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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403906

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403906

jeudi 19 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantJEANNOT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nancy a examiné la requête de Mme A F, qui contestait un arrêté préfectoral du 21 octobre 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de 12 mois. La requérante invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) relatif à l'état de santé, ainsi que des vices de procédure concernant l'avis du collège de médecins de l'OFII. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée, que la procédure suivie était régulière et que la préfète n'avait pas commis d'erreur d'appréciation. En conséquence, le tribunal a rejeté la requête de Mme F.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 décembre 2024, Mme A F, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler d'une durée d'au moins six mois ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler d'une durée d'au moins six mois ;

4°) d'enjoindre à la préfète de retirer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens, ainsi que la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

Sur les moyens propres à la décision portant refus de séjour :

- cette décision méconnaît le principe du contradictoire tel que protégé par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée de vices de procédure tenant à l'absence d'authentification de la signature des membres du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui ont rendu un avis sur son état de santé afin de les identifier, à l'irrégularité de la désignation des membres de ce collège, et à ce que le rapport médical, dont il convient de s'assurer de sa teneur, ne doit pas avoir été rédigé par l'un des médecins siégeant au collège ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen, en particulier, au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont dispose l'autorité préfectorale et au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la préfète n'a pas tenu compte de la durée de son séjour en France et de son état de santé précaire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant liée par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète d'avoir fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision sera annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de ses conséquences et du risque d'augmentation de la douleur liée à la pathologie dont elle souffre ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

- cette décision sera annulée en conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois :

- cette décision sera annulée en conséquence de l'annulation des précédentes décisions ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation faute pour la préfète d'indiquer en quoi la mesure est nécessaire et faute de mentionner les critères requis par la législation comme le critère de la durée du séjour en France ;

- elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir et à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen, en particulier, au regard de la durée de cette décision, au regard des critères requis par la législation et au regard de ses conséquences sur sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à son principe et quant à la durée retenue par la préfète.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré du défaut d'examen au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;

- à supposer que la requérante se prévaut de l'accord franco-marocain, ce moyen est inopérant ;

- concernant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, la requérante ne justifie que d'une faible durée de présence en France ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Philis a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante marocaine née le 20 août 1979, est entrée en France le 11 juin 2016 munie d'un visa de long séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français. En raison de cette qualité, au titre de sa vie privée et familiale, elle a été admise à séjourner en France du 21 avril 2016 au 10 février 2024. Le 29 février 2024, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de son état de santé. Par un arrêté du 21 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois. Par la présente requête, Mme F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 1er février 2024, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le lendemain, Mme D C, directrice adjointe, a reçu délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E B, directrice de l'immigration et de l'intégration, les décisions en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B n'aurait pas été absente ou empêchée. Dans ces conditions, Mme C était compétente pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. "

4. Il est constant que la décision portant refus de séjour est intervenue en réponse à la demande de titre de séjour présentée par Mme F en raison de son état de santé. Dans ces conditions, l'intéressée ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui de ses conclusions dirigées contre cette décision. Le moyen doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas visé l'accord franco-marocain et n'aurait pas fait état de l'ensemble des éléments dont elle était saisie est, par elle-même, et au regard en particulier du fondement de la demande de titre de séjour de Mme F, sans incidence sur la légalité de la décision. Cette motivation révèle également que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation de Mme F, notamment au regard de son état de santé, de la durée et des conditions de son séjour en France, de la possibilité de faire usage de son pouvoir de régularisation ainsi qu'au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En revanche, Mme F n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, notamment eu égard à la teneur de l'attestation de son assistante sociale du 19 décembre 2023, avoir présenté une demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que l'arrêté du 21 octobre 2024 vise l'article L. 435-1 de ce code est sans incidence sur la légalité et la préfète n'était, dès lors, pas tenue d'examiner le droit au séjour de Mme F au titre de cet article et de l'article L. 423-23 du même code. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence d'examen de la situation de la requérante doivent être écartés.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. " Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (). / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. / () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions portées sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur la situation médicale de Mme F, que cet avis a été émis le 27 août 2024, que le médecin ayant rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège et que cet avis a été signé par les trois médecins qui le composent, dont les noms figurent sur cet avis, permettant ainsi leur identification. Si la requérante met en doute l'authenticité de leur signature, elle ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, qui renvoient aux dispositions du I de l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives, dès lors que l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII n'est pas au nombre des actes relevant du champ d'application de ces dispositions, dont le respect ne s'impose qu'aux décisions administratives. En outre, les docteurs Mbomeyo, Cizeron et Joukoff, qui composaient le collège de médecins, ont été régulièrement désignés par la décision du 9 juillet 2024, régulièrement publiée sur le site internet de l'OFII, modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il s'ensuit que le moyen tiré des irrégularités procédurales entachant la décision portant refus de séjour doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que la préfète de Meurthe-et-Moselle se serait estimée liée par l'avis émis le 27 août 2024 par le collège de médecins de l'OFII sur l'état de santé de Mme F. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En cinquième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, s'il peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

11. Pour refuser de délivrer à Mme F un titre de séjour en raison de son état de santé, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 27 août 2024 selon lequel si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé du pays dont elle est originaire lui permettent de bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie et qu'au vu des éléments du dossier, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si Mme F produit des documents médicaux attestant de ses antécédents, de la pathologie cardiaque et de la talalgie dont elle souffre, du suivi médical dont elle fait l'objet et du traitement médicamenteux qu'elle doit observer, ces éléments ne sont pas de nature à remettre en cause les conclusions du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. De plus, la requérante ne conteste pas les éléments produits en défense relatifs à la possibilité de poursuivre son traitement médicamenteux dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni fait une inexacte application de ces dispositions, ni entaché sa décision d'une erreur de fait. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit, l'erreur de fait et l'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions doivent être écartés.

12. En sixième lieu, faute de démontrer avoir saisi la préfète de Meurthe-et-Moselle d'une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme F ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. En l'espèce, Mme F est entrée régulièrement en France en 2016 pour rejoindre son conjoint, un ressortissant français, avec lequel elle s'est mariée le 6 janvier 2016 au Maroc, et a séjourné régulièrement sur le territoire français jusqu'au 10 février 2024. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la communauté de vie avec son époux a cessé le 6 novembre 2017. Par un jugement du 7 mars 2023, le tribunal judiciaire de Nancy a prononcé le divorce aux torts partagés des époux avec un report des effets du divorce à la date du 7 novembre 2017. Par ailleurs, Mme F ne se prévaut pas d'attaches familiales en France ou d'autres liens d'une intensité particulière. Elle ne démontre pas davantage être dépourvue d'attaches personnelles au Maroc où elle ne conteste pas se rendre ponctuellement. Si elle apprend le français depuis le 25 septembre 2023 et si la qualité de travailleur handicapé lui a été reconnue, l'intéressée ne justifie pas d'éléments d'intégration suffisants. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

15. En dernier lieu, au regard des circonstances énoncées au point précédent et au point 11, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation la décision portant refus de séjour. Mme F n'est également pas fondée à soutenir que la préfète l'aurait entaché d'une erreur de droit, faute d'avoir fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour, les moyens soulevés à l'appui de ses conclusions dirigées contre cette décision ayant été écartés. Par conséquent, Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

17. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante, y compris au regard de son état de santé, en prononçant la mesure d'éloignement litigieuse. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation de la requérante doit être écarté.

18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 11, 14 et 15, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision litigieuse, doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les moyens soulevés à l'appui de ses conclusions dirigées contre ces décisions ayant été écartés. Par conséquent, Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de destination.

20. En deuxième lieu, la décision litigieuse comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

21. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". La requérante ne produit aucun élément de nature à établir la réalité et le caractère personnel des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

22. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 11, 14 et 15, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision litigieuse doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois :

23. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

24. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

25. Pour justifier le prononcé d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois, la préfète de Meurthe-et-Moselle a indiqué que Mme F ne présente aucun élément d'intégration probant et a considéré que l'absence d'une précédente mesure d'éloignement et de comportement troublant l'ordre public ne fait pas obstacle au prononcé de cette mesure. Il s'ensuit que l'autorité préfectorale ne s'est pas prononcée au regard de la durée de présence de l'intéressée sur le territoire français. Par suite, et alors que la préfète de Meurthe-et-Moselle ne peut utilement se prévaloir dans ses écritures de ce que Mme F ne justifie pas d'une durée suffisante pour régulariser une motivation insuffisante, la requérante est fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois est entachée d'une insuffisance de motivation.

26. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme F est seulement fondée à demander l'annulation l'arrêté du 21 octobre 2024 en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

27. Eu égard au motif retenu d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois, le présent jugement implique seulement l'effacement du signalement de la requérante aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de saisir, sans délai, les services ayant procédé à ce signalement, en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

28. La présente instance n'a pas donné lieu à des frais susceptibles d'être qualifiés de dépens, au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par Mme F doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante, pour l'essentiel, dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 octobre 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de saisir, sans délai, les services ayant procédé au signalement de Mme F aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, à Me Jeannot et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 27 mai 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Samson-Dye, présidente,

M. Bastian, conseiller,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2025.

La rapporteure,

L. Philis

La présidente,

A. Samson-Dye

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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