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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2500184

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2500184

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2500184
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantVAXELAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 janvier 2025 à 13 heures 18 et un mémoire complémentaire enregistré le 27 janvier 2025, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2025 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'ordonner la communication du dossier sur la base duquel l'arrêté du 19 janvier 2025 a été pris ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, ce qui démontre un défaut d'examen individuel de la situation ;

- l'arrêté ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la demande d'asile qu'il a formée en Allemagne est toujours en cours d'examen et que le préfet aurait ainsi dû user de la procédure de réadmission prévu par les dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du même code et le préfet ne pourrait pas solliciter une substitution de base légale dès lors qu'il n'a jamais été invité à faire valoir ses observations sur la perspective d'une mesure d'éloignement vers l'Allemagne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'il a indiqué lors de son entretien être passé par l'Allemagne avant d'arriver en France ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;

- le préfet n'a pas examiné les circonstances humanitaires pouvant faire obstacle au prononcé d'une telle mesure.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2025, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sousa Pereira, magistrate désignée,

- les observations de Me Vaxelaire, avocate commise d'office, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. C, par le truchement de son interprète en langue arabe, qui déclare n'avoir aucune observation à ajouter ;

- et les observations de M. E, représentant le préfet du Haut-Rhin conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 15 septembre 1995, déclare être entré en France le 18 janvier 2025, jour de son interpellation. Par un arrêté du 19 janvier 2025, le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. C, placé en centre de rétention, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande tendant à la production du dossier du requérant :

2. Aux termes de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". Le préfet du Haut-Rhin a produit, à l'appui de son mémoire en défense, l'ensemble des pièces nécessaires à l'instruction de la requête introduite par M. C, lesquelles, dans le respect du principe du contradictoire, ont été intégralement communiquées à l'intéressé. Dans ces conditions, et alors que l'affaire est en état d'être jugée, il n'y a pas lieu d'ordonner la production d'une quelconque autre pièce, ni de l'entier dossier du requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions contestées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. B D, sous-préfet de permanence, auquel le préfet du Haut-Rhin a, par un arrêté du 12 décembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégué sa signature à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que la décision contestée n'aurait pas été notifiée dans une langue qu'il comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

En ce qui concerne les moyens spécifiquement dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté contesté que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige.

7. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, par suite, qu'être écarté.

8. En troisième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 611-1, L. 611-2 et L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-1 et suivants, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagé l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

9. Toutefois, il y a lieu de réserver le cas de l'étranger demandeur d'asile. En effet, les dispositions de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dès lors, lorsqu'en application des stipulations des conventions internationales conclues avec les Etats membres de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celle de l'un de ces Etats, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions de l'article L. 621-3 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de réadmission prise sur le fondement de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Si M. C soutient qu'il a sollicité l'asile en Allemagne et qu'ainsi le préfet ne pouvait, sans entacher sa décision d'erreur de droit, prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français mais aurait dû faire usage de la procédure de réadmission vers l'Allemagne, le préfet justifie, par la production d'un un courrier électronique du centre franco-allemand de coopération policière et douanière, que sa demande d'asile avait été rejetée et qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement dont le recours a été rejeté par les juridictions allemandes. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne les moyens spécifiquement dirigés à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

12. En deuxième lieu, M. C ne peut, pour contester la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, soutenir que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public, dès lors que ce motif n'est pas celui que le préfet a retenu pour lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

13. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : /1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()/8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

14. M. C ne conteste pas, d'une part, qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour et, d'autre part, qu'il ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes par la présentation d'un passeport en cours de validité et par la justification d'une adresse stable. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin a pu légalement estimer qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement prise à son encontre et lui refuser pour ce motif l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant son pays de destination.

16. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin a fixé le pays à destination duquel M. C pourra être renvoyé n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. En dernier lieu si M. C soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine il risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants, il ne l'établit pas. Dans ces conditions cette décision ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français.

19. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin aurait inexactement apprécié la situation de M. C en estimant, d'une part, qu'il ne justifiait pas de circonstances humanitaires et, d'autre part, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Haut-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 janvier 2025.

La magistrate désignée,

C. Sousa PereiraLa greffière,

E. Engel

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2500184

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