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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403301

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403301

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCORSIGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2024 à 17 heures 08, et un mémoire complémentaire enregistré le 13 novembre 2024, M. L J demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'état la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 20 du traité sur le fonctionnement I européenne et de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il ne présente aucun risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. J ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegardes des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marini, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la procédure.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marini ;

- les observations de Me Corsiglia, avocate commise d'office représentant M. J, qui sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. M. J a été contrôlé sur l'autoroute en présence de sa compagne et de deux de leurs enfants. Sa compagne est de nationalité croate et ils ont six enfants ensemble dont les deux premiers ont été reconnus par M. J. Il n'a plus son passeport qui a été volé la veille de son contrôle dans sa voiture. Ce passeport existe puisqu'il en a présenté une copie. Il ne peut être éloigné sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il n'est pas entré irrégulièrement en France dès lors qu'il est dispensé de la production d'un visa et si le préfet demande une substitution de base légale, le tribunal n'est pas obligé d'y faire droit. Son identité ressort des documents présentés par la préfecture de la Moselle elle-même. Il est entré depuis moins de trois mois en France. La décision fixant le pays de destination sera annulée par exception d'illégalité. M. J veut bien retourner dans son pays mais conteste l'interdiction de retour. Les quatre critères de l'interdiction de retour sur le territoire ne sont pas examinés, il n'est pas mentionné qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement dans la décision attaquée mais uniquement dans le mémoire en défense. Son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et aucun élément dans le dossier n'établit cette menace. La durée de deux ans est disproportionnée, est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation. Le préfet devra procéder à l'effacement du fichier SIS ;

- les observations de M. K, représentant le préfet de la Moselle qui rappelle que M. J a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement en 2023. Il prétend être revenu en France il y a une semaine mais n'apporte pas de preuve. Il n'a pas de visa, pas de passeport, pas de copie du passeport et donc pas de preuve de sa nationalité. Il ne démontre pas que son entrée sur le territoire est inférieure à trois mois. L'article L. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dans tous les cas être respecté. Il ne produit aucune pièce relative à sa famille, à la nationalité croate de sa compagne et de ses enfants, à leur présence régulière en France, et aucune pièce quant à l'existence même des enfants. Il n'est pas dépourvu de lien avec la Bosnie. L'interdiction de retour a été fixée au regard des éléments de sa déclaration, il est défavorablement connu des services de police et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. Son identité est contestée dans la décision attaquée ;

- et les observations de M. J : qui indique être venu en France pour voir sa femme et ses enfants et qu'il veut bien quitter la France volontairement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. J, ressortissant bosnien, né le 7 janvier 1997, serait entré en France au cours du mois d'octobre 2024. Il a fait l'objet d'un contrôle d'identité le 4 novembre 2024. Par l'arrêté contesté, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. J a été placé au centre de rétention administrative de Metz.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. J au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté du 17 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 19 janvier 2024, le préfet de la Moselle a délégué sa signature à M. E H, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer l'ensemble des actes relevant de sa direction, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à M. F C, son adjoint et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme B A, cheffe du bureau de l'éloignement et de l'asile. Par suite, Mme A, signataire de l'arrêté contesté, était compétente pour signer la décision en litige alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. H et M. C n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, les conditions de notification sont sans incidence sur la légalité de ces décisions.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () " et aux termes de l'article L. 311-1 de ce code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code I relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement. () ".

8. Si M. J soutient qu'il est un ressortissant bosnien et que dès lors il est exempté de visa, il ne produit aucun document d'identité en cours de validité et ne justifie pas disposer de moyens d'existence et de la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières résultant de soins qu'il pourrait engager en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. J a déclaré être entré en France en octobre 2024 soit de manière très récente à la date de la décision contestée. S'il fait valoir que sa compagne et leurs six enfants séjournent en France, il ne produit aucun élément pour l'établir. Dès lors, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées et sans entacher sa décision d'un erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation du requérant que le préfet de la Moselle a pu lui faire obligation de quitter le territoire français.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen I européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. () ". Aux termes de cet article L. 233-1 : " Les citoyens I européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ".

12. Si le requérant soutient qu'il dispose du droit de séjourner en France dès lors qu'il est parent de six enfants, citoyens I européenne, il ne produit aucun élément de nature à démontrer l'existence de ses enfants. Par ailleurs, il n'établit pas qu'il exerce une activité professionnelle en France ou qu'il disposerait de ressources suffisantes au sens du 2° de l'article L. 233-1 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 20 du traité sur le fonctionnement I européenne et de l'article 7 de la directive 2004/38/CE doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. M. J se prévaut de la présence en France de ses trois enfants mais n'établit pas leur existence, ainsi que leur présence régulière sur le territoire français. Par suite, le moyen tenant à la méconnaissance de cet article ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5."

16. Il ressort des pièces du dossier que M. J déclare que son passeport lui a été volé et ne dispose ainsi d'aucune pièce d'identité. Il ne peut justifier d'une résidence effective et permanente et il existe donc un risque qu'il se soustrait à la mesure d'éloignement. Par suite, le préfet de la Moselle pouvait, pour ce seul motif, et sans méconnaitre les dispositions précitées, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par le requérant à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

19. Le requérant ne produit aucun élément de nature à démontrer la réalité et le caractère personnel des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations et de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

20. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour." Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

22. Pour fixer la durée d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet s'est fondé sur la circonstance que le requérant est entré récemment en France, qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux, intenses et stables et qu'il est défavorablement connu des services de police. Néanmoins, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant constituerait une menace pour l'ordre public. Par suite, M. J est fondé à soutenir qu'en fixant a deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de la Moselle a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

23. Il résulte de tout ce qui précède sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués par M. J à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que M. J est uniquement fondé à solliciter l'annulation de la décision du 5 novembre 2024 par laquelle le préfet de la Moselle a prononcé à son encontre une telle mesure. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation des autres décisions du 5 novembre 2024 doivent être rejetées.

24. Eu égard à l'annulation prononcée, le présent jugement n'implique pas, en tout état de cause, la délivrance d'un récépissé de titre de séjour. En revanche, le présent jugement qui prononce l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français opposée à M. J implique nécessairement l'effacement du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Moselle de saisir, sans délai, les services ayant procédé à ce signalement, en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation.

25. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. J présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. J est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 5 novembre 2024 est annulé en tant que le préfet de la Moselle a prononcé à l'encontre de M. J une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de faire procéder, sans délai, à la suppression du signalement de M. J aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. J est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. L J, à Me Corsiglia et au préfet de la Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La magistrate désignée,

C. MariniLa greffière,

M. G

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403301

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