vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2403591 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 décembre 2024, Mme A B, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2024 par lequel le préfet de la Meuse a renouvelé l'assignation à résidence prise à son encontre pour une nouvelle durée de trente jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application du droit de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée ;
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée en n'examinant pas s'il y avait lieu de prolonger le délai de départ volontaire d'un mois ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet ne justifie pas en quoi l'éloignement de la requérante demeurerait une perspective raisonnable en méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sousa Pereira, magistrate déléguée,
- les observations de Mme B, par le truchement d'une interprète en langue géorgienne, qui indique qu'elle a peur d'être renvoyée dans son pays d'origine lorsqu'elle se rend au commissariat, qu'elle souhaite rester en France dans l'attente de l'examen de sa demande d'asile, qu'elle souhaite travailler en France, qu'elle suit des cours de langue française et qu'il n'y a aucun obstacle à ce qu'elle soit astreinte à se rendre au commissariat chaque semaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante géorgienne née le 29 avril 1966, déclare être entrée sur le territoire français, accompagnée de son fils mineur, le 8 octobre 2023 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Par une décision du 29 avril 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), par une décision du 6 août 2024 ont rejeté sa demande d'asile. Par des arrêtés du 13 septembre 2024, le préfet de la Meuse l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assignée à résidence dans le département de la Meuse pour une durée de trente jours. Le recours qu'elle a formé contre ces décisions a été rejeté par un jugement n° 2402883 du tribunal administratif de Nancy du 10 octobre 2024. Par une décision du 3 octobre 2024, le préfet de la Meuse a prolongé la durée de cette assignation à résidence pour la porter à quarante jours. Par un jugement du 29 octobre 2024 n°2403109, le tribunal administratif de Nancy a rejeté son recours contre l'arrêté du 3 octobre 2024. Par une décision du 25 novembre 2024, le préfet de la Meuse a renouvelé l'assignation à résidence prise à son encontre pour une nouvelle durée de trente jours. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de cette décision du 25 novembre 2024.
Sur la demande d'admission provisoire au titre de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et octroyant un délai de départ volontaire :
4. La décision contestée du 25 novembre 2024 a pour seul objet de renouveler l'assignation à résidence prise à son encontre pour une nouvelle durée de trente jours. Par suite, les moyens présentés par la requérante à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et octroyant un délai de départ volontaire sont dirigés contre des décisions qui ne sont pas l'objet du présent recours et ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant renouvellement de l'assignation à résidence :
5. En premier lieu, l'arrêté du 25 novembre 2024 est signé par M. Christian Robbe-Grillet, secrétaire général, auquel le préfet de la Meuse a, par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées par Mme B à l'encontre de l'arrêté ordonnant son assignation à résidence.
7. En troisième lieu, il ressort des mentions de l'arrêté en litige que le préfet de la Meuse, après avoir visé le 1° de l'article L. 731-1 et l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que la requérante fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dont l'exécution demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, et alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation d'un étranger faisant l'objet d'une décision d'assignation à résidence, cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivé. Cette motivation révèle que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen doivent être écartés.
8. En quatrième lieu, si Mme B soutient qu'elle a été privée du droit d'être entendue, elle ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'elle aurait été empêchée de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision portant renouvellement de son assignation à résidence.
9. En cinquième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs aux conditions de délivrance d'une carte de séjour temporaire, sont inopérants à l'encontre de mesures relatives à l'exécution de décisions d'éloignement.
10. En sixième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants dès lors que les mesures en litige n'ont, en elles-mêmes, ni pour objet ni pour effet d'éloigner la requérante.
11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
12. Si la requérante se prévaut de la scolarisation de son enfant et de ce qu'elle participe activement à des ateliers organisés par une association caritative, elle n'indique pas en quoi cette intégration ferait obstacle à la mesure d'assignation à résidence en litige.
13. En huitième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué porte atteinte de manière disproportionnée à sa liberté fondamentale de circuler n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
14. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
15. Il ressort de la décision en litige que le préfet de la Meuse a indiqué avoir obtenu un laissez-passer consulaire en vue de l'éloignement de la requérante. La requérante ne se prévaut d'aucun élément qui établirait que ces conditions ne pourraient pas être réunies ni, par suite, qu'il n'existerait aucune perspective raisonnable pour son éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que préfet ne justifie pas en quoi l'éloignement de la requérante demeurerait une perspective raisonnable doit être écarté.
16. En dixième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision portant refus de titre de séjour sur la situation personnelle de l'intéressée est inopérant à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence. Par suite, il ne peut qu'être écarté.
17. En dernier lieu, si la requérante a soutenu à l'audience qu'elle souhaiterait pouvoir rester en France dans l'attente de l'examen de sa demande d'asile, il résulte de ce qui a été au point 1 du présent jugement que la demande d'asile présentée par Mme B a été rejetée tant par l'OFPRA que la CNDA et qu'elle n'établit pas, ni même ne soutient qu'elle aurait sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lévi-Cyferman et au préfet de la Meuse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.
La magistrate déléguée,
C. Sousa Pereira
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403591
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026