisoirement à l'isolement et, par une décision du 22 octobre 2024, le directeur du centre de détention a décidé son placement à l'isolement jusqu'au 14 janvier 2025. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité par le juge du fond.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à ce que le juge des référés ordonne l'extraction de M. B :

4. Aux termes de l'article D. 215-27 du code pénitentiaire : " Le préfet apprécie si l'extraction des personnes détenues appelées à comparaître devant des juridictions ou des organismes d'ordre administratif est indispensable. / Dans l'affirmative, il requiert l'extraction par les services de police ou de gendarmerie selon la distinction de l'article D. 215-26 ".

5. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande de suspension d'une décision administrative prise à l'égard d'une personne détenue, d'ordonner son extraction de l'établissement pénitentiaire dans lequel elle est incarcérée pour qu'elle puisse assister personnellement à l'audience. Par suite, les conclusions de M. B tendant à ce que le juge des référés ordonne son extraction doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision en litige :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

7. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. B n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par conséquent, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, il y a lieu de rejeter les conclusions par lesquelles M. B demande la suspension de l'exécution de la décision prolongeant son placement à l'isolement.

8. Par voie de conséquence de ce qui précède, il y a lieu de rejeter également les conclusions présentées au bénéfice de son conseil par M. B au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me David.

Copie en sera transmise, pour information, au directeur du centre de détention de Toul.

Fait à Nancy, le 25 novembre 2024.

La juge des référés,

C. Marini

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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