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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403376

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403376

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2024 à 20 heures 57 et un mémoire enregistré le 15 novembre 2024, Mme E A, placée au centre de rétention administrative de Metz, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de désigner un avocat commis d'office et un interprète en langue dioula ;

2°) de transmettre une question préjudicielle au juge des enfants, compétent pour statuer sur sa minorité et son isolement et de surseoir à statuer dans l'attente de cette décision ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de prononcer sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance en raison de sa qualité de mineure isolée ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend ;

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet a considéré à tort qu'elle n'était pas mineure ;

- en conséquence, le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 741-5 de ce code ;

- cette décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur le moyen propre à la décision refusant un délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'elle ne présente pas un risque de fuite ;

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée et à l'existence de circonstances humanitaires ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2024, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- elle représente une menace pour l'ordre public justifiant le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné, au titre de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme Philis, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués pour statuer sur les recours relevant des procédures à juge unique définis au chapitre 1er du titre II du livre IX de ce code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Philis, magistrate désignée ;

- les observations de Me Corsiglia, avocate commise d'office, représentant Mme A qui :

. reprend les conclusions et moyens de sa requête et demande également que Mme A soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

. soulève un moyen tiré de l'absence d'examen des circonstances humanitaires tirés des mauvais traitements que Mme A a subis et faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français ;

. insiste sur sa minorité et critique les modalités d'évaluation de l'âge de Mme A tout en reconnaissant l'absence d'élément objectif pour contester le rapport établi par les services de l'aide sociale à l'enfance ;

- les observations de Mme A, assistée d'une interprète en langue dioula, qui se prévaut de ses difficultés pour se procurer son acte de naissance et qu'elle n'est pas désormais opposée à se soumettre à un test osseux ;

- et les observations de M. F, représentant le préfet de l'Yonne, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, et :

. rappelle le contexte de la garde à vue et les déclarations frauduleuses de l'intéressée, ainsi que les règles régissant la charge de la preuve ;

. répond au moyen tiré de l'erreur de droit soulevé à la barre ;

. fait valoir qu'il n'y a pas lieu de transmettre une question préjudicielle au juge judiciaire faute de tout élément sérieux au dossier ;

. évoque le rapport des services de l'aide sociale à l'enfance, les incohérences relevées et le refus de l'intéressée de se soumettre à un test osseux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 12 décembre 2009 selon ses dires, déclare être entrée en France au cours du mois de novembre 2024. Le 13 novembre 2024, elle a été interpelée et placée en garde à vue par les services de gendarmerie d'Avallon pour des faits de déclaration fausse ou incomplète pour obtenir d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public une allocation, une prestation, un paiement ou un avantage indu. Par un arrêté du 13 novembre 2024, le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par la présente requête, Mme A, placée au centre de rétention administrative de Metz, demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète :

2. Mme A, placée en rétention administrative lors de l'introduction de sa requête, a présenté celle-ci sans ministère d'avocat et a été assistée à l'audience par Me Corsiglia, avocate commise d'office désignée par le bâtonnier du barreau de Nancy, et par une interprète assermentée en langue dioula, en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

4. En raison de l'urgence et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à ce qu'une question préjudicielle soit posée au juge judiciaire sur sa minorité et qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de sa réponse :

5. Il ressort des pièces du dossier que le 13 novembre 2024, Mme A a fait l'objet d'un refus de prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance, faute d'établir sa minorité. Le rapport d'évaluation établi le 12 novembre 2024 conclut à sa majorité en raison de son attitude lors de l'entretien et des incohérences constatées par les services compétents concernant notamment l'âge déclaré avec l'apparence physique de l'intéressée, le contenu de ses réseaux sociaux avec ses déclarations, sa situation familiale, ses activités et relations sociales, ainsi que son parcours migratoire jusqu'à son arrivée en France. Les forces de l'ordre ont également constaté que la morphologie, l'apparence physique et le comportement de l'intéressée font plutôt penser aux caractéristiques d'une personne majeure. Faute pour Mme A d'apporter des éléments de nature à remettre en cause ces conclusions, sa majorité doit être tenue pour établie, sans qu'il soit besoin de saisir d'une question préjudicielle le juge judiciaire sur ce point et de surseoir à statuer. Par suite, les conclusions de la requérante présentées à ce titre doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

6. En premier lieu, par un arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de l'Yonne a donné délégation à Mme B D, sous-préfète, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des attributions de l'Etat à l'exception de la réquisition du comptable public et des arrêtés de conflit. Dans ces conditions, Mme D était compétente pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

8. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité. La requérante ne peut utilement soutenir que les décisions attaquées n'auraient pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. "

10. En vertu de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Cette protection ne fait pas obstacle à ce qu'une mesure d'éloignement soit prise par l'autorité administrative à l'égard d'une personne dont elle estime, au terme de l'examen de sa situation, qu'elle est majeure, alors même qu'elle allèguerait être mineure. Elle implique en revanche que, saisi dans le cadre du recours ouvert contre une telle mesure, le juge administratif se prononce sur la minorité alléguée sauf, en cas de difficulté sérieuse, à ce qu'il saisisse l'autorité judiciaire d'une question préjudicielle portant sur l'état civil de l'intéressé. Dans l'hypothèse où une instance serait en cours devant le juge des enfants, le juge administratif peut surseoir à statuer si une telle mesure est utile à la bonne administration de la justice. Lorsque le doute persiste au vu de l'ensemble des éléments recueillis, il doit profiter à la qualité de mineur de l'intéressé.

11. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, Mme A n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause le rapport d'évaluation qui conclut à sa majorité. Elle ne produit pas davantage de pièce de nature à démontrer sa minorité. Si elle critique les modalités d'évaluation, une telle irrégularité, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il s'ensuit que le préfet de l'Yonne n'a pas commis d'erreur de fait et n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que Mme A était majeure à la date de la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de l'erreur de fait doivent être écartés.

12. En deuxième lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 741-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée récemment en France, est célibataire et sans charge de famille. Elle ne justifie ni de liens d'une intensité et ancienneté particulières en France ni être dépourvue d'attaches personnelles dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Yonne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard des buts en vue desquels la mesure d'éloignement a été prise. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

16. Ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 11, Mme A, qui ne justifie pas de sa minorité, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision refusant un délai de départ volontaire :

17. Aux termes de de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

18. Mme A n'apporte aucun élément suffisant de nature à démontrer qu'elle présente des garanties de représentation suffisantes. Dans ces conditions, le préfet de l'Yonne a pu légalement fonder sa décision sur les dispositions combinées du 3° de l'article L. 612-2 et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce motif étant suffisant pour justifier le refus de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Mme A ne produit aucun élément de nature à établir la réalité et le caractère personnel des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 14 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :

21. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas recherché si Mme A justifiait de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

23. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

24. Ainsi qu'il a été dit au point 14, Mme A, entrée récemment en France, n'établit pas disposer de liens personnels et familiaux en France. Elle ne justifie pas davantage de circonstances humanitaires. Dans ces conditions, en prononçant à l'encontre de Mme A, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, le préfet de l'Yonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

25. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14 et au point 24, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

26. En dernier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par la requérante à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, doit être écartée.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il n'y plus lieu de statuer sur la demande de Mme A tendant à la désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Me Corsiglia et au préfet de l'Yonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

La magistrate désignée,

L. Philis

La greffière

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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