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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2500277

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2500277

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2500277
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGEHIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 24 janvier 2025, la magistrate désignée du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Nancy le dossier de la requête de M. B A.

Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Paris le 10 janvier 2025, et des mémoires enregistrés les 27 janvier et 5 et 6 février 2025, M. A, représenté par Me Géhin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 9 janvier 2025 par lesquels le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- il n'a jamais été entendu sur l'éventualité d'une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour de vingt-quatre mois, en méconnaissance de " l'article 41 PGDUE " ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il aurait dû être réadmis en Italie sur le fondement des dispositions des articles L. 621-1 à L. 621-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète ne pouvait pas l'obliger à quitter le territoire français dès lors qu'il n'entre dans aucun des cas de figure visé à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- elle méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit et d'une méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors qu'il peut bénéficier de plein droit de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'exception d'illégalité ;

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne présente aucun risque de fuite ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'exception d'illégalité ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'exception d'illégalité ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet de police de Paris qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gottlieb, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, magistrat désigné,

- les observations de Me Géhin, avocat représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et demande qu'il soit enjoint au préfet de retirer le signalement de M. A aux fins de non admission dans le système Schengen et de lui restituer son passeport. Il soulève des moyens nouveaux et soutient que :

. le préfet de police de Paris a entaché l'obligation de quitter le territoire français d'une erreur de droit en lui opposant l'absence de contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant français ;

. la décision désignant l'Algérie comme pays de destination est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est légalement admissible en Italie ;

- les observations de M. A, assisté d'un interprète en langue arabe.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 3 décembre 1992, est entré en France en 2017 selon ses déclarations. Par des arrêtés du 9 janvier 2025, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou un accord international prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord-franco algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le père d'un enfant de nationalité française, né le 25 juin 2024, qu'il a reconnu avant sa naissance et sur lequel il n'est pas contesté qu'il exerce l'autorité parentale. S'il ressort des termes de l'arrêté en litige que M. A aurait fait l'objet d'un signalement par les services de police le 7 janvier 2025 pour des faits de " transport, acquisition, offre ou cession de substances psychotropes ", il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que les faits en cause, que le requérant conteste, auraient donné lieu à des poursuites. Des lors, M. A doit être regardé comme remplissant les conditions posées par le 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer de plein droit un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 janvier 2025 par laquelle le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions du même jour fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. D'une part, l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'étranger soit muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.

8. D'autre part, le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français opposée à M. A, implique nécessairement l'effacement du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de saisir, sans délai, les services ayant procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation.

9. Enfin, aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. () ". L'exécution du présent jugement implique nécessairement la restitution, à M. A, de son passeport algérien. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de restituer à M. A son passeport dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que M. A obtienne définitivement l'aide juridictionnelle et que Me Géhin, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Géhin de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 9 janvier 2025 par lesquels le préfet de police de Paris a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et à prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de faire procéder, sans délai, à la suppression du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 5 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de restituer à M. A son passeport algérien, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 6 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et que Me Géhin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Géhin, avocat de M. A une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sera versée à M. A.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Géhin et au préfet de police de Paris.

Copie en sera adressée, pour information, à la préfète des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le magistrat désigné,

R. Gottlieb La greffière,

F. Levaudel

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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