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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403499

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403499

jeudi 2 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403499
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2024 à 20 heures 53, M. B A, représenté par Me Gabon demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Meuse du 18 novembre 2024 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs :

- les décisions sont insuffisamment motivées dès lors que la motivation en fait est stéréotypée ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision a été prise aux termes d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il remplit les conditions en vue de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- il justifie de circonstances exceptionnelles justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il justifie de circonstances humanitaires ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 2 janvier 2025, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durand, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la procédure.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durand, magistrat désigné,

- les observations de Me Lehman, substituant Me Gabon, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et indique que la décision de refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- les observations de M. A,

- et les observations de Me Morel, représentant le préfet de la Meuse, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que la Bosnie-Herzégovine constitue un pays d'origine sure.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité bosnienne, né le 30 septembre 1990, est entré en France le 13 janvier 2003. L'intéressé a été admis au statut de réfugié le 24 juillet 2003 en même temps que ses parents et a été mis en possession d'une carte de résident valable du 30 septembre 2008 au 30 septembre 2018. Par décision du 6 août 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui a retiré le statut de réfugié. L'intéressé a été mis en possession de plusieurs cartes de séjour d'une durée d'un an, la dernière étant valable jusqu'au 27 mai 2022. Par l'arrêté contesté du 18 novembre 2024, le préfet de la Meuse a rejeté la demande de renouvellement de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. A, placé en rétention, demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

2. Les décisions contestées comportent, par une motivation non stéréotypée, l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté que le préfet de la Meuse n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A.

5. En deuxième lieu, pour refuser d'admettre M. A au séjour, le préfet de la Meuse s'est fondé sur la circonstance que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France alors qu'il était âgé de treize ans. Si l'intéressé fait état de la durée de son séjour en France, de la présence en France de sa mère qui doit l'héberger à sa sortie de détention et de la nécessité de suivre un soutien psychologique ainsi que de la présence en France de ses trois enfants mineurs, il ressort des pièces du dossier que, par décision du 15 octobre 2020, le juge aux affaires familiales a confié la garde de ces derniers exclusivement à leur mère, qui a été victime de violences volontaires de la part de M. A. Le requérant a été condamné à de multiples reprises pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, port sans motif légitime d'arme, munition ou de leur éléments de catégorie C , recel de bien provenant d'un vol aggravé par deux circonstances , pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et conduite d'un véhicule à moteur malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire, conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, usage illicite de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants et offre ou cession non autorisée de stupéfiants, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance (tentative), recel de bien provenant d'un vol, vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, escroquerie, violences au sein du couple et sexistes et pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Par suite, c'est sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations précitées, que le préfet de la Meuse a pu prendre les décisions contestées. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet doit également être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10 ".

9. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'alors que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public, que l'intéressé remplisse effectivement les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour. D'autre part, la décision contestée refuse de renouveler le titre de séjour de M. A qui n'était valable qu'un an. Par suite, alors que le refus de renouvellement ne concerne pas un titre de séjour pluriannuel, c'est à tort que le requérant soutient que la décision est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu la décision portant refus de délai de départ volontaire ne constitue pas la base légale de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté comme inopérant.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 12 juillet 2010 à 300 euros d'amende par jugement du Tribunal correctionnel de Reims, pour conduite d'un véhicule sans permis, le 22 février 2018 à deux mois d'emprisonnement par jugement du Tribunal correctionnel de Mulhouse, pour port sans motif légitime d'arme, munition ou de leur éléments de catégorie C, le 1er mars 2019 à 300 euros d'amende par jugement du Tribunal correctionnel de Mulhouse, pour recel de bien provenant d'un vol aggravé par deux circonstances, le 30 juin 2020 à 5 mois d'emprisonnement et 250 euros d'amende par jugement du Tribunal judiciaire de Mulhouse, pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et conduite d'un véhicule à moteur malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire, le 16 octobre 2020 à 100 euros d'amende par le Tribunal judiciaire de Reims, pour conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, le 3 novembre 2020 à deux ans et six mois d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire pendant deux ans par arrêté de la Cour d'appel de Colmar, pour usage illicite de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants et offre ou cession non autorisée de stupéfiants, le 8 novembre 2022 à deux ans d'emprisonnement dont un an et six mois de sursis probatoire pendant deux ans par jugement du Tribunal Correctionnel de Reims, pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, le 26 septembre 2023 à douze mois d'emprisonnement par arrêt de la Cour d'appel de Colmar, pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, recel de bien provenant d'un vol, vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, escroquerie et le 19 mai 2023 à l'obligation d'accomplir un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple et sexistes à titre principal par jugement du Tribunal correctionnel de Mulhouse, pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Au regard de la gravité et de la multiplicité des peines ainsi prononcées, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Meuse a pu considérer que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun État partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. () ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été admis au bénéfice de l'asile le 24 juillet 2003 en même temps que ses parents en raison des craintes de persécution du fait de son appartenance à l'ethnie tzigane. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a, au regard de son comportement, a mis fin à son statut de réfugié, le 6 août 2021. Si M. A indique qu'un retour en Bosnie-Herzégovine l'exposerait à des traitements contraires aux stipulations précitées, le préfet de la Meuse soutient que la situation en Bosnie-Herzégovine, qui figure parmi les pays d'origine sure identifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides s'est améliorée depuis la fin des troubles qui ont suivi l'éclatement de l'Ex-Yougoslavie. Dans ces conditions, au regard des éléments indiqués par le préfet, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

15. M. A a été privé de délai de départ volontaire, au motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. S'il soutient, sans pour autant les préciser, qu'il justifie de circonstances exceptionnelles justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé, il ressort de ce qui a été dit au point 12 que le comportement est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En second lieu, Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. M. B A, au préfet de la Meuse et à Me Gabon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2025.

Le magistrat désigné

F. Durand

La greffière,

E. Engel

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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