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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403525

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403525

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELAS HAVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2024 à 15 heures 06 et un mémoire complémentaire enregistré le 3 décembre 2024, M. D B demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 25 novembre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que le délai de recours ne lui est pas opposable en l'absence d'indication de la date de notification de l'arrêté.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a acquis un droit au séjour permanent sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française ;

- la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas pris en compte les critères prévus à l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation sur ce point ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'urgence ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et il ne présente pas un risque de fuite.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de circulation :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des dispositions de l'article L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'est pas justifiée et est disproportionnée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée, dès lors qu'elle ne tient pas compte des critères fixés par les articles L. 622-1 et L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au principe de la liberté de circulation.

Par un mémoire enregistré le 6 décembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Noirot, avocate commise d'office, représentant M. B qui soutient que la requête est recevable en l'absence de mention de la date de notification de l'arrêté ; que la menace à l'ordre public, s'agissant d'un ressortissant européen, s'apprécie très strictement et qu'en l'espèce elle n'est pas constituée ; que M. B bénéficie d'un droit au séjour permanent dès lors qu'il travaille au Luxembourg et dispose de revenus suffisants pour subvenir aux besoin de sa famille et a une assurance maladie, conformément à l'alinéa 2 de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- les observations de M. B, assisté d'un interprète en langue portugaise,

- les observations de M. C, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui fait valoir qu'il ressort de l'ensemble des pièces de procédure que l'arrêté a été notifié au requérant le 25 novembre 2024 à 22 heures 25, de sorte que la requête est irrecevable comme tardive ; que M. B constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société dès lors qu'il a commis des faits de violence à l'encontre de son ex conjointe et sa fille, en méconnaissance délibérée du contrôle judiciaire lui interdisant d'entrer en contact avec elles, et pour lesquelles il a été condamnée le 25 novembre 2024 à huit mois d'emprisonnement avec sursis ; qu'à titre subsidiaire, l'obligation de quitter le territoire pourrait être fondé sur le 1° de l'article L. 251-1 du CESEDA dès lors que M. B ne justifie d'aucun droit au séjour ; que l'urgence est caractérisée par le risque de récidive et l'absence de toute intégration ; que les critères fixés par l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à la décision d'interdiction de circulation prise à l'encontre de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 14 heures 35, à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant portugais, né le 31 janvier 1976 à Santiago (Portugal), est entré en France en 2015 selon ses déclarations. Par un arrêté du 25 novembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Placé au centre de rétention administrative de Metz, M. B demande, par la requête susvisée, l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel la préfète de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 17 septembre 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le lendemain, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont seraient entachées les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et opposant une interdiction de circulation sur le territoire français doit être écarté.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que l'arrêté contesté n'aurait pas été notifié dans une langue qu'il comprend.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / () 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () ".

6. D'une part, en se bornant à soutenir qu'il réside en France depuis 2015, qu'il dispose d'une assurance maladie et qu'il travaille au Luxembourg et perçoit un salaire de trois mille euros par mois, sans produire aucun document de nature à démontrer la réalité de ses allégations, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il bénéficiait d'un droit au séjour faisant obstacle à la mesure d'éloignement prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été placé en garde à vue le 28 octobre 2024 pour des faits de rébellion, violence sur un mineur de 15 ans suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, violence suivie d'incapacité supérieure à 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, violence sur un fonctionnaire de la police nationalité suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours aggravée par une circonstance. Ces faits, commis en violation délibérée du contrôle judiciaire lui interdisant de rentrer en contact avec son ex-conjointe, ont donné lieu à la condamnation de M. B, le 25 novembre 2024, par le tribunal correctionnel de Nancy, à huit mois d'emprisonnement avec sursis. Il ressort également des pièces du dossier que M. B ne fait état d'aucune attache familiale sur le territoire français, ni d'aucune intégration particulière, nonobstant la présence de son ex conjointe et de sa fille, lesquelles il violente. Par ailleurs, l'intéressé atteste disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine, le Portugal, où résident ses parents et où il dit souhaiter repartir. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, compte tenu du caractère grave et particulièrement récent des faits délictueux commis, estimer que le comportement de M. B représentait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite les moyens tirés de la méconnaissance et de l'erreur d'appréciation des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité doivent être écartés.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, comme il a été précisé au point 7 du présent jugement, M. B ne produit aucun élément de nature à justifier de liens personnels et familiaux qu'il entretiendrait sur le territoire français, en dehors de son ex conjointe et de sa fille, et alors qu'il a été condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence commis à leur encontre. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit, son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 8 précitées et sans porter atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale que la préfète de Meurthe-et-Moselle a pu prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

11. En second lieu, eu égard à la nature et à la gravité des faits, tels qu'exposés au point 7, pour lesquels M. B a été condamné, la préfète de Meurthe-et-Moselle a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, estimer qu'il y avait urgence à éloigner l'intéressé et a pu, en conséquence, priver l'intéressé de tout délai de départ volontaire.

12. En troisième lieu, la préfète de Meurthe-et-Moselle ne s'est pas fondée sur la circonstance que M. B présentait un risque de se soustraire à la décision d'éloignement dont il fait l'objet pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant ne présente pas de risque de fuite doit être écarté comme étant inopérant.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. M. B soutient que la décision contestée méconnait les dispositions précitées, sans toutefois établir la réalité, l'actualité et le caractère personnel des risques invoqués en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de circulation :

15. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de circulation ne peut qu'être écartée.

16. En deuxième lieu, les dispositions des articles L. 622-1 et L. 622-3 ne sont pas applicables à la décision portant interdiction de circulation prononcée à l'encontre de M. B. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation de ces dispositions doivent être écartés comme inopérants. En tout état de cause, eu égard au comportement et à la situation personnelle du requérant, tels qu'exposés au point 7 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français et en fixant sa durée à trois ans.

17. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que le comportement de M. B doit être regardé comme constituant, du point de vue de l'ordre public une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et qu'il pouvait légalement, pour ce motif, faire l'objet d'une mesure d'interdiction de circulation sur le territoire français. Eu égard à ses conditions de séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit à la liberté de circulation en qualité de ressortissant communautaire.

18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète de Meurthe-et-Moselle, que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2024 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La magistrate désignée,

A. ALe greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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