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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403539

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403539

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 novembre et 9 décembre 2024, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le maire de la commune de Nancy a retiré la décision de non-opposition à la déclaration préalable qu'elle avait déposée le 23 février 2024 pour l'installation d'une station de relais de téléphonie mobile sur un bâtiment sis 149 avenue de Boufflers à Nancy (54000) et s'est opposé à cette déclaration préalable ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Nancy, à titre principal, de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réinstruire sa déclaration préalable, en prenant une décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Nancy la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que le projet aura pour effet d'assurer une couverture par ses réseaux 3G et 4G pour des secteurs actuellement non couverts ; la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à l'intérêt public et à ses intérêts propres, au regard notamment des engagements qu'elle a souscrits ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige dès lors qu'elle est entachée d'incompétence, d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article UL 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, d'une erreur d'appréciation quant à l'atteinte portée par le projet au milieu environnant et d'une erreur de droit au regard du principe de précaution ; il existe également un doute sérieux au regard du motif invoqué en défense et tenant à des considérations de sécurité publique, par lequel l'administration doit être regardée comme entendant se prévaloir de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, en l'absence de risque établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2024, la commune de Nancy conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ; il n'est pas justifié d'un préjudice suffisamment grave et immédiat ; l'urgence ne vaut que pour l'établissement du réseau et non pour son amélioration ;

- les moyens invoqués ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse ; une telle décision pouvait être prise eu égard aux possibles troubles à l'ordre public et plus particulièrement aux atteintes à la sécurité compte tenu des prévisibles manifestations des parents d'élèves de l'école voisine et des riverains.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 25 octobre 2024 sous le numéro n° 2403202 par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Samson-Dye, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 10 décembre 2024 à 11 heures, ont été entendus :

- le rapport de Mme Samson-Dye, juge des référés ;

- les observations de Me Brunstein-Compard, représentant la société Free Mobile, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens ;

- et les observations de Mme A, représentant la commune de Nancy, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11 heures 20.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé une déclaration préalable de travaux le 23 février 2024 auprès de la commune de Nancy en vue de l'installation d'antennes de téléphonie mobile sur un bâtiment situé 149 avenue de Boufflers à Nancy. Par arrêté du 17 juin 2024, le maire de Nancy a retiré la décision de non-opposition survenue le 20 mars 2024 et fait opposition au visa des dispositions de l'article UL 11 du plan local d'urbanisme de la commune et du principe de précaution. Par un courrier en date du 28 juin 2024, la société Free Mobile a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté tendant à son retrait. Par une décision du 27 août notifiée le 13 septembre 2024, le maire de Nancy a rejeté le recours gracieux. La société Free Mobile demande au tribunal la suspension de l'exécution de la décision du 17 juin 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile de 3ème et 4ème générations (3G, 4G), et aux intérêts propres de la société Free Mobile qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau, lesquels engagements de couverture ne sont actuellement que partiellement atteints sur le territoire de la commune de Nancy, ainsi qu'il ressort des cartes de couverture réseau produites par la société requérante, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition relative au doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article UL 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nancy : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ".

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article UL 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nancy, de l'erreur d'appréciation quant à l'impact du projet sur son environnement et de l'erreur de droit au regard du principe de précaution sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

7. Dans son mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2024, la commune de Nancy peut être regardée comme sollicitant une substitution de motifs, en faisant valoir que l'arrêté du 17 juin 2024 peut également être fondé sur la circonstance que le projet de la société Free Mobile risque de créer un trouble à l'ordre public en raison de l'opposition au projet des riverains et des parents d'élèves de l'école se situant à proximité du site. Un tel motif ne semble pas permettre, en l'état de l'instruction, de fonder légalement l'arrêté contesté.

8. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen de la requête, tiré du vice d'incompétence dont serait entachée la décision attaquée, n'est pas, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Free mobile est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 17 juin 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité, ne peut, sans excéder son office, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée. Ainsi, l'exécution de la présente ordonnance implique seulement que la déclaration préalable présentée par la société Free Mobile soit réexaminée par la commune de Nancy. Il y a lieu d'enjoindre à cette commune de procéder à une nouvelle instruction de cette déclaration préalable et de prendre une nouvelle décision dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Il y a lieu, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Nancy, partie perdante, la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la société Free Mobile et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 17 juin 2024 du maire de la commune de Nancy est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à l'annulation de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Nancy de procéder à une nouvelle instruction de la déclaration préalable de la société Free Mobile et de prendre une nouvelle décision dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Nancy versera à la société Free Mobile la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Free Mobile et à la commune de Nancy.

Fait à Nancy, le 11 décembre 2024.

La juge des référés,

A. Samson-Dye

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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