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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403473

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403473

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2024, M. B A, représenté par la SCP Themis avocats et associés, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond du litige, l'exécution de l'arrêté du 31 octobre 2024 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Strasbourg a ordonné son placement à l'isolement ;

3°) d'enjoindre au directeur interrégional des services pénitentiaires de Strasbourg d'ordonner la levée de son isolement dans un délai de 15 jours à compter de la notification à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée s'agissant des décisions plaçant d'office à l'isolement une personne détenue ;

- sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée les moyens tirés de ce que :

. elle a été signée par une personne incompétente ;

. la décision en litige méconnaît les droits de la défense dès lors que la procédure contradictoire n'a été mise en œuvre que postérieurement au placement à l'isolement ;

. elle est entachée d'une erreur d'appréciation et elle repose sur des faits matériellement inexacts.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision litigieuse a été prise le 4 novembre 2024, elle est entachée d'une erreur de plume s'agissant de sa date ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite en l'espèce, au regard du profil pénal et du parcours pénitentiaire de l'intéressé, ainsi que de la nécessité de préserver l'ordre public ;

- aucun moyen ne fait naître de doute sérieux sur la légalité du placement à l'isolement.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête aux fins d'annulation enregistrée le 22 novembre 2024 sous le n° 2403474 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision litigieuse.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Samson-Dye, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Samson-Dye a été entendu au cours de l'audience publique du 10 décembre 2024.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Eu égard à l'urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-1 du même code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, selon le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office () ".

4. Eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d'office à l'isolement une personne détenue, ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire, portent en principe une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne détenue, de nature à créer une situation d'urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s'il estime remplie l'autre condition posée par cet article. Toutefois, si l'autorité administrative justifie de circonstances particulières faisant apparaître qu'un intérêt public s'attache à l'exécution sans délai de cette mesure, compte tenu en particulier des risques pour la sécurité de l'établissement et des personnes, y compris extérieures à celui-ci, appréciés notamment au regard des motifs d'incarcération de l'intéressé, des éléments figurant dans son dossier individuel ou de son comportement en détention, la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite.

5. M. A fait valoir que la condition d'urgence est présumée remplie s'agissant des décisions de placement à l'isolement. Pour renverser la présomption d'urgence, le garde des sceaux, ministre de la justice, fait valoir que le placement à l'isolement de M. A a été pris au regard de circonstances particulières liées à la fois au comportement et au profil pénal du requérant mais aussi à la nécessité de préserver l'ordre public au sein de l'établissement. Il ressort, tout d'abord, des pièces produites que M. A, qui purge actuellement une peine de quatre ans d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée, a un parcours pénitentiaire émaillé d'incidents disciplinaires répétés depuis le début de sa détention en 2021, ayant donné lieu au prononcé de seize sanctions disciplinaires, en majorité pour des faits de menaces et insultes envers le personnel pénitentiaire. Il a fait l'objet de multiples transferts d'établissement par mesure d'ordre. Incarcéré au centre de détention d'Ecrouves à compter du 5 septembre 2024, il a été placé à l'isolement jusqu'au 9 septembre 2024. A l'occasion de son placement en régime semi-ouvert, à l'issue de cet isolement, une recrudescence de phénomènes de violences, de menaces et de pressions sur des co-détenus a été constatée, plusieurs personnes ayant identifié M. A comme le principal instigateur de ce climat. Lui est notamment imputée l'agression d'un détenu, survenue le 30 octobre 2024. Il ressort de ces éléments et notamment du comportement habituellement transgressif de M. A que le changement d'établissement ou l'encellulement individuel ne permettent pas de faire disparaître les risques pesant sur son entourage tant en ce qui concerne le personnel pénitentiaire que ses co-détenus.

6. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'administration pénitentiaire justifie de circonstances particulières tenant au comportement de M. A en détention qui s'avèrent suffisamment précises, actuelles et récurrentes pour renverser la présomption d'urgence. Le souci de préserver le bon ordre au sein de l'établissement pénitentiaire et de prévenir tout risque sur les co-détenus de M. A et sur le personnel pénitentiaire, au regard de son comportement incompatible avec la détention ordinaire, s'opposent à ce que l'urgence, qui s'apprécie globalement eu égard aux intérêts en présence, soit en l'espèce retenue.

7. L'une des deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité n'étant pas remplie, il y a lieu dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse, de rejeter les conclusions de M. A aux fins de suspension de l'exécution de la décision en litige ainsi que ses conclusions en injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la SCP Thémis avocats et associés et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Nancy, le 11 décembre 2024.

La juge des référés,

A. Samson-Dye

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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