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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2500136

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2500136

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2500136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2025, M. B A, représenté par Me David, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner son extraction ;

3°) de suspendre l'exécution de la décision du 24 décembre 2024 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand Est a ordonné son maintien à l'isolement à compter du 26 décembre 2024 et jusqu'au 26 mars 2025 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 5 000 euros HT, soit 6000 euros TTC, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement à son profit de cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est nécessaire que son extraction soit ordonnée afin qu'il puisse être présent à l'audience de référé ;

- sa demande devra être examinée par la formation collégiale prévue à l'article L. 511-2 du code de justice administrative ;

- sa requête en référé est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :

. la signataire de la décision attaquée est incompétente ;

. la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

. elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'administration n'établit pas avoir sollicité l'avis d'un médecin, conformément à l'article R. 213-30 du code pénitentiaire ;

. l'administration n'établit pas davantage avoir recueilli ses observations et respecté le principe du contradictoire ;

. les droits de la défense ont été méconnus ;

. l'administration ne justifie pas d'un rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires en méconnaissance des dispositions de l'article R. 213-24 du code pénitentiaire ;

. la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; les éléments disciplinaires invoqués par l'administration, d'ailleurs anciens, et à les supposer établis, ne suffisent pas à démontrer qu'il adopte un mauvais comportement en détention et qu'il est susceptible de créer un risque pour la sécurité et l'ordre de l'établissement ; la mesure de placement à l'isolement constitue une sanction ;

. elle est entachée d'une erreur d'appréciation en raison de l'absence de recherche d'équilibre entre la conséquence de la décision sur sa situation et le maintien de l'ordre et de la sécurité, de l'absence de prise en compte de son état de vulnérabilité et de détresse ;

. la décision en litige constitue un traitement inhumain et dégradant contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite, dès lors que la prolongation de l'isolement de M. A a été prise en raison de de circonstances particulières, liées tant à son profil pénal qu'à son parcours pénitentiaire, ainsi qu'à la nécessité de préserver l'ordre public ;

- aucun des moyens invoqués ne fait naître de doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Par un mémoire enregistré le 28 janvier 2025 à 9 heures 33, M. A fait valoir que le tribunal administratif de Nancy n'est plus compétent pour statuer sur sa demande, dès lors qu'il a été transféré au centre pénitentiaire de Laon le 20 janvier 2025.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête de M. A, enregistrée le 16 janvier 2025 sous le no 2500135, tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Samson-Dye, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience, fixée au 28 janvier 2025 à 10 heures 30, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été repoussée, à l'issue de l'audience publique, au 29 janvier 2025 à 9 heures 30.

Les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le juge des référés était susceptible de relever d'office que la demande de suspension avait perdu son objet.

Par un mémoire enregistré le 28 janvier 2025, le garde de sceaux, ministre de la justice a présenté ses observations sur le moyen susceptible d'être relevé d'office.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 24 décembre 2024, le directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand Est a ordonné le maintien à l'isolement, à compter du 26 décembre 2024 et jusqu'au 26 mars 2025, de M. A, alors détenu à la maison d'arrêt de Nancy-Maxéville. Ce dernier a demandé la suspension de cet arrêté au juge des référés du tribunal administratif de Nancy. Le transfert de l'intéressé au centre pénitentiaire de Laon, postérieurement à l'introduction de l'instance, est sans incidence sur la compétence territoriale du tribunal, en l'absence de dispositions en ce sens.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à ce que le juge des référés ordonne l'extraction du requérant :

4. Aux termes de l'article D. 215-27 du code pénitentiaire : " Le préfet apprécie si l'extraction des personnes détenues appelées à comparaître devant des juridictions ou des organismes d'ordre administratif est indispensable. / Dans l'affirmative, il requiert l'extraction par les services de police ou de gendarmerie selon la distinction de l'article D. 215-26 ".

5. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande de suspension d'une décision administrative prise à l'égard d'une personne détenue, d'ordonner son extraction de l'établissement pénitentiaire dans lequel elle est incarcérée pour qu'elle puisse assister personnellement à l'audience. Par suite, les conclusions de M. A tendant à ce que le juge des référés ordonne son extraction doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision en litige :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

7. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. A n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par conséquent, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, il y a lieu de rejeter les conclusions par lesquelles M. A demande la suspension de l'exécution de la décision prolongeant son placement à l'isolement.

8. Par voie de conséquence de ce qui précède, il y a lieu de rejeter également les conclusions présentées au bénéfice de son conseil par M. A au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice et à Me David.

Fait à Nancy, le 29 janvier 2025.

La juge des référés,

A. Samson-Dye

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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