lundi 3 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2500067 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 janvier 2025, la préfète de Meurthe-et-Moselle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. E C et de Mme D A du logement, dépendant du centre d'hébergement d'urgence pour les demandeurs d'asile (HUDA), géré par l'organisme Alisés, sis au 48, boulevard du 8 mai 1945 à Mont-Saint-Martin (54350), qu'ils occupent indûment ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement pour procéder à l'enlèvement des biens meubles s'y trouvant aux frais et risques des intéressés à défaut pour ces derniers de les avoir emportés.
Elle soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont remplies au regard du nombre de places d'hébergement susceptibles d'être proposées aux demandeurs d'asile en Meurthe-et-Moselle ;
- les intéressés occupent irrégulièrement les lieux bien qu'ils aient été informés de la fin de leur prise en charge et mis en demeure de quitter leur logement, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées ;
La requête a été communiquée à M. C et à Mme A, qui n'ont pas présenté d'observations.
Vu l'acte, enregistré le 29 janvier 2025, par lequel Me Levi-Cyferman s'est constituée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Goujon-Fischer, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 janvier 2025 à 15 heures 30 :
- le rapport de M. Goujon-Fischer, juge des référés,
- les observations de M. B, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en précisant, d'une part, que le nombre de places d'hébergement pour demandeurs d'asile en Meurthe-et-Moselle est de 1 902, que le taux d'occupation y est de 98,9 %, que les places encore inoccupées le sont en raison d'opérations de désinsectisation ou de travaux ou sont déjà fléchées, que le taux d'occupation indû par des demandeurs déboutés est de 11,5 % dans le département, soit un taux supérieur à la moyenne régionale et que 400 demandeurs d'asile sont en attente de places d'hébergement, et, d'autre part, que les pièces médicales présentées par les intéressés n'établissent pas que leur état de santé serait incompatible avec la mesure d'expulsion sollicitée, ceux-ci pouvant d'ailleurs bénéficier d'un logement provisoire dans le cadre du dispositif de préparation à l'aide au retour,
- et les observations de Me Lévi-Cyferman, représentant M. C et Mme A, qui concluent au rejet de la requête, en soutenant, d'une part, que la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors qu'il n'est pas établi de dysfonctionnement du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, d'autre part, qu'ils sont les parents d'un enfant désormais majeur, admis au séjour, qui suit une formation et n'a pas les moyens de les héberger, qu'ils souffrent tous les deux de pathologies graves pour lesquelles il est reconnu qu'un défaut de soins entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et enfin qu'un recours est pendant contre la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 15 heures 50.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la préfète de Meurthe-et-Moselle :
3. Aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à compter du 1er mai 2021 : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. () ". L'article L. 542-1 du même code prévoit que le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin, en l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, à la notification de cette décision, ou, lorsqu'un recours a été formé dans ce délai contre la décision de l'Office, à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de notification de celle-ci. En vertu de l'article L. 552-15 de ce code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. L'article L. 521-3 du code de justice administrative dispose que : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par un préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement d'un demandeur d'asile dont le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. M. C et Mme A, ressortissants arméniens, nés respectivement le 15 août 1967 et le 5 mai 1968, sont entrés en France les 10 mai et 16 mars 2017 et y ont sollicité la protection internationale en avril et août 2018. Ils ont bénéficié à ce titre d'un hébergement au 48, boulevard du 8 mai 1945 à Mont-Saint-Martin (54350), dans une structure d'hébergement d'urgence de demandeurs d'asile gérée par l'organisme Alisés. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 août 2018, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 13 mai 2019. Après que les intéressés se sont vu notifier, le 8 novembre 2019, la fin de leur prise en charge par le gestionnaire du lieu d'hébergement, la préfète de Meurthe-et-Moselle les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de 15 jours à compter de la réception de cette injonction, par un courrier du 11 décembre 2024, notifié le 23 décembre suivant. M. C et Mme A s'étant maintenus dans les locaux au-delà du délai imparti, la préfète a saisi le juge des référés en vue d'ordonner leur expulsion.
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. C et Mme A, dont les demandes d'asile ont été définitivement rejetées, se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile en dépit de la signification de la fin de leur prise en charge et de la réception d'une mise en demeure de quitter ce logement. Dès lors, la mesure demandée par la préfète ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
8. En second lieu, la préfète de Meurthe-et-Moselle fait valoir, sans être sérieusement contredite, que le nombre de places d'hébergement pour demandeurs d'asile en Meurthe-et-Moselle est de 1 902, qu'à la date de référence du 30 octobre 2024, le taux d'occupation y était de 98,9 %, en augmentation, que les places encore inoccupées le sont en raison d'opérations de désinsectisation ou de travaux ou sont déjà fléchées, que le taux d'occupation indû par des demandeurs déboutés est de 11,5 % dans le département, soit un taux supérieur à la moyenne régionale, malgré les actions menées par les différents acteurs de l'hébergement, que 400 demandeurs d'asile rattachés à la zone de compétence de la direction territoriale de l'OFII de Metz sont en attente de places d'hébergement et que le flux de demandeurs d'asile reste élevé dans le département. Dans ces conditions, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et à la nécessité d'assurer un bon fonctionnement du service public destiné à leur accueil, la mesure d'expulsion sollicitée par la préfète de Meurthe-et-Moselle présente un caractère d'urgence et d'utilité.
9. M. C et Mme A font néanmoins valoir qu'ils sont les parents d'un enfant majeur, admis au séjour en France, et produisent par ailleurs une série de certificats et documents médicaux. Il en ressort, s'agissant de Mme A, qu'elle a été hospitalisée en 2019 des suites d'une néphro-urétectomie totale droite, liée à une maladie urotéliale, dont un document établi par un praticien hospitalier en octobre 2021 indique cependant qu'elle n'a pas donné lieu à une récidive tumorale ou à des métastases. Il ressort de ces pièces, s'agissant de M. C, qu'il souffre d'apnée du sommeil, d'emphysème pulmonaire, de bronchectasies et de cardiopathie ischémique, pathologies liées notamment à son tabagisme, pour lesquelles il suit, toujours actuellement, un traitement médicamenteux et qu'il a en outre été hospitalisé en mars 2023 pour des douleurs thoraciques, prises en charge avec succès par angioplastie et bithérapie antiplaquettaire. Un avis du collège de médecins de l'OFII du 4 mars 2024 indique que, si son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel son état de santé lui permet de voyager sans risque. Il ne résulte pas de ces éléments que M. C et Mme A présenteraient actuellement un état de santé nécessitant des soins urgents ou réguliers, susceptibles d'être entravés par une mesure d'expulsion du dispositif HUDA, laquelle ne préjuge pas au demeurant de la possibilité qu'ils bénéficient d'un autre dispositif d'hébergement adapté à leur situation. Ainsi, ils ne justifient pas de circonstances exceptionnelles de nature à remettre en cause l'urgence de la mesure sollicitée par la préfète de Meurthe-et-Moselle.
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. C et à Mme A de libérer le logement qu'ils occupent dans le cadre du dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile au centre d'hébergement d'urgence pour les demandeurs d'asile, situé 48, boulevard du 8 mai 1945 à Mont-Saint-Martin (54350).
11. En absence de départ volontaire de M. C et à Mme A au terme d'un délai qu'il y a lieu de fixer, dans les circonstances de l'espèce, à deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, la préfète de Meurthe-et-Moselle pourra procéder, avec le concours de la force publique, à leur expulsion ainsi qu'à l'évacuation de leurs biens meubles à défaut pour eux de les avoir emportés, par les moyens légaux de son choix, notamment en donnant toutes instructions utiles au gestionnaire, aux frais, risques et périls des intéressés.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C et Mme A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à M. C et Mme A de libérer les lieux qu'ils occupent au centre d'hébergement d'urgence pour les demandeurs d'asile géré par l'organisme l'organisme Alisés, sis au 48, boulevard du 8 mai 1945 à Mont-Saint-Martin (54350).
Article 3 : La préfète de Meurthe-et-Moselle est autorisée à procéder, au terme d'un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique, à l'expulsion de M. C et de Mme A ainsi qu'à l'évacuation de leurs biens meubles, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, à M. E C et Mme D A.
Copie de la présente ordonnance sera adressée à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au procureur de la République près le tribunal judicaire de Nancy, à l'organisme Alisés et à Me Lévi-Cyferman.
Fait à Nancy, le 3 février 2025.
Le juge des référés,
J. -F. Goujon-Fischer
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026