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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403785

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403785

jeudi 2 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 décembre 2024 à 7 heures 23, M. D B, représenté par Me Issa demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de Meurthe-et-Moselle du 16 décembre 2024 l'assignant à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen complet de sa situation ;

- la décision est disproportionnée dès lors qu'en exécution de son contrat de travail, il est conduit à se déplacer hors du département de Meurthe-et-Moselle ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision porte atteinte à sa liberté constitutionnelle d'aller et de venir

Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durand, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la procédure.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durand, magistrat désigné,

- et les observations de Me Issa, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève le nouveau moyen tiré de ce que la préfète a commis une erreur de droit dès lors que la perspective d'éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la procédure.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 13 décembre 1989 a fait l'objet, le 11 janvier 2024 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par l'arrêté contestée du 16 décembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a assigné l'intéressé à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants ; / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme C A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 16 avril 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le requérant fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français de moins de trois ans. La décision comporte, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B.

6. En quatrième lieu, si l'intéressé se prévaut de la relation qu'il entretient avec une ressortissante française avec laquelle il a l'intention de conclure un pacte civil de solidarité, il ressort des pièces du dossier qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 11 janvier 2024. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable.

7. En cinquième lieu, si M. B soutient qu'en sa qualité de salarié il est conduit à sa déplacer hors du département de Meurthe-et-Moselle, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé, qui ne justifie d'aucun droit au séjour en France, soit autorisé à exercer une activité salariée dans ce pays.

8. En sixième lieu, la préfète de Meurthe-et-Moselle a assigné à résidence M. B dans le département de Meurthe-et-Moselle et l'oblige à se présenter deux fois par semaine auprès des services de police. Le requérant ne fait état d'aucune circonstance qui l'empêcherait de se conformer à ces prescriptions. Dans ces conditions, eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise, la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et de venir de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B soutient que des circonstances particulières font obstacle au prononcé de la décision litigieuse et porte atteinte à son droit au respect de sa vie familiale qu'il ne peut pas poursuivre normalement hors de France. Toutefois, la décision litigieuse, qui assigne M. B à résidence, ne constitue pas une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de la finalité de cette mesure ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2025.

Le magistrat désigné

F. Durand

La greffière,

E. Engel

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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