mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2403571 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CHAIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 décembre 2024 et un mémoire en réplique enregistré le 9 décembre 2024, Mme A C, représentée par Me Chaib, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 21 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'ordonner toutes mesures qu'il estimera utiles afin de faire cesser immédiatement les atteintes graves et manifestement illégales constituées par l'exécution de l'arrêté préfectoral du 21 mai 2024 ;
4°) de mettre fin immédiatement à sa rétention administrative ;
5°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de réexaminer sa situation ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie d'un changement de circonstances constitué par le placement de son enfant à l'aide sociale à l'enfance du Bas-Rhin et alors qu'elle dispose de visites médiatisées ;
- sur l'urgence : elle est caractérisée dès lors qu'elle peut faire l'objet de l'éloignement vers la Moldavie, sans son enfant, à tout moment ;
- sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
- l'exécution de la mesure d'éloignement aura pour effet de la séparer de son enfant pour une durée indéterminée et porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'exécution de la mesure d'éloignement porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant, garanti par les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est pas remplie ;
- l'exécution de la mesure d'éloignement ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 décembre 2024 à 13h30 :
- le rapport de M. Coudert, juge des référés, qui indique qu'il est susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'incompétence de la juridiction administrative à connaître des conclusions tendant à ce qu'il soit mis fin immédiatement à la rétention administrative de Mme C ;
- et les observations de Me Chaib, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et indique en outre qu'il relève de la compétence du juge de référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative de mettre fin à la mesure de rétention administrative dès lors qu'il décide de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement ; qu'il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir.
A l'issue de l'audience à 14h00, la clôture de l'instruction a été reportée au 10 décembre 2024 à 18 heures.
Un mémoire a été enregistré pour Mme C le 9 décembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante moldave née le 1er mai 1986 à Edinets, est entrée sur le territoire français le 5 avril 2023. Sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile par des décisions en date des 12 mars et 14 juin 2024. Par un arrêté en date du 28 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin a fait obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par un jugement du 22 juillet 2024, la requête de Mme C tendant à l'annulation de cet arrêté a été rejetée par le tribunal administratif de D. Dans la nuit du 20 au 21 novembre 2024, Mme C a été placée en garde à vue pour s'être soustraite à ses obligations légales à l'égard de son fils B, né le 20 novembre 2023, au point de compromettre la santé, la sécurité et la moralité de ce dernier. A la suite de la prolongation de sa garde à vue, la requérante a été placée sous contrôle judiciaire le 22 novembre 2024 puis au centre de rétention administrative de Metz. Par ailleurs, l'enfant de la requérante a été hospitalisé et confié aux services de protection de l'enfance du Bas-Rhin par ordonnance de placement provisoire du même jour. Le placement de B à l'aide sociale à l'enfance du Bas-Rhin a été confirmé jusqu'au 30 juin 2025 par le juge des enfants près le tribunal pour enfants de D par un jugement du 28 novembre 2024, celui-ci réservant les droits de Mme C à l'égard de son fils jusqu'à l'obtention d'informations plus précises sur sa situation administrative au regard du séjour et sur la possibilité d'organiser des visites médiatisées au centre de rétention administrative de Metz.
2. Par la requête susvisée, Mme C demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 21 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de mettre fin immédiatement à sa rétention administrative.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
4. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
5. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
6. Eu égard à son office, qui consiste à assurer la sauvegarde des libertés fondamentales, il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prendre, en cas d'urgence, toutes les mesures qui sont de nature à remédier à bref délai aux effets résultant d'une atteinte grave et manifestement illégale portée, par une autorité administrative, à une liberté fondamentale. Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement de ces dispositions doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.
En ce qui concerne les conclusions tendant à ce qu'il soit mis fin à la rétention administrative de Mme C :
7. Aux termes de l'article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le magistrat du siège du tribunal judiciaire, dans un délai de quatre jours à compter de sa notification. / Il est statué suivant la procédure prévue aux articles L. 743-3 à L. 743-18 ". Aux termes de l'article L. 742-1 du même code : " Le maintien en rétention au-delà de quatre jours à compter de la notification de la décision de placement initiale peut être autorisé, dans les conditions prévues au présent titre, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire saisi à cette fin par l'autorité administrative ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au juge administratif, y compris lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de connaître de conclusions dirigées contre la décision de placement en rétention administrative.
9. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 22 novembre 2024, le préfet du Bas-Rhin a placé Mme C en rétention dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire pour une durée de quatre jours. Par une ordonnance du 28 novembre 2024, la cour d'appel de Metz a prolongé la rétention administrative de la requérante du 26 novembre 2024 au 21 décembre 2024. Par suite, les conclusions de la requête de Mme C tendant à ce qu'il soit immédiatement mis fin à sa rétention administrative doivent être rejetées comme présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
En ce qui concerne les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 21 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a fait obligation à Mme C de quitter le territoire français :
10. Il résulte de l'instruction que, par ordonnance du 22 novembre 2024, le juge des libertés et de la détention près le tribunal judiciaire de D a placé sous contrôle judiciaire Mme C et lui a fait interdiction de quitter le territoire métropolitain, l'intéressée étant convoquée devant le tribunal correctionnel le 1er avril 2025. Cette mesure judiciaire impose à l'autorité administrative de s'abstenir d'exécuter la mesure d'éloignement jusqu'à la levée du contrôle par le juge judiciaire. Dans ces conditions, la requérante ne justifie pas d'une situation d'urgence au regard de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre par la préfète du Bas-Rhin.
11. Par ailleurs, si la requérante soutient que la situation d'urgence est caractérisée par l'existence d'une atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant qui ne peut bénéficier de visites médiatisées tant que sa mère est placée au centre de rétention administrative, cette circonstance résulte de la mesure de rétention administrative édictée le 22 novembre 2024 et non de la mesure d'éloignement elle-même.
12. Il suit de là que Mme C ne justifie pas d'une situation d'urgence caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
13. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de Mme C doit être rejeté, y compris celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, au ministre de l'intérieur et à Me Chaib.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Bas-Rhin.
Fait à Nancy, le 11 décembre 2024.
Le juge des référés,
B. Coudert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026