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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403667

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403667

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBOURGAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 décembre 2024 à 14 heures 04 et le 19 décembre 2024, M. A C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian,

- les observations de Me Bourgaux, qui reconnaît la nécessité de fixer un pays de destination mais soutient que la préfète ne pouvait pas fixer l'Angola comme pays de destination dès lors qu'il ne dispose pas de la nationalité angolaise, cette circonstance étant attestée par le refus de l'Angola de délivrer le laissez-passer consulaire ; qui fait valoir la violence prévalant en Angola et qui conclut pour le surplus aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. C lui-même ;

- et les observations de Me Chikaoui, qui reconnaît que l'intéressé n'est pas en mesure d'indiquer sa nationalité puisqu'il déclare de façon constante qu'il est un enfant d'immigré en Angola, qui admet que les autorités angolaises et congolaises n'ont pas délivré de laissez-passer consulaires, mais qui soutient que les autorités guinéennes ont été saisies et n'ont pas encore répondu ; qui rappelle que la décision fixe comme pays de destination l'Angola ainsi que tout pays dans lequel M. C serait légalement admissible ; qui conclut pour le surplus aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant angolais né le 14 février 1986, a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Strasbourg à huit mois d'emprisonnement ainsi qu'à une peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français. Par un arrêté du 16 octobre 2024, le préfet du Bas-Rhin a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par sa requête, M. C, placé au centre de rétention administrative de Metz, demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). " Aux termes de l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. () ".

3. D'une part, il est constant que l'Angola a refusé de délivrer un laissez-passer consulaire pour M. C au motif qu'il n'était pas ressortissant angolais. Le préfet du Bas-Rhin ne produit aucune pièce de nature à établir la nationalité de M. C. Dès lors, M. C est fondé à soutenir qu'il n'est pas de nationalité angolaise. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C disposerait d'un document de voyage angolais en cours de validité ou aurait donné son accord à la fixation de l'Angola comme pays de renvoi. Par suite, M. C est fondé à soutenir qu'en fixant l'Angola comme pays de renvoi, la préfète du Bas-Rhin a inexactement appliqué les dispositions citées au point précédent.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés par M. C, que l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné doit être annulé.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a fixé le pays à destination duquel M. C pourra être éloigné est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

P. Bastian

La greffière

E. Engel

La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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